La France et l’Inde unissent leurs forces dans le développement des petits réacteurs nucléaires modulaires (SMR) et des réacteurs modulaires avancés (AMR). Cette coopération, officialisée par une Lettre d’Intention signée le 9 février 2024, s’inscrit dans une relation bilatérale de longue date dans le domaine du nucléaire civil. Les deux pays ambitionnent de partager leur expertise pour accélérer le déploiement de ces technologies considérées comme stratégiques pour la transition énergétique.
À retenir
- Une Lettre d’Intention pour la coopération franco-indienne sur les SMR et AMR a été signée le 9 février 2024
- Ce partenariat engage le CEA français et le Département de l’Énergie Atomique indien (DAE)
- Les objectifs incluent l’évaluation conjointe des technologies, le partage d’expertise et potentiellement le développement commun de réacteurs
- Cette collaboration s’inscrit dans la continuité du projet de six réacteurs EPR de 1650 MWe à Jaitapur
Un partenariat stratégique pour développer les réacteurs nucléaires du futur
La collaboration franco-indienne dans le domaine nucléaire franchit une nouvelle étape. Le 9 février 2024, les deux pays ont formalisé leur engagement à coopérer sur les technologies des Petits Réacteurs Modulaires (SMR) et des Réacteurs Modulaires Avancés (AMR) à travers une Lettre d’Intention. Cette signature marque l’aboutissement d’une première phase de discussions entamées lors de la visite du Premier ministre indien Narendra Modi en France en juillet 2023.
Des organismes nucléaires de premier plan mobilisés
Côté français, c’est le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) qui pilote cette coopération. En Inde, le Département de l’Énergie Atomique (DAE) prend la direction des opérations. Ces deux institutions publiques seront accompagnées par des acteurs industriels majeurs, notamment Électricité de France (EDF) pour la France et la Nuclear Power Corporation of India Limited (NPCIL) pour l’Inde.
Des objectifs ambitieux et multiples
Le partenariat couvre un large spectre d’activités. Les deux pays prévoient d’évaluer conjointement les technologies de SMR et d’AMR existantes ou en développement. Ils identifieront des axes de recherche communs et partageront leur expérience en matière de conception, de développement technologique et de sûreté nucléaire.
L’accord ouvre également la voie à un potentiel développement conjoint d’un SMR ainsi que d’un AMR. Au-delà de la production d’électricité, les applications envisagées incluent la production d’hydrogène et la désalinisation de l’eau de mer.

Des technologies nucléaires adaptées aux défis énergétiques contemporains
Les technologies visées par cet accord représentent l’avenir du secteur nucléaire selon de nombreux experts.
Les SMR : une solution flexible et modulable
Les Petits Réacteurs Modulaires sont des installations nucléaires de puissance inférieure à 300 MWe, conçues pour être fabriquées en usine puis assemblées sur site. Cette approche modulaire offre plusieurs avantages : des coûts initiaux réduits, des délais de construction plus courts et la possibilité d’adapter la capacité de production aux besoins locaux.
Parmi les projets français dans ce domaine figure le réacteur NUWARD, développé par EDF. Ce SMR de type REP (Réacteur à Eau Pressurisée) devrait atteindre une puissance d’environ 340 MWe.
Les AMR : vers des technologies de rupture
Les Réacteurs Modulaires Avancés constituent la prochaine génération de réacteurs. Ils explorent des technologies alternatives comme les sels fondus, les métaux liquides ou les gaz à haute température comme caloporteurs. Ces innovations visent à améliorer la sûreté, le rendement et la gestion des déchets.
L’accord franco-indien n’exclut aucune technologie spécifique à ce stade, laissant la porte ouverte à l’évaluation de diverses options.
Un ancrage dans une coopération nucléaire historique
Cette nouvelle initiative s’inscrit dans une relation bilatérale de longue date dans le domaine nucléaire civil.

Le projet EPR de Jaitapur comme précédent
La France et l’Inde collaborent déjà sur le projet de construction de six réacteurs EPR (European Pressurised Reactor) de 1650 MWe chacun à Jaitapur, dans l’État du Maharashtra. Cette centrale nucléaire, une fois achevée, sera l’une des plus importantes au monde.
Le partenariat sur les SMR et AMR pourrait créer des synergies avec ce projet majeur, notamment en termes de chaîne d’approvisionnement et de compétences.
Des enjeux énergétiques et climatiques partagés
Pour l’Inde, le développement du nucléaire représente un levier essentiel pour diversifier son mix énergétique encore dominé par le charbon. Le pays cherche à réduire sa dépendance aux combustibles fossiles importés tout en répondant à une demande d’électricité en forte croissance.
La France, qui tire déjà plus de 70% de son électricité du nucléaire, voit dans les SMR et AMR des solutions complémentaires pour maintenir son indépendance énergétique et atteindre ses objectifs climatiques.
Les prochaines étapes de la coopération
La signature de la Lettre d’Intention marque le début d’un processus de collaboration structuré qui se déploiera sur plusieurs années.
Une feuille de route à définir
Les prochaines étapes incluent la mise en place de groupes de travail conjoints entre le CEA et le DAE. Ces équipes élaboreront une feuille de route détaillée pour la coopération, avec des jalons précis pour les projets de recherche et développement.
Des retombées industrielles attendues
Le partenariat prévoit l’établissement potentiel de chaînes d’approvisionnement pour les futurs SMR et AMR. Une localisation industrielle en Inde fait partie des objectifs, accompagnée de transferts de technologie et de programmes de formation spécialisée.
Cette coopération franco-indienne illustre l’importance croissante des collaborations internationales dans le développement des technologies nucléaires avancées, considérées comme un pilier de la transition énergétique mondiale. Les petits réacteurs modulaires pourraient jouer un rôle significatif dans la décarbonation du mix énergétique, en complément des énergies renouvelables et des installations nucléaires conventionnelles.









