Fin mars 2026, la start-up Hexana a officialisé l’implantation de son premier réacteur modulaire dans le Gard rhodanien, à proximité de Marcoule, entre Chusclan et Bagnols-sur-Cèze. Issue du CEA, cette jeune entreprise développe un AMR (Advanced Modular Reactor) de quatrième génération, de type RNR-Na (réacteur à neutrons rapides refroidi au sodium), capable de produire de l’électricité et de la chaleur industrielle tout en recyclant les combustibles usés. Ce choix doit servir la souveraineté énergétique française et accélérer la décarbonation industrielle.
À retenir
- Hexana implante son premier SMR/AMR de type RNR-Na (400 MWth) près de Marcoule dans le Gard rhodanien.
- La technologie permet de « brûler » l’uranium appauvri et le MOX, participant directement à la fermeture du cycle du combustible.
- Le réacteur est conçu pour la cogénération : électricité et chaleur à 550 °C destinée à la métallurgie et à la chimie.
- Un système innovant de stockage thermique par sels fondus assure la flexibilité sans modifier la puissance du réacteur.
- Après une levée de 25 millions d’euros en 2025, Hexana cible un dépôt de dossier de sûreté fin 2026 et une mise en service commerciale entre 2030 et 2035.
- Le projet s’appuie sur l’expertise historique de Marcoule et l’héritage des réacteurs Phénix et ASTRID.
Pourquoi Hexana a choisi le Gard rhodanien
Le choix du site n’est pas anecdotique, car il répond à une logique industrielle et territoriale assumée. Hexana, start-up essaimée du CEA, cherchait un lieu réunissant du foncier disponible, des compétences nucléaires solides et un ancrage local déjà familier de ces sujets.
La proximité immédiate du site de Marcoule
Implanté à Chusclan, tout près du centre historique de Marcoule, le futur réacteur bénéficiera de la présence de l’CEA, d’Orano et de nombreux sous-traitants nucléaires. Cette proximité limite les transports de matières et facilite les échanges techniques au quotidien. Les équipes pourront aussi s’appuyer sur des interlocuteurs qui connaissent déjà les réacteurs refroidis au sodium.

Un bassin industriel dense et qualifié
Le Gard rhodanien constitue le deuxième pôle industriel d’Occitanie avec 160 établissements manufacturiers. Cette concentration offre à Hexana un écosystème complet : chaudronnerie lourde, tuyauterie nucléaire, maintenance, logistique. Le réseau local permet d’envisager une part importante de fabrication française, un point clé pour un projet présenté comme une tête de série industrielle.
Une acceptabilité locale et politique forte
Contrairement à d’autres territoires, le bassin de Bagnols-sur-Cèze vit depuis plus de soixante ans avec l’industrie nucléaire. Cette histoire commune a forgé une culture technique et une lecture pragmatique des risques comme des bénéfices. Elle facilite aussi la discussion avec l’ASNR (Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection) et avec les riverains.
Le RNR-Na : une technologie de 4e génération au service de la souveraineté
Hexana ne développe pas un simple SMR supplémentaire : son réacteur appartient à la famille des AMR de génération IV, plus précisément un RNR-Na. Cette filiation technologique repose sur des décennies d’expérience française.
L’héritage direct de Phénix, Superphénix et ASTRID
Le réacteur reprend les retours d’expérience de Phénix (1973-2009) et les travaux menés sur ASTRID. Le CEA a développé une expertise reconnue sur les neutrons rapides et le refroidissement au sodium. Hexana transforme aujourd’hui cette base scientifique en projet industriel. Le CEA reste d’ailleurs un partenaire technique de la start-up.
Recycler le MOX et l’uranium appauvri
Le véritable atout du RNR-Na tient à sa capacité à utiliser comme combustible l’uranium appauvri et le plutonium contenu dans les assemblages MOX. Le réacteur transforme ainsi une partie des stocks existants en ressource énergétique. Cette approche correspond à la stratégie nationale de fermeture du cycle du combustible annoncée par l’Élysée en mars 2026.
Une puissance pensée pour la dualité électricité-chaleur
Chaque module délivre 400 MWth. Installés par paires, ils produisent environ 160 MWe tout en laissant une part importante de la puissance thermique disponible pour des usages industriels. Cette modularité permet d’adapter la taille de l’installation aux besoins du site tout en conservant les économies d’échelle de la construction en série.
Cogénération et stockage thermique : la réponse pragmatique à la décarbonation industrielle
Si la production d’électricité reste importante, le point fort d’Hexana est sa capacité à fournir une chaleur haute température de manière flexible.

Chaleur à 550 °C pour les industries lourdes
La chimie et la métallurgie ont besoin de chaleur comprise entre 400 et 600 °C. Or, très peu de solutions bas carbone existent aujourd’hui à cette température. Le RNR-Na d’Hexana fournit une chaleur d’environ 550 °C, adaptée à ces usages. La cogénération devient alors un levier de décarbonation industrielle.
Les sels fondus pour découpler production et consommation
L’innovation majeure réside dans l’intégration d’un système de stockage thermique par sels fondus, une technologie déjà utilisée dans le solaire thermique. Ce réservoir permet de stocker plusieurs centaines de MWh thermiques et de les restituer selon les besoins du réseau électrique ou des clients industriels.
Cette architecture permet d’ajuster la production d’électricité ou de chaleur sans modifier la puissance neutronique du réacteur. Elle préserve ainsi sa stabilité et sa sûreté.
Des cas d’usage concrets déjà identifiés
Les premières cibles identifiées sont les sites industriels proches de Marcoule ou situés dans la vallée du Rhône : producteurs d’hydrogène, fabricants d’aluminium, chimistes, voire futurs datacenters à forte consommation thermique. En fournissant à la fois électricité et chaleur décarbonée, Hexana propose une réponse globale aux besoins industriels.
La France dispose à la fois du combustible, de l’expertise, du territoire et de clients industriels. Le projet Hexana convertit ces atouts en infrastructure concrète. Avec un dépôt de dossier d’options de sûreté prévu fin 2026 et une entrée progressive dans le nouveau programme gouvernemental de fermeture du cycle du combustible, la start-up passe de la phase conceptuelle à l’exécution industrielle.
Le choix du Gard rhodanien n’est donc pas seulement géographique. Il traduit une stratégie d’implantation fondée sur un site déjà structuré par le nucléaire et les activités industrielles. Il confirme aussi la place que la France veut conserver dans le nucléaire bas carbone.










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