Depuis l’offensive du 28 février 2026, l’Europe subit de plein fouet les répliques d’une guerre qui bloque partiellement le détroit d’Ormuz. Alors que le pétrole et le gaz liquéfié voient leurs prix s’envoler, le solaire agit comme un bouclier financier. Entre le 1er mars et le 15 juin, il a évité 14,3 milliards d’euros d’importations de gaz, soit 136 millions d’euros économisés chaque jour. Une preuve concrète que la transition énergétique est devenue, en moins de quatre ans, un rempart de la souveraineté économique européenne.
À retenir
- 136 millions d’euros : c’est la somme économisée quotidiennement depuis mars 2026 sur les importations de gaz grâce à la production solaire en Europe.
- Détroit d’Ormuz : ce point de passage stratégique voit transiter 20 % du pétrole mondial et 30 % du gaz liquéfié. Son blocage depuis fin février a doublé le prix de référence du gaz (TTF) à 60 €/MWh.
- Mécanisme du coût évité : chaque kilowattheure solaire injecté sur le réseau remplace du gaz, dont le prix explose. En mars, 20 TWh solaires ont ainsi fait baisser la facture d’importation de 32 %.
- Stockage, la suite logique : pour ne plus subir de telles crises, l’Europe doit massivement déployer batteries et flexibilités non fossiles, faute de quoi les économies resteront fragiles.
Le solaire, protection financière face à la crise géopolitique
Tout commence par un couloir maritime large d’à peine 34 kilomètres. Le détroit d’Ormuz, par où transite un cinquième du pétrole brut mondial et près d’un tiers du gaz naturel liquéfié (GNL) exporté, est l’un des points les plus tendus de la planète. Fin février 2026, l’escalade militaire avec l’Iran a rendu ce passage partiellement impraticable. Les marchés se sont aussitôt affolés : dès le 17 mars, le baril de Brent dépassait les 114 dollars, tandis que le TTF, référence du gaz en Europe, grimpait de 30 à plus de 60 €/MWh. Pour un continent qui dépendait encore de cette route pour 20 % de ses importations de pétrole et 5 % de son gaz total, le choc aurait pu être dévastateur.
Voilà la grande différence avec la crise de 2022. En quatre ans, l’Union européenne a déployé un parc solaire 20 % plus productif, qui injecte désormais massivement une électricité locale et décarbonée. Résultat : là où chaque épisode de tension faisait exploser les factures des ménages et l’inflation, le photovoltaïque absorbe aujourd’hui une partie du choc. Selon SolarPower Europe, cette production évite de recourir à des centrales à gaz très coûteuses et fixe, de fait, un plafond aux prix de marché. Sans cette capacité, les importations supplémentaires de GNL auraient alourdi la facture européenne de plusieurs dizaines de milliards d’euros dès le printemps.

Des économies qui dépassent les budgets militaires
Le chiffre de 136 millions d’euros économisés par jour n’a rien d’abstrait : c’est la valeur du gaz qui n’a pas été acheté aux pays producteurs. Cumulées du 1er mars au 14 juin, ces économies atteignent 14,3 milliards d’euros, soit l’équivalent du budget annuel de la défense de la Belgique. Une somme qui n’a pas quitté les comptes des États, des entreprises et des ménages. Autrement dit, chaque panneau solaire installé sur un toit ou dans une centrale au sol remplace une part du gaz qu’il aurait fallu importer, sans dépendre du bon vouloir d’une chancellerie étrangère.
Cette manne financière est d’autant plus forte que le photovoltaïque profite d’un effet simple : plus les prix du gaz montent, plus l’électricité produite par le soleil devient compétitive. D’après Ember, si les quelque 20 TWh générés par le solaire lors des premières semaines du conflit avaient dû être fournis par des centrales thermiques, la facture d’importation de gaz aurait bondi de 32 %. En d’autres termes, la crise iranienne a confirmé le rôle de stabilisateur économique du solaire.
Le solaire nous a protégés d’une extorsion énergétique beaucoup plus grave.
Walburga Hemetsberger, directrice de SolarPower Europe
Le mécanisme du coût évité
Pourquoi le solaire pèse plus en temps de crise
Pour comprendre comment 136 millions d’euros peuvent être économisés chaque jour, il faut regarder le fonctionnement du marché électrique européen. Le prix de l’électricité est fixé selon le principe du « merit order » : les moyens de production sont appelés par ordre de coût croissant, et la dernière centrale sollicitée, souvent une centrale à gaz, détermine le prix pour tout le monde. Quand la production solaire est abondante, elle passe en premier, car son coût marginal est quasi nul. Elle repousse alors l’entrée en jeu des centrales thermiques les plus onéreuses, ce qui réduit mécaniquement le prix de marché et limite l’achat de gaz coûteux.
Ce mécanisme devient encore plus puissant quand les prix sont déjà élevés. En mars 2026, le gaz importé valait près de 60 €/MWh ; à ce tarif, chaque kilowattheure solaire injecté sur le réseau « vaut » bien plus que son équivalent en combustible fossile. Concrètement, la production photovoltaïque du début de crise, 20 TWh, a représenté une valeur de remplacement estimée à 1,9 milliard d’euros. Sans elle, l’Europe aurait dû se tourner massivement vers le GNL qatari ou américain, avec une volatilité accrue des cours. Le solaire ne sert plus seulement à décarboner : il réduit aussi la facture extérieure et amortit les chocs.
14,3 milliards d’euros : un trésor de guerre pour accélérer la transition
Les économies cumulées à mi-juin dépassent donc les quatorze milliards. Avec une telle somme, SolarPower Europe estime qu’on pourrait installer 12 % de capacité solaire supplémentaire en Europe, ou tripler les capacités de stockage par batteries actuellement disponibles. C’est un peu comme si la guerre, en rendant le fossile hors de prix, finançait par ricochet l’accélération des renouvelables. Ce « trésor de guerre » n’existe toutefois que si le photovoltaïque continue à se déployer massivement. La stagnation observée en 2024-2025 est aujourd’hui perçue comme une erreur stratégique. Pour éviter que la facture énergétique ne reparte à la hausse dès que le soleil se couche, il faut investir dans la flexibilité : batteries, pompes à chaleur et réseaux intelligents.
Cap sur l’indépendance : stockage et résilience
Stocker l’énergie pour effacer la dépendance au gaz
Si le solaire excelle en journée, le pic de demande du soir repose encore trop souvent sur les centrales à gaz. À la tombée de la nuit, les prix peuvent repartir de plus belle, annulant une partie des gains de la journée. L’Europe mise donc sur un déploiement accéléré du stockage par batteries. En 2025, ces capacités ont déjà commencé à réduire la demande fossile, mais le chemin reste long. Selon les projections, un réseau vraiment flexible pourrait générer 170 milliards d’euros d’économies cumulées d’ici 2030. Une somme qui ferait paraître les 14,3 milliards actuels comme une simple mise de départ.

La crise de 2026 donne un nouvel élan à ce chantier. L’Europe dispose déjà d’une capacité de fabrication d’énergies propres considérable, 30 GW d’éolien et des millions de pompes à chaleur, et peut s’appuyer sur 369 TWh de production solaire annuelle enregistrée en 2025, un record en hausse de 20 %. Reste à organiser un système où l’électricité renouvelable est stockée, déplacée et valorisée. C’est à cette condition que chaque nouvelle crise au Moyen-Orient ne se traduira plus par un choc inflationniste insoutenable.
2025-2030 : ne plus subir les soubresauts d’Ormuz
L’enjeu dépasse désormais le seul cadre environnemental. Le coût total de la crise énergétique depuis 2022 est estimé à 1700 milliards d’euros, une charge bien trop lourde pour un continent qui veut garder son autonomie stratégique. En 2025, pour la première fois, l’éolien et le solaire ont produit plus d’électricité que l’ensemble des combustibles fossiles dans l’Union. L’objectif de 718 GW de capacités solaires d’ici 2030, défendu par la filière, n’a donc rien d’une utopie : c’est un impératif économique. Les 14,3 milliards d’euros économisés en 106 jours ne sont qu’un avant-goût de ce que rapporterait une Europe moins exposée aux crises du gaz. Aux décideurs de transformer ces économies d’urgence en indépendance durable.










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