Le Maroc officialise la sélection de six projets d’hydrogène vert représentant 29 milliards d’euros d’investissement. Cette décision, annoncée le 6 mars 2025 par le gouvernement d’Aziz Akhannouch, positionne le royaume comme futur hub régional de production et d’exportation vers l’Europe. Les quatre sites retenus : Tanger, Casablanca, Jorf Lasfar et Dakhla, concentreront les premiers développements industriels.
À retenir
- 319 milliards de dirhams (29 milliards €) d’investissements validés pour six projets
- Quatre zones industrielles prioritaires désignées par le gouvernement
- Objectif : 500 000 tonnes d’ammoniac vert produites par an d’ici 2027
- Le Maroc vise l’export vers l’Europe via infrastructures portuaires existantes
- Absence actuelle de gazoduc dédié à l’hydrogène – projet Nigeria-Maroc-Europe en discussion
Le Maroc construit sa stratégie nationale d’hydrogène vert
Le royaume mise sur sa position géographique privilégiée et ses ressources naturelles exceptionnelles pour devenir exportateur majeur d’hydrogène vert. Son approche intègre l’ensemble de la chaîne de valeur : production par électrolyse alimentée par solaire et éolien, dessalement de l’eau de mer, stockage et transport vers l’Europe.
Vision et ambition du royaume
Le Maroc ambitionne de créer une filière complète d’hydrogène vert. L’objectif : devenir plateforme régionale de production et d’exportation vers le marché européen. Cette stratégie s’appuie sur la forte demande européenne en gaz renouvelable et les tensions géopolitiques actuelles sur l’énergie.
Les atouts géographiques et ressources naturelles
Le royaume dispose d’un potentiel solaire parmi les plus élevés au monde avec plus de 3 000 heures d’ensoleillement annuel. Ses régions sahariennes offrent également des ressources éoliennes exceptionnelles. Cette combinaison permet une production d’électricité renouvelable à coût très compétitif.

Rôle des institutions clés
Samir Rachidi, directeur de l’Iresen (Institut de Recherche en Énergie Solaire et Énergies Nouvelles) fondé en 2011, coordonne la recherche appliquée et l’innovation. L’institut élabore les feuilles de route techniques et finance des projets collaboratifs. La plateforme Green H2A démarrera en janvier 2025 à Jorf Lasfar pour les projets pilotes industriels.
L’offre Maroc : un cadre incitatif pour attirer les investissements
Le gouvernement a lancé l’« Offre Maroc » hydrogène en mars 2024. Ce dispositif établit des règles claires garantissant la visibilité aux investisseurs sur l’accès foncier, les infrastructures et les engagements de l’État. Le processus de sélection s’est déroulé avec transparence et rigueur.
Les six projets retenus et leurs acteurs
Cinq consortiums internationaux développeront six projets majeurs. Chaque projet cible une production spécifique : ammoniac vert, acier vert et carburants industriels. Les investissements massifs, de 5 à 10 milliards de dollars par projet, seront programmés en phases sur 40 à 50 ans.
| Consortium | Investissement | Production visée | Zones d’implantation |
|---|---|---|---|
| ORNX Green Hydrogen | Non communiqué | 500 000 t/an ammoniac | Boujdour, Dakhla, Laâyoune |
| Taqa/Cepsa | 10 milliards $ | Ammoniac/carburant industriel | Dakhla-Oued Eddahab |
| ACWA Power | Non communiqué | Acier vert | Sud du Maroc |
| Nareva | Non communiqué | Ammoniac/carburant/acier | Laâyoune (conversion centrale) |
| United Energy/CTG | Non communiqué | Ammoniac | Non précisé |
Localisations prioritaires
Quatre zones bénéficient d’un statut prioritaire. Tanger et Casablanca exploitent leurs infrastructures portuaires existantes. Jorf Lasfar, déjà hub industriel majeur, accueillera la plateforme Green H2A. Dakhla offre l’accès direct aux ressources renouvelables sahariennes.

Défis techniques et perspectives européennes
L’absence de gazoduc dédié constitue le principal obstacle au développement rapide de la filière. L’export vers l’Europe nécessitera initialement le transport maritime d’ammoniac. Le projet de gazoduc Nigeria-Maroc-Europe pourrait intégrer une conduite dédiée à l’hydrogène.
Infrastructures clés et projets associés
Chaque projet dépend du dessalement de l’eau de mer et de la capacité d’intégration au réseau électrique national. Les investissements bancaires marocains et internationaux seront essentiels pour financer ces projets à long terme.
Export vers l’Europe et marché intérieur
Le Maroc prévoit d’exporter l’hydrogène sous forme d’ammoniac vert vers l’Europe. Une partie de la production servira à décarboner l’industrie nationale. Le développement d’éthanol vert ciblera le secteur maritime d’ici 2027.
Le World Power-to-X Summit 2024 a rassemblé 1 700 participants de 36 pays, confirmant l’intérêt international pour le potentiel marocain. Des mécanismes de financement étatiques incluant primes et subventions seront nécessaires pour stimuler la demande finale.









