Nissan intensifie ses efforts pour révolutionner le marché des véhicules électriques avec le développement de batteries à état solide, dont la commercialisation est prévue d’ici 2028. Cette technologie promet de doubler la densité énergétique et de tripler la vitesse de charge par rapport aux batteries lithium-ion conventionnelles, tout en réduisant significativement les coûts et en améliorant la sécurité. La ligne de production pilote est déjà opérationnelle à Yokohama, marquant une étape cruciale dans cette ambitieuse stratégie d’électrification.
À retenir
- Nissan prévoit de commercialiser des véhicules équipés de batteries à état solide (ASSB) d’ici l’année fiscale 2028
- La technologie vise à doubler la densité énergétique et tripler la vitesse de charge par rapport aux batteries actuelles
- L’objectif de coût est de 75 $/kWh en 2028, puis 65 $/kWh à long terme pour atteindre la parité avec les véhicules thermiques
- Une ligne pilote de fabrication est déjà opérationnelle à Yokohama, avec des prototypes de véhicules prévus pour 2026
La batterie à état solide, futur « game-changer » de la mobilité électrique
La technologie des batteries à état solide représente une évolution majeure dans le domaine du stockage d’énergie pour les véhicules électriques. Contrairement aux batteries lithium-ion traditionnelles qui utilisent un électrolyte liquide, les ASSB (All-Solid-State Batteries) développées par Nissan intègrent un électrolyte solide non inflammable.
Des performances qui changent la donne
Les promesses de cette technologie sont considérables. La densité énergétique devrait doubler, permettant de stocker davantage d’énergie dans un volume identique. Cette amélioration se traduira directement par une augmentation significative de l’autonomie des véhicules électriques.
La vitesse de charge constitue un autre avantage majeur. Nissan vise à tripler les performances dans ce domaine, avec la possibilité de recharger de 15% à 80% en seulement 15 minutes. Cette réduction drastique du temps de recharge répond à l’une des préoccupations majeures des utilisateurs de véhicules électriques.
Une sécurité renforcée
L’aspect sécuritaire est également au cœur du développement de ces batteries. L’utilisation d’un électrolyte solide non inflammable réduit considérablement les risques d’emballement thermique, problème potentiel des batteries à électrolyte liquide dans certaines conditions extrêmes.
David Moss, Vice-Président Senior pour la recherche et le développement en Europe, qualifie cette technologie de potentiel « game changer » pour l’industrie automobile électrique, soulignant les avantages multiples qu’elle apporte.

Une feuille de route stratégique précise pour l’industrialisation
Nissan a établi un calendrier ambitieux mais structuré pour le développement et la commercialisation de ses batteries à état solide.
Du laboratoire à la production industrielle
La première étape concrète a déjà été franchie en 2024 avec le lancement d’une ligne pilote de fabrication au Centre de Recherche Nissan à Yokohama, au Japon. Cette installation joue un rôle crucial dans la mise au point des matériaux, du design et des processus de fabrication nécessaires à la production de ces batteries innovantes.
L’année 2026 marquera une nouvelle étape avec la production des premiers prototypes de véhicules équipés de batteries à état solide. Ces prototypes permettront de tester la technologie en conditions réelles et d’affiner les derniers détails avant la production de masse.
L’objectif 2028 maintenu
Kazuhiro Doi, Vice-Président Senior de la recherche avancée sur les batteries chez Nissan, confirme que 2028 reste « une bonne cible » pour l’introduction commerciale de cette technologie. Cette date correspond à l’année fiscale durant laquelle le constructeur japonais prévoit de lancer ses premiers véhicules électriques équipés d’ASSB sur le marché.
Cette chronologie s’inscrit dans la vision stratégique plus large « Nissan Ambition 2030 », qui guide la transformation électrique de la marque pour la prochaine décennie.

L’enjeu économique : vers une parité de coût avec les véhicules thermiques
Au-delà des performances techniques, le développement des batteries à état solide répond également à des objectifs économiques précis.
Une réduction progressive des coûts
Nissan s’est fixé des objectifs ambitieux mais réalistes en matière de coûts. Pour 2028, le constructeur vise un prix de 75 dollars par kilowattheure (kWh) pour ses packs de batteries à état solide. À plus long terme, l’objectif est d’atteindre 65 $/kWh, seuil qui permettrait d’atteindre la parité de coût avec les véhicules à moteur thermique.
Cette réduction des coûts passe notamment par une optimisation de la composition des batteries. Nissan travaille à minimiser l’utilisation de matériaux coûteux comme le cobalt, voire à l’éliminer complètement, tout en maintenant les performances attendues.
Des applications variées au sein de la gamme
Si Nissan n’a pas encore révélé quels modèles spécifiques bénéficieront en premier de cette technologie, le constructeur envisage des applications dans divers segments de véhicules. Les pick-up électriques, comme potentiellement le futur Titan électrique, pourraient être équipés de ces batteries, tout comme les voitures de sport et les véhicules grand public.
Cette polyvalence d’application témoigne de la confiance du constructeur dans sa technologie et de sa volonté d’en faire un élément central de sa stratégie d’électrification à long terme.
Les défis majeurs à surmonter pour tenir la promesse
Malgré l’enthousiasme affiché, le chemin vers la commercialisation des batteries à état solide reste semé d’obstacles techniques et industriels.
Les enjeux de production à grande échelle
Le passage de la ligne pilote à la production de masse constitue un défi considérable. La manipulation des matériaux solides et l’assemblage des cellules présentent des complexités techniques que Nissan doit résoudre pour garantir une production efficiente et fiable.
Les investissements nécessaires pour mettre en place les lignes de production sont également conséquents, d’autant que cette technologie diffère sensiblement des processus actuels de fabrication des batteries lithium-ion conventionnelles.
La fiabilité et la durabilité à prouver
Comme pour toute nouvelle technologie, la fiabilité et la durabilité des batteries à état solide devront être démontrées en conditions réelles d’utilisation. Les cycles de charge-décharge répétés, l’exposition à diverses températures et les vibrations liées à l’usage automobile sont autant de paramètres qui mettront à l’épreuve ces nouvelles batteries.
La phase de prototypage prévue pour 2026 sera cruciale pour évaluer ces aspects et apporter les ajustements nécessaires avant la commercialisation à grande échelle en 2028.
Si Nissan parvient à tenir ses objectifs ambitieux, l’introduction des batteries à état solide pourrait effectivement constituer un tournant majeur dans l’adoption massive des véhicules électriques, en éliminant plusieurs des freins actuels : autonomie limitée, temps de charge élevés et coûts supérieurs aux véhicules thermiques.









