Le Japon relance la construction de réacteurs nucléaires pour la première fois depuis Fukushima. Kansai Electric Power Co (KEPCO) annonce la reprise des études pour un nouveau réacteur à la centrale de Mihama, dans la préfecture de Fukui. Cette décision marque un tournant historique dans la politique énergétique japonaise.
À retenir
- Premier projet de réacteur nucléaire neuf au Japon depuis 2009
- Objectif : 20-22% d’électricité nucléaire dans le mix japonais d’ici 2030
- Coût estimé : 6,8 milliards de dollars pour un réacteur
- Délai de construction : jusqu’à 20 ans
- Modèle retenu : SRZ-1200 de Mitsubishi Heavy Industries
Le retour du nucléaire japonais après 16 ans d’interruption
L’annonce de KEPCO marque la fin d’un moratoire de 16 ans sur la construction de réacteurs nucléaires au Japon.
Un projet historique pour la centrale de Mihama
La centrale de Mihama devient le symbole du renouveau nucléaire japonais. Les études préliminaires pour un nouveau réacteur y avaient débuté en 2010, un an avant la catastrophe de Fukushima. L’accident avait suspendu le projet. Aujourd’hui, seule l’unité 3 reste opérationnelle sur le site, les unités 1 et 2 ayant été définitivement déclassées en avril 2015.
KEPCO confirme que les nouvelles études visent à évaluer la faisabilité d’un réacteur successeur. Le processus comprend l’analyse géologique du site et la vérification des normes réglementaires mises à jour après Fukushima.
Le SRZ-1200 : la technologie de nouvelle génération
Le consortium japonais privilégie le modèle SRZ-1200 de Mitsubishi Heavy Industries. Cette technologie représente l’évolution des réacteurs à eau légère avancés, avec des améliorations majeures de sécurité.
Le dernier réacteur construit au Japon, Tomari-3, date de 2009. Il s’agissait d’un PWR de 912 MWe développé par Hokkaido Electric Power.

Stratégie énergétique : sécurité, croissance et neutralité carbone
Le gouvernement japonais articule sa stratégie autour du concept S+3E : sûreté, sécurité énergétique, efficacité économique et protection de l’environnement.
La demande énergétique explose avec l’IA
Nozomu Mori, président de KEPCO, justifie le retour au nucléaire : Pour un pays dépourvu de ressources naturelles comme le Japon, la question clé est de savoir comment continuer à fournir de l’énergie pour favoriser la croissance de nouvelles industries
.
Le développement massif des centres de données et de l’industrie des semi-conducteurs alimente la demande. L’intelligence artificielle nécessite une électricité fiable et massive. Le 7ème Plan stratégique énergétique, approuvé en février 2025, vise 20-22% d’électricité nucléaire d’ici 2030.
Dépendance énergétique et objectifs climatiques
| Année | Part nucléaire dans le mix |
|---|---|
| 2010 | 25% |
| 2015 | 1% |
| 2020 | 4% |
| 2021 | 10% (estimation) |
La loi japonaise limite actuellement la durée de vie des réacteurs à 40-60 ans. Le gouvernement prévoit de prolonger cette période au-delà de 60 ans pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.

Investissements et défis réglementaires
La construction d’un nouveau réacteur représente un pari à long terme avec des contraintes techniques et financières majeures.
Coût et délai : un investissement colossal
Les experts estiment 6,8 milliards de dollars et 20 ans de construction pour un nouveau réacteur. KEPCO insiste sur la nécessité d’une « voie claire de recouvrement des investissements ».
Le ministre du Commerce Yoji Muto promet des mesures pour encourager les investissements et renforcer la chaîne d’approvisionnement nucléaire.
Processus réglementaire complexe
Moins de la moitié des 33 réacteurs exploitables ont retrouvé le réseau électrique japonais. Les contrôles réglementaires draconiens, les mises à niveau de sécurité et l’opposition locale freinent la reprise.
KEPCO prévient que la décision finale dépendra des résultats techniques, de l’évolution réglementaire et du climat des affaires.
Marché et perspectives économiques
L’annonce de KEPCO fait bondir les actions du secteur nucléaire japonais le 22 juillet 2025 :
- Kansai Electric : +5%
- Tokyo Electric Power Co : +6,7%
- Hokkaido Electric Power Co : +6,7%
- Mitsubishi Heavy Industries : +6,2%
Cette dynamique boursière reflète l’espoir d’un marché nucléaire japonais en pleine renaissance, 14 ans après l’arrêt forcé de Fukushima.









