La Chine hisse son solaire à 1 286 GW et dépasse pour la première fois son parc à charbon

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Vaste parc solaire dans un désert chinois au lever du soleil, avec au loin une centrale à charbon, illustrant le basculement historique de la Chine vers le solaire.

Début septembre 2026, l’Administration nationale de l’énergie a officialisé un basculement historique : fin juillet, la Chine comptait 1 286 GW de solaire installé, soit un gigawatt de plus que son gigantesque parc à charbon. Si le charbon reste encore la première source d’électricité produite, ce dépassement de capacité révèle une accélération industrielle sans équivalent. Ce seuil compte pour la transition énergétique mondiale, mais aussi pour le prix de l’électricité que nous paierons demain.


À retenir

  • La puissance installée, en GW, mesure ce qu’une centrale peut fournir à plein régime ; la production, en TWh, mesure ce qu’elle livre réellement. Le solaire affiche un facteur de charge de 15 à 20 %, contre 50 à 60 % pour le charbon.
  • Fin juillet 2026, la Chine comptait 1 286 GW de solaire contre 1 285 GW de charbon. Le solaire représentait 31,5 % des 4 078 GW du parc électrique chinois, selon la National Energy Administration.
  • Le pays combine 704 GW de méga-centrales au sol dans les déserts et 582 GW de solaire distribué sur les toits industriels et résidentiels.
  • Le solaire a produit 802,4 TWh en sept mois de 2026, soit 13 % de la consommation électrique chinoise et 15,5 % de plus qu’un an plus tôt. Le charbon est tombé à 49,7 % du mix au premier semestre.
  • La Chine fabrique plus de 80 % des modules mondiaux et a fait chuter leur coût de près de 90 % entre 2015 et 2024.
  • Le charbon passe peu à peu d’un fonctionnement continu à un rôle de flexibilité. Entre 70 et 84 % du parc de certaines provinces a été modernisé pour moduler sa puissance et laisser passer le solaire.

1 286 gigawatts : quand le soleil prend le pouvoir

Pour la première fois depuis son électrification industrielle, la Chine n’a plus le charbon comme premier parc électrique en puissance. Le soleil est passé devant.

Un seuil symbolique franchi à un gigawatt près

Le chiffre est sec, presque provocateur. Au 31 juillet 2026, la Chine comptait 1 286 GW de photovoltaïque contre 1 285 GW de thermique au charbon, selon l’Administration nationale de l’énergie (NEA). Un seul gigawatt d’écart, l’équivalent d’une grande centrale, suffit à marquer la rupture.

La première capacité électrique nominale du pays n’est plus fossile : elle est décarbonée. Le parc solaire représente désormais 31,5 % des 4 078 GW installés toutes filières confondues en Chine, d’après pv magazine. C’est un peu comme si, en France, le solaire pesait à lui seul plus que le nucléaire et l’hydraulique réunis.

Ce basculement s’appuie sur deux plans quinquennaux d’investissements massifs dans les renouvelables. La dynamique ne ralentit pas : en 2025, la Chine a encore installé 315 GW de solaire et 119 GW d’éolien, soit plus de 80 % des nouvelles capacités électriques du pays.

Vue aérienne d’un immense parc solaire en Chine avec, à l’horizon, une centrale à charbon encore en activité, symbolisant le passage de relais entre les deux sources d’électricité.
Le dépassement, à un gigawatt près, résume la montée en puissance fulgurante du solaire dans le mix électrique chinois.

Des toits aux déserts, deux visages du solaire chinois

La Chine déploie cette puissance sur deux fronts : les grands espaces de l’ouest et les toitures des villes industrielles.

D’un côté, 704 GW de centrales au sol dites utility-scale. D’immenses champs de panneaux couvrent le Gobi, le Qinghai ou le Xinjiang, là où l’irradiation est maximale et le foncier abondant. De l’autre, 582 GW de solaire distribué : des panneaux installés sur les toits d’usines, de centres commerciaux et de logements.

Le solaire au sol apporte le volume ; les toitures produisent près des lieux de consommation et limitent les pertes sur le réseau. Un entrepôt logistique près de Shenzhen qui autoconsomme son électricité en journée remplace directement du charbon.

Une puissance qui dépasse le reste du monde réuni

À elle seule, la capacité solaire chinoise dépasse désormais le cumul de l’Union européenne à 27, des États-Unis et de l’Inde.

Chaque baisse de coût ou innovation sortie d’une usine chinoise se répercute donc sur le prix mondial du photovoltaïque. Pour l’Europe, c’est une opportunité économique, mais aussi une question de sécurité industrielle.

Le gigawatt ne fait pas le térawattheure

Il ne faut pas confondre puissance et énergie. Toute la nuance est là : entre une capacité installée et l’électricité réellement produite.

Pourquoi le charbon produit encore davantage d’électricité

Un panneau ne produit que le jour, et moins bien l’hiver ou par temps couvert. Le facteur de charge mesure le rapport entre sa production réelle et ce qu’il produirait à plein régime toute l’année. En Chine, il tourne autour de 15 à 20 % pour le solaire, contre plus de 50 % pour une centrale à charbon.

Sur les sept premiers mois de 2026, le solaire a généré 802,4 TWh, en hausse de 15,5 % sur un an, soit environ 13 % de la consommation électrique chinoise. Le charbon reste donc le premier producteur effectif, malgré son recul.

C’est un peu comme comparer la taille d’un réservoir et la distance parcourue : avoir le plus gros réservoir ne garantit pas d’avoir roulé le plus.

Le roi charbon passe sous les 50 %

L’érosion est spectaculaire. Au premier semestre 2026, la part du charbon dans la production d’électricité est tombée à 49,7 %, selon les données compilées par Ember. Il y a quinze ans, elle dépassait 80 %.

En une décennie et demie, le charbon a perdu près d’un tiers du mix. L’ensemble des renouvelables, solaire, éolien, hydro et biomasse, a fourni 41,2 % de l’électricité sur la même période, dont près d’un quart pour le seul duo éolien-solaire.

Quand le vert absorbe toute la croissance

En 2024 et 2025, la hausse des énergies propres a couvert plus de 80 % de la croissance de la demande électrique chinoise.

En 2025, la production d’origine fossile a reculé de 56 TWh (-0,9 %) malgré une demande en hausse, selon l’Ember Global Electricity Review. C’est une première hors crise économique depuis 2015. Chaque nouveau térawattheure consommé est désormais majoritairement vert, et l’écart entre gigawatts installés et térawattheures produits se resserre année après année.

Usines, câbles et batteries : l’envers du décor

Installer des panneaux ne suffit pas. Il faut aussi les fabriquer à bas coût, transporter leur électricité et gérer son intermittence.

L’atelier du monde a fait chuter les prix de 90 %

L’essor chinois s’explique d’abord par sa domination manufacturière. Le pays concentre plus de 80 % de la production mondiale de modules, de cellules, de wafers et de lingots de silicium polycristallin, le matériau de base des panneaux.

Cette intégration verticale a créé un effet d’échelle colossal. Entre 2015 et 2024, le coût moyen des modules a chuté de près de 90 %. Le solaire est ainsi devenu compétitif face aux énergies conventionnelles, sans subvention.

Les investissements suivent : plus de 2 000 milliards de yuans, soit environ 253 milliards d’euros, sont attendus sur cinq ans dans la filière. Cette surcapacité pèse toutefois sur les marges. Pékin a supprimé les tarifs garantis généralisés et impose désormais la vente au prix de marché. L’industrie mise sur les cellules TOPCon, à contact passivé, les hétérojonctions HJT et surtout les cellules tandem pérovskite-silicium, capables de dépasser 30 % de rendement.

Opérateurs dans une usine chinoise d’assemblage de panneaux solaires, avec à l’extérieur des pylônes haute tension et des batteries de stockage.
Derrière l’explosion des capacités solaires, la Chine s’appuie sur sa puissance manufacturière, un réseau UHV et des batteries déployées à grande vitesse pour gérer l’intermittence.

Traverser la Chine à 800 000 volts

Les panneaux sont surtout installés à l’ouest, dans les déserts, tandis que la demande se concentre sur la côte industrialisée de l’est, à 2 000 ou 3 000 km. Il faut relier ces deux Chine électriques.

Le pays s’appuie pour cela sur le plus vaste réseau de lignes à ultra-haute tension (UHV) au monde. Ces autoroutes électriques en courant continu haute tension (CCHT) transportent des gigawatts avec peu de pertes. La méga-base de Gonghe, sur le plateau du Qinghai, aligne déjà 2,2 GW raccordés à un corridor UHV vers les mégalopoles.

Le transport ne lisse pas l’intermittence. Le second chantier est donc le stockage : batteries stationnaires BESS et stations de pompage-turbinage STEP se déploient rapidement. La NEA et State Grid veulent construire un « nouveau système électrique » qui intègre plus de 1 200 GW d’énergies intermittentes sans écrêtement massif. L’écrêtement désigne l’électricité solaire perdue faute de réseau ou de stockage pour l’absorber.

Des centrales à charbon reconverties en variable d’ajustement

Le charbon change de métier. De producteur de base, ou baseload, qui tourne 24 heures sur 24, il devient un producteur de pointe et de flexibilité.

Des rétrofits de flexibilité, c’est-à-dire des modernisations techniques, rendent les chaudières capables de baisser fortement leur puissance à midi, quand le solaire atteint son maximum, puis de remonter le soir. Plus de 84 % du parc thermique du Guangxi et près de 70 % de celui de Mongolie-Intérieure ont déjà été adaptés pour ce suivi de charge.

Le charbon ne disparaît pas : il assure la sécurité d’approvisionnement en modulant sa charge. Le charbon s’ajuste désormais à la production solaire.

Climat et puissance : ce que change le basculement chinois

Ce cap dépasse les gigawatts. Il met à l’épreuve la trajectoire climatique et géopolitique du premier émetteur mondial.

Le double carbone à l’épreuve des faits

Pékin s’est fixé l’objectif du « Double Carbone » : un pic d’émissions de CO2 avant 2030, puis la neutralité carbone en 2060. La Chine émet près de 30 % des gaz à effet de serre mondiaux. Sa trajectoire conditionne à elle seule le respect de l’Accord de Paris.

Le recul de la production fossile en 2025, malgré une demande en hausse, signale un découplage entre croissance et émissions dans le secteur électrique. La massification du solaire commence à faire plier le charbon.

Moins de tankers, plus de panneaux : le pari souveraineté

Le solaire renforce aussi la sécurité énergétique chinoise. Chaque térawattheure solaire évite des centaines de millions de tonnes de charbon à extraire ou à importer. Il réduit l’exposition aux importations maritimes d’hydrocarbures, vulnérables aux tensions géopolitiques.

Pékin exporte aussi son modèle : panneaux, onduleurs, batteries, lignes UHV et projets clés en main se diffusent le long des Nouvelles Routes de la Soie et dans les pays du Sud global. C’est un levier d’influence économique autant qu’un vecteur de décarbonation mondiale. Pour l’Europe, la transition solaire à grande échelle est désormais une réalité ; reste à décider son prix et le niveau de dépendance industrielle acceptable.

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