Depuis son investiture, Donald Trump a engagé une offensive frontale contre le pacte vert américain, réintroduisant des règles qui menacent directement l’expansion des énergies renouvelables. Le « One Big Beautiful Bill Act » impose des dates couperets pour les projets solaires et éoliens, tandis que le moratoire sur l’éolien offshore suspend des projets capables d’alimenter 2,7 millions de foyers. Ces décisions traduisent un choix assumé en faveur des énergies fossiles et un refus de la transition, alors même que le solaire continue de tirer la croissance mondiale du secteur.
À retenir
- Donald Trump abroge les crédits d’impôt de l’IRA et fixe des délais très serrés pour les projets renouvelables.
- Le moratoire offshore suspend la construction de 3,5 millions d’acres de zones éoliennes, annulant 5 grands projets.
- Les programmes Solar for All et le Greenhouse Gas Reduction Fund sont réduits de 7 milliards et 27 milliards de dollars respectivement.
- Les États conservateurs restent engagés, mais les droits de douane et la fin des crédits d’impôt freinent les investisseurs.
- Le nucléaire et les énergies fossiles bénéficient d’un soutien renforcé, pouvant accroître les émissions de CO₂ de 500 à 1 000 millions de tonnes d’ici 2030.
Enjeux de la décision : alors que l’International Energy Agency estime que les États-Unis devront ajouter près de 300 GW d’énergie propre d’ici 2035, l’action du président interroge la cohérence nationale de la politique climatique. Pour les 3,5 millions de salariés du secteur, ces mesures représentent un risque direct pour l’emploi, mais le solaire continue de dominer les nouvelles capacités installées, représentant environ 80 % des installations mondiales au premier semestre 2025. Des États comme New York et le New Jersey, qui maintiennent des objectifs ambitieux en matière d’éolien, incarnent une résistance locale à la ligne fédérale. L’article décrypte l’impact de ces réformes sur l’économie, la sécurité énergétique et le rôle des États dans la transition.
Les mesures anti-renouvelables : subventions perdues et moratoire offshore
L’IRA démantelée
Le « One Big Beautiful Bill Act », adopté le 4 juillet 2025, supprime la plupart des crédits d’impôt de l’Inflation Reduction Act et introduit des dates limites strictes : les projets doivent démarrer avant fin 2026 et être mis en service avant fin 2027. Cette contrainte réduit l’avantage lié au contenu domestique, ce qui fait grimper les coûts de construction pour l’éolien et le solaire. L’administration a aussi supprimé 7 milliards de dollars, soit 6 020 millions d’euros, du programme Solar for All, privant environ 900 000 foyers modestes d’un accès à l’énergie solaire.
Suspension des permis en mer
Le 21 janvier 2025, un mémorandum présidentiel a retiré toutes les zones du Outer Continental Shelf de l’exploitation éolienne, annulant 3,5 millions d’acres déjà désignés. Cinq projets majeurs sur la côte Est, capables d’alimenter 2,7 millions de foyers, ont été suspendus au nom de la « sécurité nationale » et de la « protection des mammifères marins ». En décembre 2025, Dominion Energy et une coalition de développeurs ont déposé plusieurs plaintes, dénonçant un changement de cap brutal qui menace des investissements déjà engagés.
La juge fédérale du Massachusetts, Patti Saris, a partiellement bloqué certains ordres exécutifs, les jugeant contraires au droit américain. Ses décisions ne remettent pas immédiatement en marche les chantiers suspendus, mais elles ouvrent la voie à une bataille juridique prolongée, avec des conséquences financières lourdes pour les développeurs et les collectivités concernées.

Risques juridiques et constitutionnels
Ces ordres exécutifs soulèvent des questions d’incompatibilité juridique et de séparation des pouvoirs. La décision de la Maison-Blanche a déclenché un débat sur la place du pouvoir exécutif dans la réglementation énergétique, certains élus accusant le président de contourner le Congrès. Les développeurs redoutent une instabilité réglementaire durable qui pourrait freiner les investissements et renchérir le coût du capital.
Cette situation met en lumière la tension entre la volonté politique de reprendre la main sur le calendrier de la transition et la réalité d’un marché de l’énergie déjà structuré par des engagements de long terme. Les arbitrages à venir des tribunaux fédéraux seront décisifs pour la crédibilité du cadre américain vis-à-vis des investisseurs internationaux.
Impact sur le secteur et les États
Résilience du marché solaire
Malgré les barrières tarifaires et la fin progressive des crédits d’impôt, le solaire a représenté près de 80 % des nouvelles capacités mondiales en 2025. Le record atteint en mars 2025, avec 50,8 % de l’électricité américaine produite par les renouvelables (83 TWh), montre que la demande reste forte. Des entreprises comme Aspen Power et Plug Power signalent un effet de refroidissement sur certains projets, mais restent optimistes sur le potentiel de marchés locaux soutenus par les États et les municipalités.
À moyen terme, la robustesse de la filière dépendra de la capacité des acteurs à réduire leurs coûts et à sécuriser des contrats de long terme, notamment via les appels d’offres régionaux. Les analystes notent que le ralentissement fédéral pourrait surtout déplacer les investissements vers d’autres pays, plutôt que stopper la dynamique mondiale du solaire.
Répercussions économiques sur l’emploi
Le secteur des énergies propres emploie environ 3,5 millions de personnes aux États-Unis, dans le solaire, l’éolien, les batteries et les réseaux. La suppression de subventions et le moratoire offshore créent une incertitude majeure pour ces travailleurs, en particulier dans les États côtiers qui misaient sur l’éolien en mer pour relancer leurs ports. Les syndicats et les élus locaux alertent sur le risque de pertes d’emplois concentrées dans des zones déjà fragiles.
Cependant, certains États maintiennent, voire renforcent, leurs propres objectifs. New York vise toujours 9 GW d’éolien offshore d’ici 2035, tandis que le New Jersey et le Massachusetts révisent leurs appels d’offres pour attirer de nouveaux développeurs. Cette dynamique subnationale compense partiellement la perte de soutien fédéral et pourrait, à terme, servir de laboratoire pour de nouvelles formes de financement public-privé.
Débat sur la sécurité et la souveraineté
Le moratoire a été justifié par des préoccupations de sécurité nationale et de protection des mammifères marins. Plusieurs experts jugent ces arguments fragiles, soulignant qu’ils ne tiennent pas compte des bénéfices en matière de réduction des émissions et d’indépendance énergétique. Ils rappellent que les études d’impact environnemental avaient déjà été conduites et validées pour l’essentiel des projets.
L’opposition à l’offshore s’appuie aussi sur une méfiance technologique à l’égard d’un éolien jugé intermittent et coûteux. Pourtant, les données de réseaux montrent que l’intégration croissante des renouvelables reste gérable avec des investissements ciblés dans le stockage, la flexibilité et les interconnexions. Le choix de ralentir l’éolien en mer pourrait ainsi retarder l’adaptation du système électrique américain aux impératifs climatiques.
Contrepoint : le soutien bipartisan au nucléaire et aux fossiles
Permis accélérés pour le GNL et le pétrole
Le cabinet présidentiel a accéléré la délivrance de permis pour le gaz naturel liquéfié et le forage pétrolier, en particulier dans le Golfe du Mexique et sur les terres fédérales. Le budget 2025 favorise explicitement le charbon et le gaz naturel en tant que sources jugées « fiables et pilotables », au cœur de la stratégie de sécurité énergétique. Les autorités défendent ces choix au nom de la nécessité de garantir la stabilité de l’approvisionnement à court terme et de préserver la compétitivité industrielle.

Ce virage profite directement aux grandes majors et aux exportateurs de GNL, qui consolident leurs positions sur les marchés européens et asiatiques. Les ONG environnementales dénoncent un effet de verrouillage des infrastructures fossiles, dont la durée de vie excède largement les objectifs climatiques affichés par les États-Unis lors des précédentes conférences de l’ONU.
Financement du nucléaire et de la recherche climatique
Malgré le recul sur les renouvelables, le nucléaire reste un point de consensus bipartisan. Selon les enquêtes d’opinion, 69 % des Républicains se déclarent favorables à l’atome civil, vu comme une source pilotable et bas-carbone. De nouveaux crédits sont envisagés pour soutenir la prolongation de réacteurs existants et le développement de petits réacteurs modulaires.
Parallèlement, le National Center for Atmospheric Research a vu ses avantages fiscaux remis en cause, ce qui limite les marges de manœuvre de la recherche climatique publique. Plusieurs scientifiques redoutent un ralentissement des progrès sur la modélisation du climat et l’anticipation des risques extrêmes, au moment même où les investissements privés ne suffisent pas à combler le manque de données indépendantes.
La logique de la « fossile spigot » et ses conséquences
Les partisans du « Fossil Fuel Spigot » défendent l’idée que les énergies fossiles demeurent un pilier stratégique pour l’économie américaine et pour son influence géopolitique. Ils considèrent que le pétrole et le gaz restent indispensables tant que les technologies de stockage et de capture de carbone ne sont pas déployées à grande échelle. À court terme, cette orientation assure des recettes fiscales substantielles et soutient l’emploi dans les bassins producteurs.
Mais les projections climatiques indiquent que cette stratégie accroît la distance par rapport aux objectifs de l’Accord de Paris. La combinaison d’un soutien renforcé aux fossiles et d’un ralentissement des renouvelables pourrait se traduire par 500 à 1 000 millions de tonnes de CO₂ supplémentaires d’ici 2030. L’équilibre entre sécurité énergétique et réduction des émissions reste ainsi un dilemme politique central pour Washington, observé de près par ses alliés comme par ses concurrents.










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