À partir du 1er novembre 2025, les heures creuses EDF ne seront plus uniquement nocturnes. La Commission de Régulation de l’Énergie (CRE) a acté un basculement historique : une partie de ces plages à tarif réduit sera déplacée vers l’après-midi, notamment en été, pour s’aligner sur la production solaire. Près de 14,5 millions de foyers français devront adapter leurs habitudes de consommation sous peine de voir leurs économies fondre.
À retenir
- 14,5 millions de foyers concernés par la réforme des heures creuses d’ici 2027, soit près de la moitié des ménages français.
- 8 heures creuses par jour maintenues, mais réparties différemment : 5 heures consécutives la nuit (23h-7h) et jusqu’à 3 heures l’après-midi (11h-17h) en été.
- Déploiement progressif à partir du 1er novembre 2025, avec un achèvement prévu fin 2027.
- Économies potentielles de 15 à 20% sur la facture annuelle (soit plus de 200 €) pour les ménages adaptant leur consommation.
- Pas d’action requise pour les appareils automatiques (chauffe-eau avec contacteur jour/nuit), mais reprogrammation nécessaire pour les équipements manuels (lave-linge, bornes de recharge).
- Objectif principal : optimiser l’intégration des énergies renouvelables (solaire) et réduire la pression sur le réseau aux heures de pointe.
Cette réforme, intégrée au TURPE7 (Tarif d’Utilisation des Réseaux Publics d’Électricité), marque un tournant dans la gestion de la demande électrique en France. Depuis leur création dans les années 1960, les heures creuses visaient à écouler le surplus nocturne des centrales nucléaires. Aujourd’hui, avec l’essor du solaire et la nécessité de décarboner le mix énergétique, leur logique évolue. Pour les consommateurs, l’enjeu est double : maintenir leurs économies en adaptant leurs usages, tout en contribuant à la stabilité du réseau. Les entreprises, quant à elles, y voient une opportunité pour réduire leurs coûts et verdir leur production. Reste à savoir si cette transition se fera sans heurts.
Une réforme des heures creuses calquée sur le solaire et les saisons
Des plages horaires redessinées pour coller à la production renouvelable
La principale innovation réside dans la scission des 8 heures creuses quotidiennes en deux blocs : un nocturne et un diurne. En saison basse (du 1er avril au 31 octobre), les foyers bénéficieront de 2 à 3 heures creuses l’après-midi, généralement entre 11h et 17h, période où la production solaire est à son pic. La nuit, un créneau minimal de 5 heures consécutives (entre 23h et 7h) sera maintenu. En saison haute (hiver), les heures creuses resteront entièrement nocturnes, comme aujourd’hui, pour correspondre à une demande accrue en chauffage.
Cette répartition saisonnière vise à lisser la courbe de consommation et éviter les pics aux heures où le réseau est déjà sollicité. Par exemple, les anciennes plages estivales (7h-10h et 18h-23h) disparaîtront progressivement, car elles coïncidaient avec des périodes de forte demande. À l’inverse, l’après-midi, lorsque les panneaux solaires injectent massivement de l’électricité, le tarif réduit incitera à consommer localement plutôt qu’à exporter ou stocker.
Un calendrier de déploiement étalé jusqu’en 2027
Le basculement débutera le 1er novembre 2025, mais son application sera progressive. Enedis, gestionnaire du réseau, pilotera la migration pour 11 millions de foyers équipés de compteurs Linky. Les 3,5 millions restants, dont les créneaux actuels sont déjà alignés sur les nouvelles règles (par exemple, des heures creuses déjà concentrées la nuit), ne subiront aucun changement. Chaque ménage concerné recevra un avis de son fournisseur (EDF ou autre) au moins un mois avant la bascule, par courrier ou e-mail.
Concrètement, la reprogrammation des compteurs s’effectuera à distance, sans intervention physique. Cependant, les consommateurs devront vérifier la compatibilité de leurs équipements :
- Les chauffe-eau avec contacteur jour/nuit s’adapteront automatiquement.
- Les lave-linge, lave-vaisselle et bornes de recharge devront être reprogrammés manuellement, surtout pour les créneaux de l’après-midi.
- Les horloges de programmation (pour les anciens systèmes) nécessiteront un réglage bisannuel, aux dates de changement de saison (1er avril et 31 octobre).
La CRE insiste sur l’importance de cette transition pour éviter une hausse des factures : un ménage qui ne modifierait pas ses habitudes pourrait voir ses économies réduites, voire disparaître.

Quels impacts pour les ménages et les entreprises ?
Des économies à la clé, à condition de s’adapter
Pour les particuliers, le potentiel d’économies reste réel, mais conditionné à une consommation ciblée. Une étude citée par la CRE évoque des réductions de 15 à 20% sur la facture annuelle, soit plus de 200 € pour un foyer moyen. Ces gains proviendront surtout de la reprogrammation des appareils énergivores :
- Lancement des machines à laver ou du lave-vaisselle entre 11h et 17h en été.
- Recharge des véhicules électriques pendant les heures creuses diurnes ou nocturnes, selon la saison.
- Utilisation des ballons d’eau chaude en heures creuses (sans action si le contacteur est automatique).
Un témoignage recueilli lors de la phase test révèle qu’une consommatrice a réduit sa facture de 18% en décalant simplement ses lessives vers le créneau de midi. À l’inverse, ceux qui maintiennent leurs habitudes (ex : lessives le soir en été) pourraient voir leur facture augmenter, les heures pleines devenant plus chères pour inciter au report.
Pour les professionnels, une opportunité de flexibilité et de verdissement
Les entreprises, surtout celles à forte consommation électrique (industries, data centers, grandes surfaces), sont aussi concernées. Trois avantages majeurs se dégagent :
- Optimisation des coûts : en décalant les processus énergivores (comme la climatisation ou certains cycles de production) vers les heures creuses de l’après-midi, les économies pourraient atteindre plusieurs milliers d’euros par an pour les gros consommateurs.
- Flexibilité accrue : la possibilité de moduler la consommation en fonction des tarifs et de la production solaire permet une meilleure gestion des pics de demande.
- Contribution à la transition énergétique : en consommant davantage quand le solaire est abondant, les entreprises réduisent leur dépendance aux énergies fossiles en heures de pointe.
Par exemple, un supermarché pourrait avancer la mise en route de ses chambres froides en milieu de journée, tandis qu’une usine pourrait programmer ses fours électriques pendant les heures creuses estivales. Enedis souligne que cette réforme s’inscrit dans une logique de « consommation responsable », où chaque acteur – particulier ou professionnel – devient un maillon de l’équilibre du réseau.

Un défi d’adaptation, mais des limites à considérer
Les obstacles pour certains ménages et équipements
Si la théorie est séduisante, la pratique pourrait réserver des surprises. Plusieurs points de friction sont identifiés :
- Incompatibilité des anciens systèmes : les foyers non équipés de Linky (moins de 5% des ménages) ou disposant d’appareils très anciens (sans programmation) devront investir dans du matériel adapté, ce qui représente un coût initial.
- Complexité pour les travailleurs en journée : les ménages dont tous les membres sont absents entre 11h et 17h auront du mal à profiter des heures creuses diurnes, sauf à automatiser leurs équipements.
- Risque de saturation du réseau l’après-midi : si trop de consommateurs reportent leur usage sur les mêmes créneaux (ex : recharge massive des véhicules électriques à midi), des tensions locales pourraient apparaître.
La CRE reconnaît ces écueils et mise sur l’accompagnement des fournisseurs (tutoriels, simulations de factures) pour limiter les effets négatifs. EDF a déjà annoncé des ateliers en ligne pour aider les clients à reprogrammer leurs appareils.
Une réforme nécessaire, mais pas suffisante
Cette évolution des heures creuses s’inscrit dans une stratégie plus large de modernisation du réseau et d’intégration des renouvelables. Cependant, elle ne résout pas tous les défis :
- Le stockage de l’électricité reste un talon d’Achille : sans batteries domestiques ou industrielles massives, une partie de la production solaire de midi sera toujours perdue.
- L’équilibre hiver/été : en saison froide, où la demande est maximale, les heures creuses nocturnes pourraient ne pas suffire à absorber les pics, surtout si les températures chutent brutalement.
- L’acceptabilité sociale : certains consommateurs, habitués depuis des décennies à des plages fixes, pourraient mal vivre ce changement, perçu comme une contrainte supplémentaire.
Pourtant, la CRE et Enedis défendent cette réforme comme une étape indispensable pour un système électrique plus résilient. Sans cette adaptation, le coût de la transition énergétique serait bien plus élevé pour tous, souligne un porte-parole d’Enedis. Aux consommateurs maintenant de jouer le jeu – ou d’assumer la note.









