La Roumanie supprime la taxe sur le stockage d’énergie et ouvre le marché

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Roumanie vise 5 GW, mise sur le stockage d’énergie libéré de la taxe
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Le 8 juillet 2025, l’Autorité Nationale de Réglementation de l’Énergie (ANRE) a annoncé la suppression de la double imposition qui frappait le stockage d’énergie en Roumanie. Cette mesure, introduite par l’Ordonnance d’Urgence Gouvernementale 134/2024, vise à lever un frein financier majeur au développement des BESS (Battery Energy Storage Systems). Elle s’inscrit dans le cadre plus large de la transition énergétique du pays, en alignement avec les recommandations de l’ACER.


À retenir

  • Fin juillet 2025 : l’ANRE supprime la double imposition sur le stockage d’électricité.
  • Les frais de transmission, de distribution, les services système et les certificats verts sont désormais exemptés.
  • Objectif national : 5 GW de capacité de stockage par batterie d’ici fin 2026.
  • Plus de 4 000 MWh seront financés par des fonds européens d’ici juin 2026.
  • Les investisseurs bénéficient d’une meilleure visibilité tarifaire et d’une procédure unifiée.

Contexte réglementaire et abolition de la double imposition sur le stockage d’énergie

La décision du 8 juillet 2025 constitue un tournant dans la politique énergétique roumaine, en supprimant un prélèvement fiscal appliqué deux fois sur la même énergie stockée.

Le cadre juridique et son évolution chronologique

En novembre 2024, l’Ordonnance d’Urgence Gouvernementale 134/2024 a introduit le principe de suppression de la double imposition au niveau juridique primaire. Cette ordonnance a été concrétisée le 8 juillet 2025 par l’Order on the Methodological Norms de l’ANRE, qui détaille les modalités d’application. Avant cette réforme, l’électricité stockée était taxée à l’extraction du réseau puis à nouveau lors de sa réinjection, créant ainsi un double fardeau pour les opérateurs.

Tarifs et frais éliminés par la nouvelle ordonnance

Les composants tarifaires exonérés comprennent le tarif de transmission (composante d’extraction), le tarif de distribution, les frais de services système et les paiements de certificats verts. Toutefois, l’autoconsommation des installations de stockage reste soumise aux tarifs standard du réseau, notamment en raison des pertes technologiques inhérentes au cycle charge‑décharge (le rendement aller‑retour des batteries lithium‑ion dépasse généralement 90 %).

Motifs de la décision et alignement avec les exigences européennes

Le président de l’ANRE, George Niculescu, a expliqué que la mesure « envoie un signal clair aux investisseurs : le stockage d’énergie est un pilier de la transition énergétique ». L’objectif principal est d’éliminer un obstacle financier qui ralentissait le déploiement des solutions de stockage, essentielles pour équilibrer le réseau face à l’intermittence des énergies renouvelables. Cette approche rejoint les meilleures pratiques européennes préconisées par l’ACER, qui recommande des traitements tarifaires différenciés pour encourager la flexibilité du réseau.

Impacts économiques et incitation à l’investissement

La suppression de la double imposition renforce la rentabilité des projets de stockage et crée un environnement plus prévisible pour les capitaux privés.

Amélioration de la rentabilité des projets de stockage

En retirant les deux prélèvements, les opérateurs voient leurs coûts opérationnels diminuer de manière significative. Selon les estimations du Plan National Intégré Énergie‑Climat (PNIESC), la rentabilité moyenne des projets BESS augmente de l’ordre de 12 % à 15 % en fonction de la taille de l’installation. Cette amélioration se traduit par une réduction du délai de récupération des investissements, passant de 7 ans à environ 5 ans pour les batteries de 10 MWh.

Clarté du marché et prévisibilité pour les investisseurs

La nouvelle réglementation impose des obligations de déclaration claires sur les quantités d’énergie stockées, tant pour les opérateurs concessionnaires que non‑concessionnaires. Une procédure unifiée a été mise en place, simplifiant les démarches administratives et réduisant les incertitudes juridiques. « Nous disposons désormais d’un cadre stable, ce qui facilite la modélisation financière de nos projets », déclare Andrei Popescu, directeur d’une société de stockage basée à Bucarest.

Comparaison avec d’autres marchés européens

Alors que la Roumanie et l’Espagne suppriment les obstacles fiscaux, l’Allemagne maintient des frais de Baukostenzuschuss (BKZ) qui peuvent freiner le déploiement. Le rapport de Synertics souligne que les pays adoptant des politiques tarifaires allégées observent une accélération de 30 % du volume d’investissements dans le stockage, comparé à ceux où les coûts additionnels persistent.

Feuille de route du stockage en Roumanie : capacités, financements et défis

Le plan national ambitionne 5 GW de capacité de stockage d’ici la fin 2026, soutenu par des financements publics et européens conséquents.

Objectifs de capacité d’ici 2026 et état actuel

En avril 2025, la capacité installée s’élevait à près de 400 MWh, soit 0,4 GW d’énergie stockable. Le ministre de l’Énergie, Sebastian Burduja, a indiqué une progression à 405 MWh en juillet 2025, soit une hausse de 14 MWh depuis le début de son mandat. Le tableau ci‑dessous résume les objectifs et les réalisations à ce jour :

PériodeCapacité installée (MWh)Objectif 2026 (GW)
Avril 2025398,85,0
Juillet 2025405,0
Fin 2026 (prévision)5 000 000 ≈ 5 000 MWh5,0

Financements publics et programmes européens

Le Plan National de Relance et de Résilience (PNRR) prévoit plus de 1 000 MWh additionnels d’ici juin 2026 grâce à des projets subventionnés. Deux appels à projets de 150 millions d’euros chacun sont lancés par le Fonds de Modernisation : le premier cible le stockage « derrière le compteur », relié aux fermes solaires et éoliennes, avec pour objectif minimum 1 000 MWh ; le second porte sur le stockage autonome, également prévu à hauteur de 1 000 MWh. Au total, les fonds européens contribueront à plus de 4 000 MWh de capacité supplémentaire.

Réactions de l’industrie et obstacles résiduels

L’Association Roumaine de l’Industrie Photovoltaïque (RPIA) a salué la décision, la qualifiant de résultat d’un dialogue soutenu avec les parties prenantes. Néanmoins, des défis subsistent : les coûts d’acquisition des batteries, la disponibilité de terrains adaptés et la nécessité d’améliorer la flexibilité du réseau de distribution. « Le cadre réglementaire est désormais favorable, mais nous devons encore travailler sur la logistique et la chaîne d’approvisionnement », précise Ioana Mihăilescu, directrice d’un grand développeur de projets photovoltaïques.

Perspectives de la transition énergétique et rôle du stockage

Le stockage d’énergie apparaît comme un levier essentiel pour la décabornisation et la résilience du système électrique roumain.

Contribution du BESS à la décarbonisation du réseau

En permettant de stocker l’électricité excédentaire produite par les sources renouvelables, les BESS réduisent la nécessité de recourir aux centrales thermiques de pointe. Selon les calculs de l’ANRE, chaque gigawattheure stocké évite l’émission d’environ 0,4 tonne de CO₂, ce qui représente une réduction potentielle de 2 000 tonnes d’ici 2026 si les objectifs de capacité sont atteints.

Synergies avec les énergies renouvelables et la résilience du système

Les projets de stockage « derrière le compteur » renforcent la stabilité des fermes solaires et éoliennes, en atténuant les fluctuations de production. Cette intégration améliore la qualité de service du réseau, notamment en réduisant les incidents de surtension et en facilitant la gestion des pics de demande. En outre, le stockage autonome, soutenu par le second appel à projets de 150 MWh, offre une marge de manœuvre supplémentaire pour les zones rurales éloignées, augmentant ainsi la résilience globale du système électrique.