Le gouvernement français vient de publier une version révisée de la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE3) pour la période 2025-2035. Cette nouvelle version réduit significativement les objectifs de développement du photovoltaïque, passant d’une fourchette de « 75 à 100 GW » à « 65 à 90 GW » d’ici 2035, suscitant des inquiétudes dans la filière solaire française.
La PPE3 revoit à la baisse ses ambitions pour le solaire
Des objectifs moins ambitieux pour 2035
Le projet de Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE3), mis en consultation publique du 7 mars au 5 avril 2025, présente une révision significative des objectifs pour le développement du photovoltaïque en France. Alors que la version présentée en novembre 2024 visait une capacité installée comprise entre 75 et 100 GW à l’horizon 2035, la nouvelle mouture réduit cette ambition à une fourchette de 65 à 90 GW.
Pour 2030, l’objectif est fixé à 54 GW, correspondant à la fourchette basse qui avait été soumise à consultation fin 2024. Cette révision à la baisse intervient dans un contexte où la France cherche à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, tout en réduisant sa dépendance aux énergies fossiles qui représentent encore 60% de sa consommation énergétique.
Répartition des installations photovoltaïques
La PPE3 prévoit une répartition spécifique des installations solaires par catégorie :
- 41% sur les petites et moyennes toitures
- 5% sur les petites installations au sol
- 54% sur les grandes installations, dont 38% au sol et 16% sur toiture
Il est à noter que le document ne fixe pas d’objectifs spécifiques pour les installations agrivoltaïques ou agricompatibles, un secteur pourtant considéré comme stratégique pour concilier production d’énergie et activité agricole.

Justifications et contexte de cette révision
Un retard anticipé dans l’électrification des usages
Cette réduction des ambitions photovoltaïques s’explique principalement par l’anticipation d’un retard dans l’électrification des usages énergétiques. Certaines parties prenantes ont jugé que les cibles initiales étaient trop ambitieuses au regard du rythme de transition énergétique observé.
Les trajectoires proposées par RTE (Réseau de Transport d’Électricité) servent de référence avec une trajectoire haute à 90 GW et une trajectoire basse à 65 GW pour 2035, alignées avec les nouvelles fourchettes de la PPE3.
Des tensions dans la filière solaire
Cette révision des objectifs intervient alors même que plusieurs fédérations professionnelles des énergies renouvelables appelaient au contraire à maintenir, voire à rehausser les cibles de développement du photovoltaïque. La réduction du rythme de déploiement pourrait freiner l’expansion du secteur solaire français qui commençait à prendre son essor.
Les professionnels critiquent cette décision, la jugeant contradictoire avec les ambitions climatiques affichées et le besoin de réduire la dépendance aux énergies fossiles.
Les autres aspects de la stratégie solaire française
Développement d’une filière industrielle nationale
Malgré la révision à la baisse des objectifs de capacité, la PPE3 maintient l’ambition de développer une filière industrielle solaire française. Le document prévoit la production de jusqu’à 10 GW de composants photovoltaïques d’ici 2035, un objectif qui vise à réduire la dépendance aux importations et à créer des emplois locaux.
Cependant, le texte ne donne pas d’indication précise sur l’avenir du soutien public aux énergies renouvelables, laissant planer une incertitude sur les mécanismes financiers qui accompagneront cette ambition industrielle.

L’autoconsommation sans objectif spécifique
La PPE3 ne fixe pas d’objectif spécifique pour l’autoconsommation d’électricité renouvelable, bien que cette pratique soit en plein essor chez les particuliers et les entreprises. Cette absence de cible dédiée pourrait signaler un manque d’attention à ce mode de consommation énergétique plus résilient et décentralisé.
La stratégie énergétique globale de la France
Réduction progressive des énergies fossiles
La PPE3 s’inscrit dans une stratégie plus large visant à réduire la part des énergies fossiles dans le mix énergétique français. L’objectif est de passer de 58% en 2023 à 42% en 2030, puis à 30% en 2035. En parallèle, la part de l’électricité devrait augmenter significativement, passant de 27% en 2023 à 39% en 2035.
Cette électrification repose sur un équilibre entre le développement du nucléaire et des énergies renouvelables, avec le solaire comme composante importante mais désormais moins ambitieuse que prévu initialement.
À retenir:
- Les objectifs photovoltaïques de la PPE3 ont été revus à la baisse : 65 à 90 GW d’ici 2035 au lieu de 75 à 100 GW
- L’objectif pour 2030 est fixé à 54 GW, correspondant à la fourchette basse précédemment envisagée
- Les grandes installations représenteront 54% de la capacité totale, contre 41% pour les petites et moyennes toitures
- Aucun objectif spécifique n’est défini pour l’agrivoltaïsme et l’autoconsommation
- La France vise à réduire sa dépendance aux énergies fossiles de 58% en 2023 à 30% en 2035
