L’Italie franchit une étape cruciale vers la réintroduction de l’énergie nucléaire dans son mix énergétique. Le gouvernement de Giorgia Meloni vient d’approuver un projet de loi établissant un cadre réglementaire complet pour relancer cette filière abandonnée depuis plus de 30 ans. Cette initiative vise à renforcer la sécurité énergétique du pays tout en contribuant aux objectifs climatiques.
Le retour du nucléaire en Italie : un changement de cap historique
L’abandon du nucléaire suite aux référendums
L’Italie a fermé ses quatre centrales nucléaires en 1990 suite au référendum populaire de 1987, organisé après la catastrophe de Tchernobyl. Une tentative de relance sous le gouvernement Berlusconi a été stoppée net par un second référendum en 2011, quelques mois après l’accident de Fukushima. Ce double rejet populaire avait alors semblé sceller définitivement le sort du nucléaire italien.
Cependant, l’opinion publique a évolué face aux crises énergétiques récentes et aux défis climatiques. En mai 2023, le Parlement italien a approuvé une motion visant à réintégrer le nucléaire dans le mix énergétique national, marquant un tournant dans la politique énergétique du pays.
Un contexte énergétique qui pousse à la diversification
L’Italie, fortement dépendante des importations d’énergie, cherche à renforcer sa souveraineté énergétique. Le pays importe actuellement environ 10% de son électricité de l’étranger, notamment de la France voisine où le nucléaire est prédominant. Cette situation paradoxale – rejeter le nucléaire chez soi tout en l’important – est devenue de plus en plus difficile à justifier dans un contexte de tensions sur les marchés de l’énergie.

Les ambitions nucléaires du gouvernement Meloni
Des objectifs de production ambitieux
Le gouvernement italien a fixé des objectifs clairs pour sa nouvelle stratégie nucléaire. Il vise à obtenir entre 11% et 22% de son électricité à partir du nucléaire d’ici 2050. Cette part significative permettrait de réduire considérablement la dépendance aux combustibles fossiles importés et de compléter les énergies renouvelables.
Le ministre de l’Environnement et de la Sécurité énergétique, Gilberto Pichetto Fratin, s’est montré encore plus ambitieux en déclarant que l’énergie nucléaire sera de retour en Italie dès 2030, ce qui suppose un calendrier de déploiement particulièrement serré.
Focus sur les technologies avancées
Plutôt que de revenir aux réacteurs conventionnels, l’Italie mise sur les technologies nucléaires de nouvelle génération. Le projet de loi met l’accent sur les petits réacteurs modulaires (PRM), les microréacteurs et les réacteurs de quatrième génération.
Ces technologies promettent plusieurs avantages : une sécurité renforcée, une production de déchets réduite, une flexibilité accrue et des coûts potentiellement inférieurs. Les PRM, avec leur puissance généralement inférieure à 300 MW, peuvent être fabriqués en usine puis transportés sur site, réduisant les délais et coûts de construction.
Le cadre réglementaire en construction
Un projet de loi ambitieux
Le Conseil des ministres italien a approuvé un projet de loi qui doit maintenant être soumis au Parlement pour validation finale. Ce texte établit un cadre réglementaire complet couvrant l’ensemble du cycle de vie nucléaire : production d’énergie, déclassement des installations, gestion des déchets radioactifs et recherche sur la fusion nucléaire.
Une fois la loi adoptée, le gouvernement disposera de 12 mois pour élaborer des décrets législatifs détaillant la mise en œuvre concrète de cette politique. L’objectif est de finaliser un code nucléaire consolidé d’ici 2027, établissant clairement les règles du jeu pour tous les acteurs du secteur.
Création d’une autorité de régulation indépendante
Le projet prévoit l’établissement d’une autorité indépendante chargée de réguler et superviser les infrastructures nucléaires. Cette instance aura pour mission de garantir le respect des normes de sécurité les plus strictes et de favoriser la transparence vis-à-vis du public.
Une attention particulière sera portée à la gestion des déchets radioactifs, avec la création d’un centre de stockage national. Les sites qui abritaient les anciennes centrales nucléaires pourraient être réutilisés pour accueillir les nouvelles installations, bénéficiant ainsi d’infrastructures existantes et d’une acceptation locale potentiellement meilleure.

Les défis de la renaissance nucléaire italienne
Obstacles techniques et financiers
Si l’ambition est claire, de nombreux défis restent à surmonter. Le calendrier annoncé par le ministre Fratin semble extrêmement serré pour un secteur où les projets s’étalent généralement sur une décennie ou plus. Les technologies de réacteurs avancés sur lesquelles mise l’Italie n’ont pas encore atteint la maturité commerciale, ce qui ajoute une couche d’incertitude.
Le financement de ces projets constitue un autre enjeu majeur. Les infrastructures nucléaires nécessitent des investissements initiaux considérables, même si les PRM promettent des coûts inférieurs aux grands réacteurs conventionnels. Le gouvernement devra définir des mécanismes financiers attractifs pour mobiliser les capitaux nécessaires.
L’acceptabilité sociale en question
Malgré une évolution favorable, l’opinion publique italienne reste divisée sur le nucléaire. Les sondages récents montrent une légère majorité en faveur de cette énergie, mais cette tendance pourrait s’inverser face à une opposition structurée.
Le souvenir des deux référendums antinucléaires pèse encore dans le débat public. Le gouvernement devra mener un travail de pédagogie pour convaincre les citoyens des bénéfices de cette technologie tout en répondant aux préoccupations légitimes concernant la sécurité et la gestion des déchets.
À retenir :
- L’Italie approuve un projet de loi pour réintroduire l’énergie nucléaire, abandonnée depuis 1990
- Le gouvernement vise 11% à 22% d’électricité d’origine nucléaire d’ici 2050
- Focus sur les technologies avancées : petits réacteurs modulaires et réacteurs de 4e génération
- Création prévue d’une autorité indépendante de régulation et d’un centre de stockage des déchets
- Le ministre Pichetto Fratin annonce le retour du nucléaire dès 2030, un calendrier ambitieux
- Des défis majeurs subsistent : financement, acceptabilité sociale et maturité technologique









