L’Union européenne a présenté le 15 avril 2025 sa nouvelle feuille de route stratégique pour l’énergie de fusion, confirmant son ambition de devenir le leader mondial dans cette technologie prometteuse. Ce plan détaille les investissements et étapes clés pour développer cette source d’énergie potentiellement révolutionnaire, capable de fournir une électricité abondante, propre et sûre d’ici la seconde moitié du siècle.
À retenir
- L’UE confirme son engagement stratégique pour développer l’énergie de fusion avec une nouvelle feuille de route ambitieuse
- ITER reste le projet phare, complété par le futur démonstrateur DEMO prévu pour les années 2050-2060
- L’Europe investit massivement pour créer un écosystème industriel complet autour de la fusion
- L’objectif : des premières centrales commerciales de fusion dans la seconde moitié du siècle
La fusion nucléaire : un pilier de la stratégie énergétique européenne de long terme
La fusion nucléaire constitue désormais un élément central dans la vision énergétique européenne à long terme. Ce processus, qui reproduit les réactions se produisant au cœur du soleil, consiste à fusionner des noyaux d’hydrogène léger pour créer de l’hélium, libérant une quantité colossale d’énergie. Contrairement à la fission nucléaire conventionnelle, la fusion ne génère pas de déchets radioactifs à longue durée de vie et présente un niveau de sécurité intrinsèque élevé.
Un potentiel énergétique révolutionnaire
La fusion offre plusieurs avantages décisifs pour l’avenir énergétique. Elle utilise des ressources largement disponibles comme le deutérium, présent dans l’eau de mer, et le lithium, pour produire le tritium nécessaire aux réactions. Un gramme de combustible de fusion peut théoriquement produire l’équivalent énergétique de 11 tonnes de charbon, sans émission de CO2.
La sécurité constitue un autre atout majeur. Contrairement aux centrales à fission, toute perturbation dans une installation de fusion entraîne l’arrêt immédiat de la réaction, éliminant les risques d’accident grave. Cette caractéristique, combinée à l’absence de production de gaz à effet de serre, positionne la fusion comme une réponse potentielle aux défis climatiques et de sécurité énergétique.
Une ambition européenne réaffirmée
La Commission européenne a confirmé son engagement à développer cette technologie comme composante essentielle de son mix énergétique futur. Ce positionnement s’inscrit dans sa stratégie de neutralité carbone à l’horizon 2050, tout en préparant les solutions énergétiques pour les décennies suivantes.
« L’énergie de fusion représente une opportunité historique pour l’Europe de sécuriser son avenir énergétique avec une source d’énergie propre, sûre et pratiquement inépuisable », a déclaré la Commissaire européenne à l’Énergie lors de la présentation de cette feuille de route.

ITER et DEMO : les deux piliers technologiques du programme européen
La stratégie européenne s’articule autour de deux projets majeurs qui incarnent les étapes successives vers la maîtrise industrielle de la fusion.
ITER : la démonstration scientifique en cours
Le projet international ITER (International Thermonuclear Experimental Reactor), en construction à Cadarache en France, demeure la pierre angulaire de cette stratégie. L’Europe, via l’agence Fusion for Energy, en est le principal contributeur, finançant près de 45% de ce projet mondial qui rassemble également la Chine, les États-Unis, la Russie, l’Inde, le Japon et la Corée du Sud.
ITER vise à démontrer la faisabilité scientifique et technologique de la fusion comme source d’énergie en produisant 500 MW de puissance thermique pour 50 MW injectés. Les opérations scientifiques devraient débuter dans les prochaines années, avec un objectif de première production de plasma à pleine puissance d’ici 2035.
DEMO : le pont vers la commercialisation
Au-delà d’ITER, l’Europe prépare déjà activement DEMO (DEMOnstration Power Plant), qui constituera la prochaine étape décisive. Ce démonstrateur industriel sera conçu pour produire de l’électricité de manière continue et fiable, avec une puissance de l’ordre de 300 à 500 MW électriques.
La nouvelle feuille de route confirme l’objectif de lancer la construction de DEMO dans les années 2040, pour une mise en service dans les années 2050-2060. Ce réacteur servira de prototype pour les futures centrales commerciales en testant tous les systèmes nécessaires, notamment la production de tritium et la conversion de la chaleur en électricité.
Un écosystème industriel européen en construction
La nouvelle stratégie met l’accent sur la nécessité de développer un véritable écosystème industriel européen autour de la fusion.
Investissements massifs et financements innovants
L’Union européenne confirme son engagement financier à travers plusieurs canaux. Le programme Horizon Europe intègre un volet conséquent dédié à la recherche en fusion, tandis que des financements complémentaires sont prévus via le programme EUROfusion, qui coordonne les efforts de recherche des laboratoires européens.
La feuille de route introduit également des mécanismes de financement innovants pour mobiliser des investissements privés, avec la création annoncée d’un Fonds européen d’innovation pour la fusion doté initialement de 2 milliards d’euros. Ce fonds soutiendra particulièrement les startups et PME développant des technologies associées.
Développement d’une chaîne de valeur complète
L’Europe ambitionne de maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur nécessaire aux futurs réacteurs de fusion. Cela implique le développement de capacités industrielles dans plusieurs domaines critiques :
- Fabrication d’aimants supraconducteurs à haute performance
- Production de matériaux résistants aux flux neutroniques intenses
- Systèmes de chauffage et de contrôle du plasma
- Technologies de production et gestion du tritium
Des programmes spécifiques de formation sont également prévus pour développer les compétences nécessaires, avec l’objectif de former plus de 10 000 ingénieurs et techniciens spécialisés d’ici 2040.
Collaboration internationale stratégique
Tout en consolidant sa position de leader, l’Europe renforce ses partenariats internationaux. Des accords de coopération renforcée ont été conclus avec le Royaume-Uni, le Japon et les États-Unis, permettant une mutualisation des efforts sur des aspects techniques spécifiques.
La feuille de route prévoit également une coordination plus étroite avec les programmes de fusion privés qui se développent, notamment aux États-Unis, pour accélérer certains développements technologiques.

Défis techniques et perspectives temporelles
Le développement de l’énergie de fusion reste soumis à d’importants défis scientifiques et technologiques.
Les verrous technologiques à surmonter
La feuille de route identifie clairement les principaux obstacles à franchir :
Le confinement stable du plasma à des températures dépassant 150 millions de degrés Celsius reste un défi majeur. Les matériaux capables de résister aux conditions extrêmes dans la chambre de réaction doivent encore être perfectionnés, notamment pour supporter les flux neutroniques intenses. Le cycle du combustible, notamment la production et la récupération du tritium, nécessite également des développements supplémentaires.
Pour répondre à ces défis, l’Europe investit dans plusieurs installations de recherche complémentaires à ITER, comme le Joint European Torus (JET) au Royaume-Uni, qui reste opérationnel dans le cadre d’accords post-Brexit, et le stellarator Wendelstein 7-X en Allemagne.
Un horizon temporel réaliste
La stratégie européenne reconnaît le caractère progressif du développement de la fusion. La feuille de route dessine un calendrier en plusieurs phases :
- 2025-2035 : Finalisation de la construction d’ITER et premières opérations scientifiques
- 2035-2040 : Démonstration des performances nominales d’ITER et validation des concepts pour DEMO
- 2040-2050 : Construction de DEMO
- 2050-2060 : Exploitation de DEMO et préparation des premiers réacteurs commerciaux
- 2060-2070 : Déploiement des premières centrales commerciales
« L’énergie de fusion n’est pas une solution immédiate à la crise climatique actuelle, mais un investissement stratégique pour le futur énergétique de nos enfants et petits-enfants », a souligné le directeur du consortium EUROfusion lors de la présentation.
Cette vision à long terme s’inscrit dans la stratégie plus large de l’Europe pour construire un système énergétique résilient et décarboné, où la fusion viendrait compléter le mix d’énergies renouvelables dans la seconde moitié du siècle.









