La TVA à 5,5 % sur le solaire résidentiel profite surtout à la Chine

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Entrepôt d’un installateur solaire en France rempli de palettes de panneaux Jinko Solar Tiger Neo, avec un technicien français observant un devis, illustrant une TVA réduite qui profite surtout au fabricant chinois.
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C’était la mesure phare de l’automne 2025 pour relancer le photovoltaïque résidentiel en France. Depuis le 1er octobre, les installations jusqu’à 9 kWc bénéficient d’une TVA à 5,5 % en remplacement des aides directes en berne, à condition de choisir des panneaux « bas carbone » certifiés. Sept mois plus tard, les premiers bilans vont à rebours des ambitions affichées : le principal bénéficiaire de ce dispositif fiscal est le groupe chinois Jinko Solar, pendant que l’industrie européenne continue de perdre du terrain.


À retenir

  • Depuis le 1er octobre 2025, une TVA à 5,5 % remplace le taux de 10 % (supprimé au 1er janvier 2026) pour les installations photovoltaïques résidentielles de 3 à 9 kWc.
  • Pour en bénéficier, les panneaux doivent respecter la certification PPE2 V2 : bilan carbone sous 530 kgCO₂eq/kWc, teneur limitée en argent, plomb et cadmium, et présence d’un gestionnaire d’énergie intelligent (EMS).
  • En avril 2026, 22 % des projets éligibles utilisent des modules « Made in China », contre seulement 5 % pour le « Made in Europe ».
  • Le groupe Jinko Solar a vu sa part de marché bondir grâce à la certification de sa gamme Tiger Neo, tandis que l’européen Meyer Burger a déposé le bilan en 2025.

TVA réduite : la fiscalité mise au service de la souveraineté solaire

Un coup de pouce pour le portefeuille des ménages

Avec la baisse progressive des primes à l’autoconsommation, le gouvernement a cherché un autre levier pour soutenir la demande. Le passage à une TVA à 5,5 % pour les installations jusqu’à 9 kWc vise à rendre l’investissement plus attractif. Concrètement, pour une centrale de 9 kWc facturée autour de 16 000 €, l’économie par rapport au taux plein de 20 % peut aller jusqu’à 2 320 €. Pour des milliers de foyers, la différence est loin d’être symbolique.

Jusqu’au 31 décembre 2025, un taux intermédiaire de 10 % existait encore, mais il a disparu au 1er janvier 2026. Désormais, le choix est binaire : 5,5 % si l’installation coche toutes les cases environnementales, 20 % sinon. Sur le papier, le mécanisme devait orienter les consommateurs vers du matériel plus vertueux et, au passage, soutenir une filière européenne jugée plus propre. Dans les faits, il produit l’effet inverse.

Installation de panneaux solaires sur le toit d’une maison individuelle en France, avec un installateur et un propriétaire examinant des documents financiers dans le jardin.
La TVA réduite sur les petites centrales photovoltaïques allège la facture des ménages tout en orientant leurs choix d’équipement.

Des critères PPE2 V2 taillés pour exclure la production asiatique

Pour obtenir le taux réduit, les modules photovoltaïques doivent respecter la certification PPE2 V2, un ensemble de critères stricts. Le premier filtre concerne le bilan carbone : il ne doit pas dépasser 530 kg d’équivalent CO₂ par kilowatt-crête, en intégrant l’extraction du silicium, la fabrication, le transport et la fin de vie. En parallèle, la présence de métaux lourds est étroitement encadrée : moins de 14 mg d’argent par watt, moins de 0,1 % de plomb et moins de 0,01 % de cadmium.

L’installation doit aussi être équipée d’un gestionnaire d’énergie, ou EMS, capable de piloter en temps réel l’autoconsommation, par exemple en lançant le chauffe-eau ou la recharge d’un véhicule électrique quand la production solaire est excédentaire. Ces exigences techniques, vérifiées par des organismes comme Certisolis, devaient écarter les productions chinoises, réputées plus carbonées et fabriquées à grande échelle. Pourtant, Jinko Solar a trouvé la parade.

Jinko Solar : le grand gagnant d’une bataille fiscale inattendue

Comment le géant chinois a conquis la certification bas carbone

Jinko Solar, premier fabricant mondial de modules, a livré près de 93 GW en 2025. En quelques mois, ses équipes ont adapté la chaîne de production de la gamme Tiger Neo pour passer sous la barre des 530 kgCO₂eq/kWc. Le groupe a investi dans des procédés moins émissifs et renforcé la traçabilité, ce qui lui a permis de décrocher la certification PPE2 V2 et de rendre ses panneaux éligibles à la TVA réduite.

Intérieur d’une usine européenne de panneaux solaires quasi vide, lignes de production à l’arrêt et ouvriers quittant l’atelier sous un drapeau de l’Union européenne.
Malgré l’avantage fiscal, la filière européenne du photovoltaïque continue de fermer des usines face à la concurrence chinoise.

Cette agilité tient à des moyens colossaux et à une intégration verticale qui va du silicium au module. Résultat : alors qu’en octobre 2025, moins de 1 % des projets « Made in China » bénéficiaient du taux à 5,5 %, ce chiffre a explosé en six mois. Désormais, un devis sur cinq qui ouvre droit au bonus fiscal concerne du matériel chinois. Les installateurs, attirés par des prix toujours plus bas, n’hésitent plus à proposer ces panneaux « propres sur le papier » à leurs clients.

22 % de projets en 5,5 % contre 5 % pour l’Europe

Les chiffres du marché, relayés par Dualsun en avril 2026, sont sans appel : les panneaux chinois certifiés captent 22 % des installations résidentielles éligibles au taux réduit, contre seulement 5 % pour ceux qui affichent un « Made in Europe ». Autrement dit, le bonus fiscal profite aujourd’hui quatre fois plus aux usines de Shanghai qu’à celles de Dresde ou de Lyon.

C’est un paradoxe cinglant : un dispositif conçu pour protéger la souveraineté industrielle du continent se transforme en subvention déguisée aux champions chinois. Quand le prix public d’un module Jinko Tiger Neo reste inférieur de 10 à 15 % à celui d’un équivalent européen, même avec la TVA, l’arbitrage du consommateur est vite fait. Le choix citoyen ne pèse pas assez face au pouvoir d’achat.

Le made in Europe à l’agonie : quand la TVA ne suffit plus

Meyer Burger, Systovi… les noms qui incarnent le naufrage

L’hécatombe industrielle s’est poursuivie en 2025, sans que la fiscalité française n’y change rien. Le fabricant suisse-allemand Meyer Burger, pourtant salué pour sa technologie, a déposé le bilan de ses usines allemandes en juin dernier, puis a licencié ses 282 employés américains. En France, Systovi a définitivement fermé ses portes en 2024 faute de repreneur, tandis que d’autres acteurs comme Dualsun tentent de survivre en délocalisant une partie de leur activité en Autriche pour rester éligibles au taux de TVA.

Ces revers montrent un mal plus profond que ne peut soigner un simple avantage fiscal : la surcapacité chinoise écrase les prix mondiaux. Les gigafactories chinoises produisent deux fois plus que la demande mondiale, inondant les marchés à des tarifs auxquels aucune usine européenne ne peut répondre. Et quand les règles du jeu se durcissent, les grands groupes asiatiques trouvent les ressources pour s’adapter, là où les PME du Vieux Continent manquent de fonds propres et de temps.

La TVA, un pansement sur une plaie structurelle

Une TVA réduite ne peut pas, à elle seule, relocaliser une filière aussi capitalistique. La fabrication de cellules et de modules demande des investissements énormes, que les industriels européens peinent à rentabiliser sans commandes massives et stables. Le Net Zero Industry Act (NZIA), voté par l’Union européenne, fixe bien un objectif de 40 % de la demande couverte par la production locale d’ici 2030, mais il reste pour l’instant sans mécanisme contraignant.

Sept mois après sa mise en œuvre, le bilan de la TVA à 5,5 % est amer. Elle a bien dynamisé le marché résidentiel, mais au bénéfice d’une offre asiatique qui a su se mettre en conformité plus vite que prévu. Les rares industriels européens continuent de disparaître ou de chercher un modèle économique viable. Sans politique industrielle forte, avec des quotas, des prix garantis et un soutien direct à la production, la fiscalité de consommation ne peut être qu’un complément, pas une solution de souveraineté.

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