Le gouvernement vient de publier l’arrêté S21 le 26 mars 2025, modifiant en profondeur les règles de revente d’électricité solaire pour les particuliers. Le prix de rachat du surplus chute de 12,7 centimes à 4 centimes par kWh, tandis que les primes à l’autoconsommation sont divisées par deux. Cette réforme, applicable dès le 27 mars 2025, bouleverse l’économie des installations photovoltaïques résidentielles et pousse vers l’autoconsommation.
À retenir
- Prix de rachat de l’électricité solaire : baisse de 12,7 c€/kWh à 4 c€/kWh pour les installations ≤ 9 kWc
- Prime à l’autoconsommation réduite de 50 % : 80 €/kWc maximum contre 220 €/kWc auparavant
- Non-rétroactivité : les contrats signés avant le 27 mars 2025 conservent leurs conditions initiales
- 68 % des ménages préfèrent stocker leur électricité plutôt que la vendre à prix réduit
- Nécessité accrue de batteries de stockage et d’optimisation de la consommation
L’arrêté S21 de 2025 redéfinit les règles du jeu pour l’électricité solaire
L’arrêté S21 et sa mise à jour de 2025
L’arrêté S21, publié au Journal Officiel le 26 mars 2025 et entré en vigueur le lendemain, modifie les conditions de revente de l’électricité solaire produite par les particuliers. Pour les installations de 0 à 9 kWc, le prix de rachat du surplus passe de 12,7 c€/kWh à 4 c€/kWh. La prime à l’autoconsommation est également réduite : de 220 €/kWc à 80 €/kWc pour les installations ≤ 3 kWc, et de 160 €/kWc à 80 €/kWc pour celles entre 3 et 9 kWc.
Justifications gouvernementales des nouvelles mesures
Le gouvernement justifie ces baisses par trois arguments principaux. Le coût des équipements solaires a chuté de manière significative. Le nombre d’installations a explosé ces dernières années. L’équilibre du réseau électrique français nécessite une stabilisation des flux. Pour les installations de 100 à 500 kWc, le tarif de rachat baisse de 105 €/MWh à 95 €/MWh, avec une dégressivité potentielle jusqu’à 80 €/MWh dès mai 2025.
Portée et non-rétroactivité de l’arrêté
L’arrêté n’est pas rétroactif. Il ne s’applique qu’aux demandes complètes de raccordement transmises à partir du 27 mars 2025. Les contrats signés avant cette date conservent leurs conditions initiales. Cette clause protège les investisseurs précédents mais limite l’impact futur des installations nouvelles.

Impact financier direct sur les foyers et les professionnels
Diminution de la rentabilité des nouvelles installations
La baisse des tarifs de rachat et des primes rend l’installation de panneaux solaires moins attractive financièrement. Pour un projet de 3 kWc, le prix d’installation a certes diminué, mais la prime à l’autoconsommation réduite ramène le prix final subventions déduites à environ 5 920 €. L’électricité injectée dans le réseau rapporte désormais trois fois moins.
Coup sur l’investissement initial
L’investissement initial devient plus difficile à amortir. Les économies réalisées sur la facture d’électricité ne compensent plus aussi rapidement le coût d’installation. Le gouvernement indique clairement que les aides généreuses appartiennent au passé, même si la prime à l’autoconsommation reste accessible pour un temps limité.
Plafonnement et non-indexation de la rémunération
Le texte prévoit un plafonnement de la rémunération. Pour les installations ≤ 100 kWc, la rémunération garantie est limitée à 1 600 heures par an, au-delà 5 c€/kWh sans indexation. Pour les installations entre 100 et 500 kWc, la limite est de 1 100 heures par an, au-delà 4 c€/kWh. Ces plafonds inquiètent les exploitants agricoles et les entreprises.

Stratégies d’adaptation et solutions technologiques
Recentrage sur l’autoconsommation
La nouvelle réglementation pousse vers l’autoconsommation. 68 % des ménages préfèrent désormais stocker leur électricité plutôt que la vendre à prix réduit. Le but est d’utiliser directement l’énergie produite plutôt que de la revendre à un prix dérisoire.
Nécessité du stockage et de la gestion intelligente
L’installation de batteries de stockage devient presque indispensable pour maximiser l’autoconsommation. Les batteries augmentent les coûts initiaux mais permettent de stocker l’électricité produite en journée pour l’utiliser le soir. La domotique et le pilotage intelligent des appareils deviennent cruciaux pour consommer l’énergie au bon moment.
Impact sur les habitudes de consommation
Un projet photovoltaïque rentable passe par une réflexion sur les habitudes de consommation. Il faut synchroniser l’utilisation des appareils électroménagers avec la production solaire. Programmer le lave-linge en journée, recharger la voiture électrique sur le créneau solaire, adopter des équipements plus efficaces. Malgré la réduction des aides, un projet bien dimensionné reste rentable.
Réactions de la filière et perspectives d’avenir
Opposition et mobilisation des professionnels
Les modifications suscitent de vives réactions. Le Conseil supérieur de l’énergie (CSE) a voté des amendements proposés par le SER et Enerplan, mais le gouvernement les a rejetés. Le SER, Enerplan, la FFB et la FNSEA ont adressé une lettre au Premier ministre François Bayrou. Un Collectif de Défense du Photovoltaïque Français (CDPF) rassemble près de 2 000 membres sur LinkedIn.
Demandes et propositions rejetées par le gouvernement
Les professionnels dénoncent une décision unilatérale et un manque de prise en compte des réalités du terrain. Une mobilisation est prévue au Salon de l’Agriculture le 22 février contre ce « moratoire déguisé ». La filière craint un ralentissement considérable du développement solaire en France.
Défis et avenir du photovoltaïque français
Les professionnels attendent des clarifications sur l’appel d’offres simplifié et la TVA réduite à 5,5 % pour les installations ≤ 9 kWc. L’avenir du photovoltaïque français est incertain. La transition vers l’autoconsommation est inévitable, mais nécessite une adaptation rapide des acteurs de la filière.









