Le 10 juin 2025, l’État français et l’industrie nucléaire scellent un contrat stratégique pour relancer la filière nucléaire. Objectif : construire six EPR2 d’ici 2035, recruter 10 000 personnes par an et garantir la neutralité carbone d’ici 2050. Un tournant qui met fin à l’incertitude des dernières années.
À retenir
- Signature du Contrat Stratégique de la Filière Nucléaire (CSFN) le 10 juin 2025 à Paris.
- Construction de six réacteurs EPR2, avec option sur huit supplémentaires.
- 10 000 embauches annuelles prévues entre 2025 et 2028.
- Prolongation des réacteurs actuels jusqu’à 60 ans.
- Prix garanti de 100 €/MWh pour la production nucléaire.
- Investissement final confirmé fin 2026.
De la prise de parole de Belfort au contrat stratégique : une trajectoire tracée
Le 10 février 2022, Emmanuel Macron annonce à Belfort la « renaissance nucléaire ». Il prolonge la durée de vie des réacteurs existants et lance le programme de six EPR2, avec option huit supplémentaires. Mais aucune feuille de route commune n’existe alors entre l’État, EDF, Orano, CEA, Framatome et ANDRA.
Un manque de coordination qui ralentit les projets
Entre 2022 et 2025, la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) 2020 reste en vigueur. Elle prévoit la fermeture de réacteurs. Les retards s’accumulent sur les chantiers en cours et les coûts grimpent. L’industrie réclame un cadre clair.
2025-2028 : le contrat qui remet l’industrie sur les rails
Le contrat stratégique signé le 10 juin 2025 fixe les règles pour trois ans. Il vise la compétitivité industrielle, la sécurité d’approvisionnement et la neutralité carbone d’ici 2050. Il remplace la logique de fermeture par celle de la construction.
Signature du contrat stratégique : 600 acteurs mobilisés
Sous la coupole du ministère de l’Économie, 600 représentants de la chaîne d’approvisionnement nucléaire signent l’accord. Marc Ferracci, ministre de l’Énergie, et Éric Lombard, ministre de l’Économie, valident les engagements aux côtés des syndicats.

Le Comité Stratégique de la Filière Nucléaire au cœur du pilotage
Le CSFN supervise la mise en œuvre. Il évalue les progrès trimestriellement, arbitrera les priorités et publiera un rapport annuel. Objectif : éviter les dérives de coûts et les retards constatés sur l’EPR de Flamanville.
2025-2028 : la période charnière pour les décisions d’investissement
Entre juin 2025 et décembre 2026, les partenaires doivent finaliser le financement, sécuriser les autorisations environnementales et valider les sites. La décision finale d’investissement interviendra fin 2026.
Quatre axes pour sécuriser la relance nucléaire
Performance industrielle : respecter coûts et délais
Le contrat impose des indicateurs précis : respect du calendrier, maîtrise des coûts, qualité des équipements. Une « supply chain » collaborative doit réduire les délais d’approvisionnement critiques comme ceux des générateurs de vapeur.
Compétences : 30 000 recrutements en trois ans
La filière vise 10 000 embauches annuelles. Priorité aux métiers de la chaudronnerie, de l’instrumentation nucléaire et du génie civil. Un plan de formation mutualisé entre EDF, Framatome et Orano est lancé dès septembre 2025.
Recherche et innovation : SMR et déchets radioactifs
Les SMR (petits réacteurs modulaires) doivent être démontrables d’ici 2032. Thorizon et Curium développent le réacteur à sels fondus Thorizon One. Orano produira de l’américium-241 à La Hague pour les batteries à usage spatial.
Neutralité carbone : 40 TWh supplémentaires sans CO₂
Les six EPR2 fourniront près de 40 TWh par an, soit la consommation de 10 millions de foyers. Le contrat de différence garantit 100 €/MWh pour sécuriser la compétitivité de l’électricité française face à la volatilité du marché européen.

Projets concrets : les chantiers à suivre
Prolongation des réacteurs jusqu’à 60 ans
Le contrat valide la stratégie Grand carénage. Chaque tranche passera une revue de sûreté entre 2025 et 2035. Les investissements associés dépasseront 50 milliards d’euros sur la période.
Première pierre des EPR2 en 2027
Penly (Seine-Maritime) accueillera la première paire d’EPR2, suivie de Gravelines (Nord) et Bugey (Ain). Chaque réacteur fournira 1 670 MW en puissance électrique nette.
Financement : prêt subventionné et contrat de différence
L’État prêtera à EDF au moins 50 % du coût de construction à taux zéro. Le contrat de différence stabilise la recette d’exploitation. Si le marché dépasse 100 €/MWh, EDF reverse la différence à l’État.
Perspectives : vers une nouvelle gouvernance d’EDF
Bernard Fontana pressenti à la tête d’EDF
Le conseil d’administration propose Bernard Fontana, ex-PDG de Framatome, pour succéder à Luc Remont. Il devra sécuriser le financement des six EPR2 et relancer l’exportation de réacteurs français.
Nucléaire : un « chantier du siècle » pour l’Europe
La relance française renforce la position de l’Europe dans la course mondiale à l’électricité bas-carbone. Le plan français sert de modèle à la PPE 3 2025-2035, attendue fin 2025.
Prochaines étapes : PPE 3 et décision finale 2026
D’ici décembre 2026, les autorisations environnementales, le financement et la gouvernance seront finalisés. L’enjeu : livrer le premier EPR2 en 2035 sans dépasser le budget de 7 milliards d’euros par réacteur.









