L’Espagne abandonne le nucléaire malgré les alertes des experts

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L'Espagne abandonne le nucléaire malgré les alertes des experts
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L’Espagne s’apprête à fermer progressivement l’ensemble de ses centrales nucléaires entre 2027 et 2035, selon son Plan National Intégré Énergie et Climat (PNIEC). Cette décision stratégique provoque l’inquiétude de la World Nuclear Association qui pointe plusieurs risques majeurs pour la sécurité énergétique et la décarbonation du pays. Le débat s’intensifie alors que d’autres nations européennes reconsidèrent au contraire la place du nucléaire dans leur mix énergétique.


À retenir

  • L’Espagne prévoit de fermer ses 7 réacteurs nucléaires entre 2027 et 2035
  • Le nucléaire représente actuellement 20% de l’électricité espagnole et 30% de sa production décarbonée
  • La World Nuclear Association critique cette décision, pointant des risques pour la sécurité d’approvisionnement et la décarbonation
  • Cette politique contraste avec d’autres pays (France, Belgique, Japon) qui prolongent ou développent leur parc nucléaire

Le PNIEC espagnol : un abandon progressif du nucléaire au profit des renouvelables

Le gouvernement espagnol a formalisé sa stratégie énergétique à travers le Plan National Intégré Énergie et Climat (PNIEC), document soumis à la Commission européenne. Ce plan dessine la trajectoire énergétique du pays jusqu’en 2030 avec un axe majeur : la sortie programmée du nucléaire.

Un calendrier de fermeture étalé sur huit ans

Le PNIEC prévoit un démantèlement progressif des sept réacteurs nucléaires espagnols entre 2027 et 2035. Cette transition vise à remplacer cette source d’énergie qui fournit actuellement environ 20% de l’électricité du pays et représente près d’un tiers de sa production décarbonée.

Un pari massif sur les renouvelables

Pour compenser cette perte de production, l’Espagne mise sur une accélération considérable du déploiement des énergies renouvelables, principalement éolienne et solaire. Le plan s’accompagne d’objectifs ambitieux d’efficacité énergétique pour réduire la consommation globale d’énergie et atteindre ses engagements climatiques.

La World Nuclear Association alerte sur les risques de cette stratégie

Face à cette orientation, la World Nuclear Association (WNA), qui représente l’industrie nucléaire mondiale, a exprimé de fortes inquiétudes. L’organisation considère cette décision comme une erreur stratégique pour l’avenir énergétique de l’Espagne et a formulé plusieurs arguments critiques.

La menace sur la sécurité d’approvisionnement

La WNA met en avant le rôle stabilisateur du nucléaire dans le réseau électrique. Contrairement aux sources intermittentes comme l’éolien et le solaire, les centrales nucléaires fournissent une électricité constante, indépendante des conditions météorologiques. Leur fermeture pourrait fragiliser la stabilité du réseau espagnol et créer des vulnérabilités en période de faible production renouvelable.

Un obstacle potentiel à la décarbonation

Paradoxalement, l’abandon du nucléaire pourrait compliquer l’atteinte des objectifs climatiques espagnols. La WNA souligne que pour compenser l’intermittence des renouvelables, l’Espagne devra probablement recourir davantage au gaz naturel comme énergie de secours, augmentant ainsi ses émissions de CO₂ à court et moyen terme.

Des projections jugées trop optimistes

L’association considère que les ambitions espagnoles concernant le déploiement des énergies renouvelables et la réduction de la demande énergétique manquent de réalisme. Elle doute de la capacité du système électrique à intégrer une telle quantité d’énergies intermittentes tout en maintenant sa stabilité et des prix abordables pour les consommateurs.

Un choix à contre-courant des tendances internationales

La décision espagnole contraste avec l’évolution des politiques énergétiques observée dans de nombreux autres pays, qui réévaluent actuellement le rôle du nucléaire dans leur mix énergétique.

Des prolongations et relances nucléaires en Europe

La France a confirmé sa stratégie de maintien et de développement de son parc nucléaire avec le projet de construction de nouveaux EPR. La Belgique a récemment décidé de prolonger l’exploitation de deux de ses réacteurs face aux défis de sécurité énergétique. Même les Pays-Bas, traditionnellement peu engagés dans cette voie, prévoient désormais la construction de nouvelles centrales.

Un regain d’intérêt mondial pour l’atome

Au-delà de l’Europe, des pays comme les États-Unis, le Japon ou le Royaume-Uni prolongent la durée de vie de leurs centrales existantes ou investissent dans de nouvelles capacités. Cette tendance reflète une reconnaissance croissante du rôle du nucléaire comme source d’énergie bas-carbone dans la lutte contre le changement climatique.

Conséquences économiques et sociales de l’abandon du nucléaire

La WNA anticipe plusieurs impacts négatifs liés à cette décision politique espagnole, tant sur le plan économique qu’environnemental.

Un risque d’augmentation des coûts de l’électricité

Selon l’association, la prolongation de la durée de vie des réacteurs nucléaires existants constitue l’option la moins coûteuse pour produire de l’électricité bas-carbone. La fermeture prématurée des centrales entraînerait des investissements massifs dans les énergies renouvelables, le renforcement des réseaux et les systèmes de stockage, avec un impact potentiel sur la facture des consommateurs.

Des pertes d’emplois qualifiés

Le secteur nucléaire espagnol emploie des milliers de personnes hautement qualifiées. La fermeture progressive des centrales entraînera la disparition de ces postes, avec un impact social significatif dans les régions concernées, malgré les créations d’emplois attendues dans le secteur des renouvelables.

Une dépendance accrue aux importations d’énergie

La WNA redoute que l’Espagne ne doive augmenter ses importations de gaz naturel pour assurer la stabilité de son réseau, réduisant ainsi son indépendance énergétique. Cette situation pourrait rendre le pays plus vulnérable aux fluctuations des prix internationaux et aux tensions géopolitiques, à rebours de la tendance européenne à renforcer la souveraineté énergétique après la crise ukrainienne.

Le débat sur l’avenir du nucléaire en Espagne illustre les dilemmes complexes auxquels font face les pays européens dans leur transition énergétique. Entre objectifs climatiques ambitieux, sécurité d’approvisionnement et maîtrise des coûts, les choix stratégiques actuels façonneront le paysage énergétique des décennies à venir.