Après une année 2023 placée sous le signe du redressement, le bilan électrique français 2024 établit plusieurs records historiques selon RTE. Un solde exportateur d’électricité sans précédent de 89 TWh, une production décarbonée couvrant 95% du mix électrique, et des émissions de CO2 au plus bas niveau jamais enregistré marquent cette année exceptionnelle. Avec une consommation légèrement en hausse mais toujours bien inférieure aux niveaux pré-crise, le système électrique français confirme sa résilience et son rôle stratégique dans la transition énergétique européenne.
À retenir
- Production totale d’électricité de 536,5 TWh, soit le plus haut niveau depuis 5 ans
- Record historique d’exportations nettes d’électricité : 89 TWh (valorisées à 5 milliards d’euros)
- 95% de la production électrique française issue de sources bas-carbone (nucléaire + renouvelables)
- Intensité carbone au plus bas niveau historique : 21,3 gCO2eq/kWh
- Croissance record des capacités installées (+6,7 GW) comparable à celle connue lors de la construction du parc nucléaire
- Baisse significative des prix de l’électricité : 58 €/MWh en moyenne (contre 276 €/MWh en 2022)
La production électrique française en 2024 : un niveau record depuis cinq ans
L’année 2024 marque un tournant décisif pour le système électrique français. Après plusieurs années difficiles, notamment 2022 marquée par une disponibilité historiquement basse du parc nucléaire, la production totale d’électricité a atteint 536,5 TWh, son plus haut niveau depuis 2019.
Le nucléaire retrouve des couleurs
Principal artisan de ce redressement, la filière nucléaire a considérablement amélioré ses performances. En 2024, la production nucléaire s’est établie à 361,7 TWh, représentant 67,4% du mix électrique français. Cette performance tranche nettement avec les 320,4 TWh de 2023 et surtout les 279 TWh de 2022, année historiquement basse.
Cette remontée s’explique par une meilleure disponibilité du parc nucléaire français, estimée à 81,3% sur une partie de l’année, grâce à la résolution progressive des problèmes de corrosion sous contrainte et à une gestion optimisée des arrêts pour maintenance.
Les énergies renouvelables établissent de nouveaux records
La production renouvelable a également contribué significativement à cette performance globale, atteignant le niveau record de 150 TWh, soit 27,8% de la production électrique totale.
L’hydraulique a connu une année exceptionnelle avec 74,7 TWh produits (environ 14% du mix), grâce à des conditions météorologiques particulièrement favorables. Il s’agit du niveau le plus élevé depuis 2013.
Le solaire photovoltaïque poursuit sa croissance accélérée avec un record de production à 24,8 TWh. Le parc installé a connu une expansion sans précédent, avec 5 GW de nouvelles capacités connectées en 2024 (contre 3,4-3,5 GW les années précédentes), portant la capacité totale à 25,3 GW. Pour la première fois, la production solaire a dépassé la production fossile totale.
L’éolien (terrestre et offshore) a également battu son record avec environ 47 TWh produits, bénéficiant notamment de la mise en service de nouveaux parcs en mer. Pendant les périodes de pointe, l’éolien a couvert en moyenne 7,2 GW, soit 10% de la consommation nationale.
Une production fossile au plus bas depuis les années 1950
Conséquence directe de cette abondance d’électricité décarbonée, la production thermique fossile a atteint son niveau le plus bas depuis plus de 70 ans, avec seulement 20 TWh produits, représentant moins de 5% du mix électrique.
La production à partir de gaz s’est limitée à 17,4 TWh (contre 29,2 TWh en 2023), tandis que le charbon (0,7 TWh) et le fioul (1,8 TWh) ont été quasiment absents du mix français.

La consommation électrique française : une légère reprise après deux années de baisse
Après deux années consécutives de baisse, la consommation électrique française (corrigée des aléas météorologiques) a connu une légère hausse en 2024, s’établissant à 449,2 TWh, soit +0,7% (+3 TWh) par rapport à 2023.
Une consommation toujours bien inférieure à la période pré-crise
Malgré cette légère reprise, la consommation reste significativement inférieure aux niveaux observés avant la crise énergétique. Elle s’établit environ 6% (-30 TWh) en dessous de la moyenne 2014-2019. Cette tendance témoigne des effets durables des mesures de sobriété énergétique adoptées lors de la crise, ainsi que des progrès continus en matière d’efficacité énergétique.
Une reprise progressive dans l’industrie
Le secteur industriel montre des signes de reprise : la consommation agrégée des grands consommateurs raccordés au réseau RTE a augmenté de 2,4% par rapport à 2023, rompant avec deux années consécutives de baisse. Néanmoins, cette consommation reste 12,7% sous la moyenne 2014-2019, signe que le chemin vers une reprise complète est encore long.
Des pointes de consommation limitées
Les pointes de consommation sont restées à des niveaux faibles en 2024, figurant parmi les plus basses enregistrées depuis 10 ans. Cette modération a permis de limiter le recours aux moyens thermiques de pointe, contribuant ainsi à la réduction de l’empreinte carbone du système électrique.
À plus long terme, RTE anticipe toutefois une hausse significative de la consommation électrique, estimée à environ +40% d’ici 2035. Cette augmentation sera principalement tirée par l’électrification massive des usages : véhicules électriques, pompes à chaleur, réindustrialisation et multiplication des centres de données.
Des exportations d’électricité à un niveau historique
L’année 2024 marque un tournant dans l’histoire des échanges électriques transfrontaliers de la France, avec un solde exportateur record de 89 TWh. Ce chiffre dépasse largement le précédent record établi en 2002 (76 TWh) et contraste fortement avec l’année 2022, durant laquelle la France avait exceptionnellement été importatrice nette.
Des exportations massives vers tous les pays voisins
Les exportations brutes ont atteint le niveau sans précédent de 101,3 TWh (+34% par rapport à 2023), tandis que les importations se sont limitées à 12,3 TWh (-51% par rapport à 2023). La France a été exportatrice près de 98% du temps sur l’année.
L’Italie a constitué la principale destination de ces exportations avec un solde net de +22,3 TWh, suivie par l’ensemble Allemagne-Belgique (+27,2 TWh), le Royaume-Uni (+20,1 TWh), la Suisse (+16,7 TWh) et l’Espagne (+2,8 TWh).
Un impact économique et environnemental considérable
Cette performance exceptionnelle à l’export a généré une valorisation record estimée à 5 milliards d’euros (contre 1 à 3 milliards d’euros par an habituellement), contribuant positivement à la balance commerciale énergétique française.
Au-delà de l’aspect économique, ces exportations ont eu un impact environnemental significatif à l’échelle européenne. En se substituant à des productions thermiques fossiles dans les pays voisins, l’électricité bas-carbone française a permis d’éviter l’émission de 19,8 millions de tonnes de CO2.
Contrairement à une idée reçue, la France n’a pas « bradé » son électricité sur les marchés européens. Le marché unique de l’électricité a au contraire fourni un débouché rémunérateur pour sa production excédentaire et bas-carbone, tout en contribuant à la sécurité d’approvisionnement et à la décarbonation à l’échelle continentale.

Un système électrique toujours plus décarboné
L’année 2024 établit un nouveau record en matière de décarbonation du système électrique français. La production bas-carbone (nucléaire + renouvelables) a représenté 95% du mix électrique total, un niveau jamais atteint auparavant.
Des émissions de CO2 au plus bas niveau historique
Cette prédominance des sources décarbonées a permis de réduire les émissions directes de CO2 liées à la production d’électricité à un niveau historiquement bas de 11,3 millions de tonnes équivalent CO2.
L’intensité carbone de la production électrique française a elle aussi atteint un plancher record à 21,3 gCO2eq/kWh (émissions directes). En intégrant l’ensemble du cycle de vie (fabrication des équipements, construction, etc.), les émissions totales s’établissent à 16,1 millions de tonnes équivalent CO2, soit environ 30 gCO2eq/kWh.
Ce niveau place la France parmi les champions mondiaux de l’électricité bas-carbone, seule la Norvège faisant mieux en Europe avec 6 gCO2eq/kWh en émissions directes.
Un système électrique au service de la décarbonation européenne
La production décarbonée française a été suffisamment abondante pour couvrir la consommation nationale 99,5% du temps en 2024. Cette performance, conjuguée au record d’exportations, a permis à la France de jouer un rôle majeur dans la décarbonation du système électrique européen.
Les 89 TWh d’électricité bas-carbone exportés vers les pays voisins ont permis d’éviter près de 20 millions de tonnes d’émissions de CO2, en se substituant principalement à des productions à base de gaz et de charbon.
Des enjeux émergents pour intégrer les renouvelables
Malgré ce bilan très positif, de nouveaux défis émergent. L’écrêtement des énergies renouvelables (production disponible mais non injectée faute de demande ou de capacité réseau) a augmenté, atteignant 1,7 TWh en 2024 (contre 0,6 TWh en 2023).
Ce phénomène, qui s’est produit principalement lors des heures à prix négatifs, souligne l’importance croissante de développer les flexibilités de la demande et les capacités de stockage pour mieux intégrer la production intermittente. La puissance moyenne écrêtée a atteint 4,5 GW, avec des pointes à 12 GW, un niveau qui risque d’augmenter avec le développement continu des capacités renouvelables.
Pour répondre à ce défi, RTE envisage notamment le développement des heures creuses en journée, afin de mieux aligner la consommation avec les périodes de forte production solaire.









