Northvolt, l’ambitieux projet suédois qui se voulait l’« Airbus des batteries », a fait l’objet d’un rachat par la start-up américaine Lyten pour 5 milliards de dollars. La transaction, finalisée en juillet 2025, intervient quelques mois après la faillite historique de l’entreprise nordique, et redistribue les cartes de l’industrie européenne des batteries. Les sites de production, les brevets et l’ensemble de la propriété intellectuelle passent désormais sous pavillon américain, remettant en cause la souveraineté industrielle de l’Europe.
À retenir
- Northvolt dépose le bilan en Suède en mars 2025 après avoir levé plus de 10 milliards de dollars.
- Lyten, spécialiste du lithium-soufre, reprend 16 GWh de capacité installée et plus de 15 GWh en construction.
- Les 2 000 emplois européens sont conservés, avec un redémarrage des lignes suédoises prévu en 2026.
- L’Europe reste dépendante des fournisseurs asiatiques pour 80 % de ses batteries.
Northvolt : du rêve industriel à la faillite record
Créée en 2016, Northvolt se donne pour mission de réduire la dépendance de l’Europe vis-à-vis des fabricants asiatiques de batteries. L’usine de Skellefteå, dans le nord de la Suède, doit incarner cette relance industrielle. Dès 2019, l’entreprise lève des milliards d’euros auprès de Volkswagen, Goldman Sachs et des institutions publiques. Le tout pour atteindre une capacité de 60 GWh à l’horizon 2030.
Des premières alertes rouges dès 2022
Les premiers lots de cellules lithium-ion présentent des défauts récurrents. Les retards de livraison s’accumulent et érodent la confiance des partenaires. En parallèle, la direction peine à sécuriser les chaînes d’approvisionnement et dépend à 70 % de machines chinoises. Résultat : les pertes s’élèvent à 1,03 milliard de dollars sur l’exercice 2022-2023.
Le dépôt de bilan en mars 2025
En novembre 2024, la filiale américaine de Northvolt entre en Chapter 11. Quatre mois plus tard, la maison-mère suédoise fait l’objet d’une procédure de faillite. Les liquidités chutent à 30 millions de dollars. Jamais une entreprise suédoise n’avait connu un tel effondrement financier.

Lyten reprend le flambeau avec la chimie lithium-soufre
Basée en Californie, Lyten développe une technologie lithium-soufre promettant 40 % d’autonomie supplémentaire par rapport aux batteries lithium-ion classiques. Ses investisseurs, Stellantis et FedEx, injectent plus de 200 millions de dollars supplémentaires en juillet 2025 pour financer l’acquisition.
Un portefeuille d’actifs européens impressionnant
La transaction couvre :
- Skellefteå (Suède) : 16 GWh en production, 15 GWh en construction.
- Västerås (Suède) : centre R&D Northvolt Labs.
- Heide (Allemagne) : projet Northvolt Drei de 60 GWh.
- Gdansk (Pologne) : usine de stockage stationnaire Northvolt Dwa.
- Cuberg (Californie) : filiale de batteries lithium-métal.
Feuille de route européenne 2026-2030
Dès 2026, les lignes suédoises redémarrent avec des cellules lithium-ion. L’objectif est d’introduire progressivement la chimie lithium-soufre pour 2028. Lyten cible trois marchés : l’automobile européenne et américaine, le stockage stationnaire pour renouvelables, et la défense occidentale.

Europe : entre perte de souveraineté et sauvegarde des emplois
Le rachat par un acteur américain aggrave la dépendance technologique de l’Europe. La Commission européenne perd 298 millions d’euros sur les garanties de prêts, mais juge la perte « conforme aux attentes ».
La domination asiatique reste incontestée
La Chine contrôle 80 % de la production mondiale de batteries. En Europe, 11 des 16 gigafactories pilotées par des entreprises européennes sont en retard ou annulées. Les prévisions de demande de batteries ont été révisées à la baisse de 40 % pour 2025 et 36 % pour 2030.
Emplois préservés et compétences locales valorisées
Les 2 000 emplois directement liés aux sites européens de Northvolt sont maintenus. Lyten réintègre plusieurs anciens cadres nordiques pour capitaliser sur le savoir-faire local. La Suède conserve ainsi une position clé dans la chaîne de valeur batteries, même si la maison-mère change de continent.
Quelle stratégie européenne après la chute de Northvolt ?
Au-delà du rachat, la faillite de Northvolt souligne l’urgence d’une politique industrielle cohérente. L’Europe doit accélérer les autorisations de construction, réduire les coûts énergétiques et offrir des incitations comparables à celles du Inflation Reduction Act américain. Sans production locale, le continent risque de reproduire la défaite du secteur solaire.
Lyten, un pilier transatlantique plutôt qu’un champion européen
Lyten n’est pas un acteur européen, mais ses ambitions nord-américaines et européennes créent un pont technologique. L’entreprise prévoit également une usine au Québec, illustrant la globalisation de la filière batteries. L’Europe devra donc composer avec des partenaires non européens pour sécuriser ses approvisionnements.
Les prochains défis pour l’industrie des batteries
La baisse de la demande de voitures électriques en Europe complique le retour sur investissement des nouvelles usines. La transition vers la chimie lithium-soufre, plus performante et moins coûteuse, pourrait redonner un avantage compétitif aux acteurs occidentaux. Reste à savoir si l’Europe saura enfin construire son propre Airbus des batteries, ou si l’histoire se répètera.









