L’Union européenne franchit une nouvelle étape dans la sécurisation du nucléaire civil avec le lancement du projet EU-CONVERSION. Cette initiative majeure, dotée d’un budget de 12,8 millions d’euros, vise à convertir les réacteurs de recherche utilisant de l’uranium hautement enrichi vers des combustibles plus sûrs. Le projet rassemble les principaux acteurs européens du secteur et s’inscrit dans une démarche globale de lutte contre la prolifération nucléaire tout en préservant les capacités de recherche essentielles.
Les enjeux stratégiques de la conversion des réacteurs de recherche
Sécurisation des matières nucléaires sensibles
Le projet EU-CONVERSION répond à un impératif de sécurité internationale : réduire l’utilisation d’uranium hautement enrichi (HEU) dans les installations civiles. L’HEU, enrichi à plus de 90% en uranium-235, présente des risques significatifs de détournement à des fins militaires. La conversion vers des combustibles faiblement enrichis (LEU) permet de maintenir les capacités de recherche tout en éliminant ces risques. Cette transition s’inscrit dans le cadre des efforts internationaux de non-prolifération nucléaire.
Maintien des performances scientifiques
Un défi majeur du projet réside dans la préservation des capacités techniques des réacteurs après conversion. Les réacteurs de recherche comme le FRM-II allemand nécessitent des performances élevées pour leurs missions scientifiques. Les nouveaux combustibles doivent garantir des flux neutroniques équivalents tout en utilisant un enrichissement réduit. Cette équation complexe mobilise l’expertise des laboratoires participants pour développer des solutions innovantes.
Production d’isotopes médicaux
Les réacteurs de recherche jouent un rôle crucial dans la production d’isotopes médicaux utilisés en diagnostic et en thérapie. La conversion ne doit pas compromettre cette mission de santé publique. Le projet intègre cette contrainte dans le développement des nouveaux combustibles pour assurer la continuité de l’approvisionnement médical.

Technologies et innovations en développement
Nouveaux matériaux combustibles
Deux candidats principaux émergent pour remplacer les combustibles actuels : l’uranium-molybdène (U-Mo) et l’uranium silicide (U2Si3). Ces matériaux font l’objet de recherches approfondies pour évaluer leur comportement sous irradiation. Les tests prévoient des conditions extrêmes avec des flux thermiques dépassant 500 W/cm² dans le réacteur BR2 du SCK-CEN.
Protocoles de qualification
La validation des nouveaux combustibles suit un processus rigoureux. Des campagnes d’irradiation sont programmées entre 2027 et 2028, suivies d’analyses post-irradiation détaillées. Ces tests permettront de certifier la fiabilité et la sûreté des combustibles dans des conditions réelles d’utilisation.
Adaptations techniques des installations
La conversion nécessite des modifications des infrastructures existantes. Les systèmes de manutention, de stockage et de refroidissement doivent être adaptés aux caractéristiques des nouveaux combustibles. Ces transformations requièrent une expertise pointue en ingénierie nucléaire.

Coordination européenne et perspectives
Consortium international
Le projet mobilise neuf partenaires majeurs dont la Technical University of Munich, Framatome, l’Institut Laue-Langevin et le CEA. Cette collaboration permet de mutualiser les compétences et les infrastructures. Le budget de 12,8 millions d’euros, financé par le programme Horizon 2020, témoigne de l’engagement européen.
Calendrier de déploiement
La feuille de route s’étend jusqu’en 2030. Les premières conversions concerneront le réacteur FRM-II et le futur réacteur Jules Horowitz. Ce planning intègre les phases de test, de qualification et d’autorisation réglementaire nécessaires à la mise en œuvre sécurisée des nouveaux combustibles.
Impact sur la recherche européenne
EU-CONVERSION renforce le leadership européen dans la recherche nucléaire. Le maintien des capacités expérimentales après conversion permettra de poursuivre les programmes de recherche en physique des matériaux, en radiochimie et en médecine nucléaire.
À retenir
- Budget de 12,8 millions d’euros pour convertir les réacteurs de recherche vers des combustibles plus sûrs
- Développement de nouveaux combustibles U-Mo et U2Si3 avec tests d’irradiation prévus en 2027-2028
- Maintien des performances scientifiques et de la production d’isotopes médicaux comme objectifs prioritaires
- Coordination de 9 partenaires européens majeurs jusqu’en 2030
- Contribution significative à la non-prolifération nucléaire tout en préservant la recherche européenne









