La Commission de régulation de l’énergie (CRE) a validé le 26 mai 2026 cinq projets de stockage d’électricité en Corse, pour une puissance cumulée de près de 50 MW. Si l’investissement représente 181,6 millions d’euros de charges de service public, il devrait générer plus de 353 millions d’euros d’économies nettes sur trente ans. Pour l’île, l’équation est claire : la transition énergétique coûte au départ, mais elle peut aussi rapporter gros.
À retenir
- La CRE a retenu cinq installations totalisant près de 50 MW de puissance.
- Deux stations de transfert d’énergie par pompage (STEP) et trois parcs de batteries lithium-ion ont été sélectionnés.
- L’économie nette projetée atteint 353,7 millions d’euros pour le service public de l’énergie.
- Les mises en service s’échelonneront entre 2029 et 2030.
Pour la Corse, encore dépendante des centrales au fioul, ce déploiement de stockage compte vraiment. Il doit permettre d’absorber l’intermittence du photovoltaïque, très développé sur l’île, tout en réduisant les coûts de production supportés par la péréquation tarifaire nationale.
Le duo STEP-batteries, clé de la stabilité électrique
La CRE a construit le futur parc de stockage en associant deux technologies aux profils complémentaires, comme le détaille sa délibération du 26 mai 2026. Les stations de transfert d’énergie par pompage apportent une capacité massive et de longue durée, tandis que les batteries lithium-ion offrent une réactivité indispensable à la régulation fine du réseau.

Les step, piliers du stockage de longue durée
Deux STEP concentrent l’essentiel de la capacité. Le projet le plus important, Lugo-di-Nazza, porté par EDF sur la commune de Ghisoni, affiche 17,1 MW en soutirage pour 81,9 MWh de capacité. La STEP de Saint-Antoine, développée par Enerlisa à Ajaccio, fournira 12 MW et 50,5 MWh. Ces infrastructures hydrauliques sont prévues pour 30 ans d’exploitation.
Des batteries pour une réactivité immédiate
En complément, trois parcs de batteries lithium-ion apportent 19 MW de puissance et 38 MWh de capacité. Les unités Viggianello 1 et 2, sous la responsabilité de Corsica Energia, et le projet Charlie Alpha à Propriano sont dimensionnés pour des interventions rapides, comme l’ajustement de fréquence. Leur engagement contractuel est fixé à 15 ans, reflet d’un cycle de vie technologique plus court.
Cinq projets, un déploiement territorial
| Projet | Porteur | Technologie | Puissance | Capacité | Durée |
|---|---|---|---|---|---|
| Lugo-di-Nazza | EDF | STEP | 17,1 MW | 81,9 MWh | 30 ans |
| Saint-Antoine | Enerlisa | STEP | 12 MW | 50,5 MWh | 30 ans |
| Viggianello 1 | Corsica Energia | Batterie | 9 MW | 18 MWh | 15 ans |
| Viggianello 2 | Corsica Energia | Batterie | 5 MW | 10 MWh | 15 ans |
| Charlie Alpha | Charlie Alpha | Batterie | 5 MW | 10 MWh | 15 ans |
Un pari économique gagnant pour la collectivité
Au-delà de la technique, le régulateur a surtout retenu des projets à l’équation financière solide. L’investissement financé par les charges de service public de l’énergie est largement compensé par les coûts de production évités.
181 millions d’euros d’investissement
Les charges de service public mobilisées pour ces cinq installations s’élèvent à 181,6 millions d’euros sur l’ensemble de leur durée contractuelle. Ce montant couvre le coût complet des ouvrages et offre aux porteurs de projets une rémunération stable, ce qui reste indispensable pour attirer des capitaux dans les zones non interconnectées.
535 millions de surcoûts évités
« Ces projets permettront d’éviter 535,3 millions d’euros de surcoûts de production »
Commission de régulation de l’énergie
En stockant le surplus solaire de la journée pour le restituer lors des pointes de consommation, les STEP et les batteries réduisent fortement le recours aux centrales thermiques, dont le combustible pèse lourd dans la balance. Le gain net pour les finances publiques atteint ainsi 353,7 millions d’euros sur trente ans.
Des coûts de batteries en chute libre
La compétitivité des offres reçues a surpris favorablement le régulateur. Par rapport aux précédents guichets ultramarins, le coût des solutions électrochimiques en Corse baisse de 16 % par rapport à la Guadeloupe et de 45 % si on le compare à La Réunion ou à la Martinique. Cette baisse montre la maturation rapide de la filière lithium-ion et ouvre la voie à des déploiements futurs plus économiques.
Des bénéfices tangibles seulement à l’horizon 2030
Ces projections flatteuses doivent pourtant composer avec un calendrier qui s’étire. Les cinq lauréats ne devraient entrer en service qu’entre 2029 et 2030. D’ici là, l’île devra faire avec les moyens existants, en espérant que les délais de réalisation, souvent susceptibles de glisser dans les territoires insulaires, n’érodent pas le gain attendu.

Une attente qui entretient la dépendance au fioul
En attendant les premières injections issues des STEP et des batteries, la centrale du Vazzio et les autres moyens thermiques continueront de tourner lors des soirées sans soleil. Le bénéfice environnemental complet ne sera visible qu’une fois tous les ouvrages réceptionnés, ce qui rappelle que le stockage reste une infrastructure de temps long, même quand les chiffres sont bons. L’engagement de la CRE donne malgré tout une direction claire aux développeurs, et laisse espérer que d’autres zones non interconnectées reprendront ce modèle corse pour conjuguer sécurité d’approvisionnement et maîtrise des coûts.










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