Fin du Tarif Bleu, les heures super creuses prennent le relais

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Famille française consultant une facture d’électricité et une application mobile de suivi des heures super creuses avec compteur Linky en arrière-plan.
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Depuis le 1 février 2026, la France a supprimé l’option Base du Tarif Bleu, obligeant les 13 millions de foyers concernés à basculer vers des offres à heures pleines/heures creuses ou vers les formules plus avantageuses d’heures super creuses. Cette mesure, pilotée par la Commission de régulation de l’énergie (CRE), s’appuie sur le compteur Linky et vise à lisser la courbe de charge en phase avec la production solaire. Le prix du kilowattheure varie désormais fortement selon l’heure, et la facture d’électricité devient un véritable indicateur de comportement de consommation.


À retenir

  • Option Base supprimée en 2026, remplacée par HP/HC et heures super creuses.
  • Prix du kWh en heures creuses : 0,1635 €, en heures pleines : 0,2081 €.
  • Heures creuses désormais méridiennes (11‑17 h) en été et nocturnes en hiver.
  • Économies possibles dès 30 % de consommation déplacée vers les créneaux les moins chers.
  • Compteur Linky indispensable pour la granularité tarifaire et le lissage de la courbe de charge.

Cette réforme du Tarif Bleu ne se résume pas à un simple ajustement de prix : elle instaure une nouvelle organisation des usages. Elle impose davantage de flexibilité dans les foyers et rapproche plus étroitement production et demande d’électricité. Dès 2025, 11 millions de clients ont déjà vu leur plage d’heures creuses s’étendre à l’après‑midi, tandis que la généralisation complète est attendue pour l’été 2027. Dans un contexte de montée en puissance du photovoltaïque, où le surplus solaire apparaît en pleine journée, cette réforme devient l’un des outils centraux de la transition énergétique française.

Évolution du modèle tarifaire

Le retrait de l’option Base met fin au tarif unique de l’électricité 24h/24, devenu difficilement soutenable face à la variabilité croissante du réseau et à la part des renouvelables.

Main d’un consommateur français posant un ancien contrat à côté d’un compteur Linky et d’un graphique de tarifs heures pleines heures creuses sur ordinateur, illustrant l’évolution du modèle tarifaire.
L’évolution du modèle tarifaire met fin à l’option Base et généralise les offres HP/HC et heures super creuses, rendues possibles par le compteur Linky.

La fin de l’option base

À partir du 1 février 2025, aucune nouvelle souscription à l’option Base n’est possible pour les puissances comprises entre 9 et 15 kVA. Le 1 février 2026 étend cette interdiction aux puissances de 18 à 36 kVA. En pratique, 13 millions de foyers doivent donc choisir une option différenciée, avec un prix du kWh qui dépend de l’heure de consommation.

Les heures super creuses

Testée auprès de 6 000 clients entre le 1er novembre 2025 et le 31 octobre 2026, l’option d’heures super creuses introduit trois niveaux de prix : Normal, Heures Creuses et Heures Super Creuses. Cette structure reflète le surplus solaire en milieu de journée et incite à utiliser davantage d’électricité pendant les créneaux les moins chers, en particulier pour les usages flexibles comme le chauffage d’eau ou la recharge de véhicule électrique.

Calendrier et adaptation saisonnière

La refonte des heures pleines/heures creuses (HP/HC) modifie en profondeur les habitudes de consommation des ménages, en distinguant clairement été et hiver.

Les heures creuses méridiennes

Depuis le 1er novembre 2025, les heures creuses incluent une plage en journée, entre 11 h et 17 h (jusqu’à 3 heures), tout en conservant une période nocturne de 5 heures (entre 23 h et 7 h). Cette configuration est conçue pour absorber le pic de production solaire de l’été et pour réduire le recours aux centrales thermiques coûteuses.

Transition 2025‑2027

La première phase de déploiement couvre 5 millions de clients jusqu’à fin 2026, principalement équipés de compteurs Linky. Une généralisation complète est prévue pour l’été 2027, avec un schéma saisonnier stabilisé : en été (1er avril‑31 octobre), des heures creuses concentrées en journée ; en hiver (1er novembre‑31 mars), des heures creuses majoritairement nocturnes pour accompagner le chauffage électrique.

Impact économique pour le consommateur

La nouvelle tarification ouvre de réelles perspectives d’économies, mais elle suppose une adaptation des usages au sein des foyers, notamment pour les appareils programmables.

Lave-linge en marche la nuit et voiture électrique en charge chez un particulier français pendant les heures super creuses pour réduire la facture d’électricité.
En déplaçant l’usage des appareils électroménagers et la recharge des véhicules électriques vers les heures super creuses, les consommateurs peuvent réaliser des économies significatives.

Comparaison prix kWh

En janvier 2026, le tarif Base est fixé à 0,1952 €/kWh. En option HP/HC, le prix du kWh descend à 0,1635 €/kWh en heures creuses et grimpe à 0,2081 €/kWh en heures pleines. L’écart de prix entre les périodes les plus chères et les plus favorables renforce l’intérêt de déplacer une partie de la consommation.

Économies réalisables

Dans les tests des heures super creuses, les foyers peuvent obtenir un gain financier significatif dès 30 % de consommation déplacée vers les créneaux les moins chers, contre environ 60 % auparavant pour rendre l’option HP/HC réellement intéressante. Les usages les plus concernés sont le chauffe‑eau électrique, le lave‑linge, le lave‑vaisselle et la recharge de véhicule électrique.

Abonnements et seuil de rentabilité

Pour une puissance de 6 kVA, l’abonnement double tarif se situe autour de 188,88 € par an. Le seuil de rentabilité se rapproche ainsi de la consommation moyenne d’un foyer, rendant l’option différenciée plus attractive. Plus la part d’usages programmables est élevée, plus l’écart avec l’ancienne option Base se creuse en faveur des heures creuses et super creuses.

Contrepoint : complexité de la gestion horaire

Certains foyers, attachés à la simplicité de l’option Base, dénoncent la nécessité de programmer leurs appareils (chauffe‑eau, lave‑linge, lave‑vaisselle, recharge de véhicule électrique) selon un planning horaire. Cette contrainte organisationnelle n’est pas neutre, surtout pour les ménages peu équipés en domotique. La courbe de charge nationale, toutefois, bénéficie d’un lissage progressif grâce à ces ajustements collectifs, limitant les risques de tension sur le réseau.

Défis techniques et acteurs du réseau

Le succès de cette réforme dépend de la capacité d’EDF, d’Enedis et des fournisseurs alternatifs à proposer des outils simples, lisibles et pilotables à distance pour les particuliers.

Linky et lissage de la courbe de charge

Le compteur communicant Linky transmet des données de consommation quasi en temps réel, permettant à Enedis d’anticiper les pics et de réduire les surcharges locales. Cette granularité tarifaire s’inscrit dans la logique de la tarification dynamique à long terme, où le prix de l’électricité reflète davantage l’état instantané du système électrique.

Offres alternatives et avenir de la tarification dynamique

Des fournisseurs comme TotalEnergies ou d’autres acteurs alternatifs proposent déjà des créneaux très bon marché pour la recharge des véhicules électriques, parfois indexés heure par heure sur le marché de gros. Cela illustre la montée d’un marché en dehors du TRVE (tarif réglementé de vente d’électricité). La CRE prévoit un premier bilan en 2027 pour évaluer l’adaptation du réseau, la compréhension des offres par les consommateurs et l’impact réel sur la courbe de charge nationale.

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