Un record d’importations d’électricité place la Belgique sous la dépendance de ses voisins

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Lignes à haute tension en Belgique au crépuscule, reliant le pays à ses voisins et illustrant des importations record d’électricité en 2026.

En avril 2026, la Belgique a importé net plus de 2 900 GWh d’électricité, un volume mensuel sans précédent. Ce record montre une dépendance devenue structurelle depuis la mi-2023. Pour la première fois, le pays a traversé sept mois sans produire le moindre mégawatt d’origine nucléaire.


À retenir

  • La Belgique est structurellement importatrice nette d’électricité depuis la mi-2023.
  • Les deux derniers réacteurs, Doel 4 et Tihange 3, sont à l’arrêt simultané d’avril à novembre 2026.
  • En 2025, le prix de gros day-ahead a augmenté de 17,6 % pour atteindre 82,6 €/MWh.
  • La France et les Pays-Bas assurent l’essentiel des importations, exposant le marché belge à la volatilité des prix européens.
  • Le parc nucléaire, qui représentait plus de la moitié de la production en 2010, est réduit à zéro durant la majeure partie de 2026.

La sécurité d’approvisionnement électrique de la Belgique repose désormais presque entièrement sur les interconnexions avec ses voisins. Pour les ménages et les entreprises, cela veut dire une exposition directe aux fluctuations des marchés de gros et une autonomie énergétique très réduite. Mieux comprendre cette dépendance est devenu indispensable.

Une production nucléaire réduite à néant pendant sept mois

Le basculement belge vers l’importation nette coïncide avec le déclin rapide de son parc nucléaire. La fermeture définitive de Doel 3, Tihange 2, Doel 1 puis Tihange 1 entre 2022 et 2023 a déjà réduit la production de base. En 2026, l’arrêt simultané des deux derniers réacteurs pour une lourde maintenance amplifie brutalement un phénomène enclenché depuis plusieurs années.

Vue de la centrale nucléaire de Doel en Belgique au coucher du soleil, tours de refroidissement sans panache de vapeur au bord de l’Escaut.
L’arrêt prolongé des derniers réacteurs belges plonge la production nucléaire à zéro pendant plusieurs mois.

Des fermetures définitives à la maintenance inédite de 2026

La loi de sortie du nucléaire, adoptée en 2003, a entraîné la mise à l’arrêt progressive de la moitié du parc. Selon la CREG, la production nucléaire belge est passée de 64,4 TWh en 2024 à 60,0 TWh en 2025, soit une perte de 7,1 TWh en un an. En 2026, Doel 4 (1 026 MW) et Tihange 3 (1 030 MW), les deux unités encore autorisées à fonctionner jusqu’en 2035 après l’abrogation partielle de la loi en mai 2025, sont à l’arrêt d’avril à novembre pour des contrôles de sûreté et de maintenance. Pendant ces sept mois, la production nucléaire belge est nulle.

Un vide comblé à flux tendus par les importations

Face à cette absence de production pilotable, le gestionnaire de réseau Elia sollicite les interconnexions à des niveaux jamais atteints. Le solde importateur net, déjà structurel depuis 2023, a bondi à 10,3 TWh en 2024, puis a continué de croître en 2025 et 2026. Trends-Tendances rapporte qu’en avril 2026, les imports nets ont dépassé pour la première fois la barre des 2 900 GWh mensuels. Ce seuil place la Belgique en tête des importateurs européens en termes relatifs par habitant.

La France, filet de sécurité d’une Belgique sous tension économique

Pour compenser son déficit, la Belgique se tourne massivement vers la production nucléaire française, à la fois bon marché et bas-carbone. Si cette solidarité européenne préserve l’équilibre du réseau, elle crée aussi une dépendance inédite aux prix de gros formés à Paris, Amsterdam ou Berlin.

Grande centrale nucléaire française avec tours de refroidissement fumantes et lignes à haute tension s’éloignant à travers la campagne.
La production nucléaire française et les interconnexions à haute tension jouent le rôle de filet de sécurité pour le système électrique belge.

Des flux records depuis l’Hexagone

En août 2025, le SPF Economie enregistrait 1 186 GWh d’importations nettes depuis la France et 603 GWh depuis les Pays-Bas. La tendance s’est renforcée en 2026. Selon RTE, la France a exporté un volume record de 92,3 TWh en 2025, soit plus que la consommation annuelle totale de la Belgique. Les interconnexions ALEGrO (vers l’Allemagne) et Nemo Link (vers le Royaume-Uni) tournent aussi à leur capacité maximale pour réexporter une partie de ces flux. La Belgique confirme ainsi son rôle de pays de transit.

Des prix de gros orientés à la hausse

Le recours massif aux importations expose directement le marché belge à la volatilité des marchés voisins. Le prix moyen day-ahead a grimpé de 17,6 % en 2025 pour s’établir à 82,6 €/MWh, selon la CREG. Le mécanisme du merit order maintient souvent les prix à un niveau fixé par les centrales au gaz, même lorsque l’électricité importée est décarbonée. L’essor du photovoltaïque décentralisé multiplie aussi les heures à prix négatifs : 520 heures ont été recensées en Belgique en 2025, un phénomène qui fragilise l’équilibre économique des producteurs sans stockage.

Une intégration vertueuse ou un risque assumé ?

La dépendance structurelle aux importations expose le consommateur belge à des risques de prix inédits.

Le régulateur

La sécurité d’approvisionnement ne peut reposer uniquement sur la bonne volonté de nos partenaires.

La présidente de la CREG

La Belgique doit désormais concilier sécurité, prix abordables et transition bas-carbone. L’équation est sous haute tension, alors que les deux réacteurs prolongés ne redémarreront qu’à l’automne et que le développement de l’éolien offshore reste progressif. Pour le consommateur, la facture continuera de dépendre de la météo… et de la santé du parc nucléaire français.

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