Début de la construction d’un nouveau réacteur nucléaire en Corée

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Shin Hanul 3 : le béton coulé marque le retour du nucléaire
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La Korea Hydro & Nuclear Power (KHNP) a coulé le premier béton du bâtiment réacteur de l’unité 3 de Shin Hanul, marquant le redémarrage effectif du programme nucléaire sud‑coréen. Ce revirement politique, initié par le président Yoon Suk‑yeol, s’inscrit dans la stratégie nationale de neutralité carbone et de sécurité énergétique. L’article décrit la chronologie, les enjeux financiers et technologiques, ainsi que les retombées géopolitiques de ces deux nouvelles centrales APR1400.


À retenir

  • Le premier béton de Shin Hanul 3 a été coulé le 20 mai 2025, après l’obtention d’une licence de construction en octobre 2024.
  • Le projet prévoit deux réacteurs APR1400 de 1 400 MWe chacun, pour un total de 2 800 MWe.
  • Coût total estimé : 8,8 milliards USD (≈ 7,6 milliards EUR).
  • Financement : 2,9 trillions KRW (≈ 2,5 milliards EUR) pour les équipements, 3,1 trillions KRW (≈ 2,7 milliards EUR) pour la construction.
  • Objectif : contribuer à la neutralité carbone d’ici 2050 et renforcer la position exportatrice de la Corée du Sud dans le nucléaire.

Chronologie du redémarrage du programme nucléaire sud‑coréen

Le parcours du projet Shin Hanul 3‑4 illustre les basculements de politique énergétique entre 2014 et 2025.

Décisions politiques de 2014 à 2025

En novembre 2014, la KHNP signe un accord avec le comté d’Ulchin pour la construction des unités 3 et 4. Une demande de permis est déposée en janvier 2016, puis les travaux préparatoires, prévus pour mai 2017, sont suspendus en octobre 2017 par le président Moon Jae‑in, qui adopte une politique de sortie du nucléaire. Le changement de cap intervient avec la campagne présidentielle de Yoon Suk‑yeol, qui, en décembre 2021, annonce une nouvelle orientation nucléaire. Après son accession au pouvoir en mai 2022, le gouvernement inverse la stratégie précédente, encourageant la relance des constructions nucléaires dès juillet 2022. Le plan de mise en œuvre est approuvé en juin 2023, validant vingt procédures de licences réparties entre onze ministères.

Acteurs institutionnels et industriels

Le Korea Hydro & Nuclear Power (KHNP) conduit le projet, soutenu par le ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Énergie Lee Chang‑yang. Le consortium Doosan Enerbility assure la fourniture des équipements principaux, tandis que Hyundai Engineering & Construction, Doosan Enerbility et Posco E&C forment le consortium de construction. La Commission de sûreté et de sécurité nucléaires (NSSC) délivre la licence de construction en septembre 2024, officialisant le redémarrage.

Licences et premières constructions

Après la délivrance de la licence en septembre 2024, une cérémonie officielle marque le lancement des travaux en octobre 2024. Le 20 mai 2025, le premier béton est coulé, signifiant le passage du stade de planification à la réalisation physique. Ce jalon confirme la capacité du gouvernement à traduire rapidement les décisions politiques en actions concrètes sur le terrain.

Shin Hanul 3 et 4 : spécifications techniques et calendrier financier

Les deux unités APR1400 s’inscrivent dans le cadre d’une ambition de modernisation du parc nucléaire sud‑coréen.

Architecture des réacteurs APR1400

Chaque réacteur APR1400 (Advanced Power Reactor 1400) délivre 1 400 MWe, utilisant une technologie à eau pressurisée de troisième génération. La conception standardisée facilite la maintenance et la formation du personnel, réduisant les coûts d’exploitation. Les quatre premiers APR1400 sud-coréens (Saeul 1‑2 et Shin Hanul 1‑2) fonctionnent déjà, tandis que deux autres sont en construction à Barakah, aux Émirats arabes unis.

Coûts, contrats et financement

Le contrat principal d’équipement signé en mars 2023 avec Doosan Enerbility s’élève à 2,9 trillions KRW (≈ 2,5 milliards EUR) pour les réacteurs, générateurs de vapeur et turbogénérateurs. Le consortium dirigé par Hyundai E&C a remporté, en décembre 2023, un contrat de construction de 3,1 trillions KRW (≈ 2,7 milliards EUR) pour les installations principales. Le coût total du projet est estimé à 8,8 milliards USD, soit environ 7,6 milliards EUR, incluant 2 trillions KRW supplémentaires pour les équipements auxiliaires sur la prochaine décennie. Plus de 460 partenaires nationaux participent à la chaîne d’approvisionnement, assurant une forte dynamique industrielle locale.

Jalons de construction jusqu’en 2033

Le coulage du premier béton marque le début de la phase structurelle. L’achèvement de l’unité 3 est prévu pour 2032, suivi de l’unité 4 en 2033. Ces échéances respectent l’objectif « On‑Time, Within Budget » fixé par le président Hwang Joo‑ho, chef de la KHNP. La progression sera contrôlée par des revues trimestrielles de conformité et de sécurité, garantissant la conformité aux exigences du NSSC.

Impact sur la transition énergétique et la position internationale de la Corée du Sud

Le projet Shin Hanul 3‑4 s’insère dans une stratégie globale de décarbonation et d’expansion du savoir‑faire nucléaire.

Contribution à la neutralité carbone et à la sécurité énergétique

Avec une capacité combinée de 2 800 MWe, les deux réacteurs fourniront une part substantielle de l’électricité nationale, réduisant la dépendance aux combustibles fossiles. Le gouvernement estime que chaque gigawatt d’énergie nucléaire évite l’émission d’environ 0,9 MtCO₂ par an, contribuant ainsi à l’objectif de neutralité carbone d’ici 2050. La continuité de la production nucléaire renforce la résilience du réseau face aux fluctuations de la production renouvelable.

Exportation et compétitivité du K‑Power

Le succès de Shin Hanul 3‑4 vise à consolider le « K‑Power » comme marque exportable. La Corée du Sud ambitionne d’exporter dix centrales nucléaires d’ici 2030, en s’appuyant sur la réputation de fiabilité et de coûts maîtrisés de l’APR1400. Les projets déjà réalisés aux Émirats arabes unis, au coût de 20 milliards USD pour quatre réacteurs, illustrent la capacité à livrer des installations complètes à l’international.

Développement des SMR et perspectives à long terme

Parallèlement aux gros réacteurs, le gouvernement investit 400 milliards KRW dans la recherche sur les petits réacteurs modulaires (SMR), avec un budget R&D doublé à 2 trillions KRW en 2023. Les SMR sont prévus pour une mise en service en 2035, offrant une flexibilité accrue pour les réseaux locaux et les îles. La formation de 4 500 professionnels du nucléaire d’ici 2030 garantit la disponibilité des compétences nécessaires à la fois pour les projets de grande envergure et les futures technologies SMR.

Débats publics et perspectives de durabilité

Le renouveau nucléaire suscite des réactions contrastées au sein de la société sud‑coréenne.

Réactions politiques et publiques

Les partisans, dont le ministre Lee Chang‑yang, soulignent la « revitalisation complète de l’écosystème nucléaire » et la création d’emplois qualifiés. Les organisations environnementales restent prudentes, rappelant les risques liés aux déchets radioactifs et à la sûreté. Des manifestations ponctuelles ont eu lieu à Séoul en mars 2025, demandant davantage de transparence sur la gestion des déchets.

Gestion des risques et sûreté nucléaire

La NSSC a imposé des exigences strictes de sécurité, incluant des évaluations de séisme et de tsunami ainsi que des tests de résistance des matériaux. Le choix de l’APR1400, reconnu pour ses systèmes de secours redondants, vise à minimiser les probabilités d’incident. Un comité d’audit indépendant, composé d’experts de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), assurera un suivi continu.

Perspectives de l’écosystème nucléaire post‑2025

Les deux nouvelles unités sont perçues comme le pilier d’une nouvelle ère où le nucléaire coexiste avec les renouvelables. L’objectif à long terme, fixé dans le 11e plan de base, prévoit jusqu’à trois nouvelles centrales d’ici 2038, renforçant la capacité de production bas carbone. La combinaison de gros réacteurs APR1400 et de SMR permettra d’ajuster la production à la demande tout en maintenant une empreinte carbone minimale.