Relocaliser les composants électriques pour sécuriser la souveraineté

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Poste électrique en France avec plusieurs transformateurs HTA/BT sous un ciel dramatique, symbolisant les enjeux de relocalisation et de souveraineté énergétique.
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En avril 2026, le gouvernement a lancé le plan « Électrifions la France ! » pour ramener la part des énergies fossiles de 58 % à moins de 30 % d’ici 2035. Face aux pénuries mondiales de composants et à une dépendance stratégique devenue intenable, la fabrication française de transformateurs, de câbles haute tension et d’équipements de réseaux redevient un enjeu de souveraineté énergétique. Cette relocalisation n’a rien d’idéologique : elle répond aux blocages qui freinent l’électrification des usages.


À retenir

  • Le plan « Électrifions la France ! » vise à réduire la part des fossiles à moins de 30 % d’ici 2035 et fait de la maîtrise des composants électriques un pilier de souveraineté.
  • Les délais d’approvisionnement des transformateurs HTA/BT sont passés de 8 semaines à 12-24 mois en 2026.
  • 90 % de l’acier électrique à grains orientés provient de Chine, créant une dépendance stratégique critique.
  • Le Net Zero Industry Act (NZIA) impose des critères de résilience et de durabilité dans au moins 30 % des volumes d’enchères.
  • France 2030 et le doublement des soutiens publics à 10 milliards d’euros par an d’ici 2030 soutiennent la réindustrialisation.
  • La filière représente déjà 2,6 millions d’emplois et réduit l’empreinte carbone grâce au mix énergétique décarboné français.

La souveraineté énergétique passe par la maîtrise des composants

Longtemps réduite à la production d’électricité, la souveraineté énergétique française repose aussi sur la capacité à fabriquer les équipements qui la transportent, la transforment et la distribuent. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a rappelé que l’importation d’hydrocarbures a représenté jusqu’à 120 milliards d’euros de facture lors des crises récentes. Cette vulnérabilité n’est plus acceptable si la France veut massifier l’électrification des usages : véhicules électriques, pompes à chaleur, data centers.

Ingénieurs et techniciens dans une usine française assemblant des transformateurs électriques, illustrant la maîtrise des composants pour la souveraineté énergétique.
Maîtriser la production de transformateurs et de câbles renforce l’indépendance énergétique de la France.

Dans ce contexte, la production locale de transformateurs HTA/BT, de câbles haute tension et d’équipements pour les réseaux intelligents (Smart Grids) devient un levier industriel. Elle permet à la France de tirer parti de son mix énergétique décarboné au lieu de dépendre encore davantage des chaînes d’approvisionnement asiatiques.

Quand l’électricité devient une arme géopolitique

Contrairement aux hydrocarbures, l’électricité produite en France est largement nationale. Mais cette indépendance s’arrête aux câbles et aux transformateurs. Sans une industrie capable de les produire vite et en volume, le pays reste exposé aux aléas internationaux. Le plan « Électrifions la France ! » entend combler ce point faible en faisant de la relocalisation un objectif de sécurité nationale.

Une crise mondiale des composants qui paralyse la transition

La transition énergétique mondiale se heurte aujourd’hui à un goulot d’étranglement majeur : la disponibilité des équipements électriques critiques. En 2026, les délais d’approvisionnement des transformateurs HTA/BT dépassent régulièrement 12 à 24 mois, contre 8 semaines avant la crise. Cette situation bloque les raccordements et renchérit les projets.

La dépendance est particulièrement forte sur l’acier électrique à grains orientés, matériau essentiel aux noyaux de transformateurs. Avec 90 % de la production mondiale de tôles magnétiques localisée en Chine, l’Europe et la France font face à une dépendance stratégique nette. Les prix du cuivre et les tensions sur les matières premières critiques aggravent encore la situation.

Des fabricants français qui remontent en puissance

Face à cette réalité, plusieurs industriels relocalisent ou étendent leurs capacités. C’est le cas de certains fabricant transformateur France (haute tension) qui modernisent leurs outils pour répondre aux exigences de RTE (Réseau de Transport d’Électricité) et des distributeurs. Cette montée en compétence technique est essentielle : elle permet de produire des équipements adaptés aux contraintes des réseaux intelligents (Smart Grids) français plutôt que d’importer des solutions génériques.

Le Net Zero Industry Act et France 2030 changent la donne

Depuis janvier 2026, le Net Zero Industry Act (NZIA) impose aux États membres d’intégrer des critères hors-prix dans au moins 30 % des volumes d’enchères pour les technologies propres. Parmi ces critères figurent la résilience, avec une dépendance à un pays tiers limitée à 65 %, et la durabilité environnementale. Ce cadre réglementaire européen offre un avantage concret aux fabricants français.

Il s’ajoute au plan France 2030 et au contrat stratégique de la filière électronique 2025-2028, qui injectent plusieurs milliards d’euros dans les semi-conducteurs, les batteries et les composants critiques. Ces dispositifs financiers, combinés à l’initiative des « 100 territoires d’électrification », visent à accélérer à la fois le déploiement des infrastructures et la réindustrialisation des territoires.

Des projets concrets déjà visibles

L’extension du site Prysmian dans l’Yonne pour la production de câbles haute tension, les investissements de Schneider Electric et Legrand dans leurs usines françaises ou encore le renforcement des capacités de production de transformateurs montrent que le mouvement est lancé. Ces projets ne relocalisent pas seulement de la production : ils recréent des écosystèmes de savoir-faire autour des réseaux intelligents (Smart Grids) et du stockage stationnaire.

Des bénéfices qui dépassent la seule dimension économique

Produire en France des composants électriques présente trois avantages majeurs. D’abord environnemental : l’empreinte carbone liée au transport diminue et la fabrication profite du mix énergétique décarboné français. Ensuite social : la filière électrique et électronique représente déjà 2,6 millions d’emplois, majoritairement non délocalisables et qualifiés. Enfin stratégique : une industrie locale renforce la résilience du réseau face aux aléas climatiques et géopolitiques.

Ouvriers français en équipement de sécurité dans une usine moderne de composants électriques, avec en arrière-plan des éoliennes, montrant les bénéfices environnementaux et sociaux de la production locale.
La réindustrialisation de la filière électrique combine création d’emplois qualifiés, réduction des émissions et renforcement de la résilience du réseau.

Le doublement des soutiens publics à l’électrification, de 5,5 à 10 milliards d’euros par an d’ici 2030, donne de la visibilité aux investisseurs. Cette stabilité permet de développer des technologies comme les batteries redox vanadium ou les optimiseurs de flux sur les réseaux intelligents (Smart Grids).

Concrètement, chaque transformateur HTA/BT produit en France plutôt qu’importé renforce la souveraineté industrielle et accompagne une transition énergétique mieux maîtrisée.

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