Au 1er février 2026, la grille des tarifs d’électricité bouge à peine sur le papier… mais change de logique en profondeur, entre fin de l’ARENH, ajouts et retraits de taxes et signaux plus marqués pour déplacer sa consommation. Pour les ménages au Tarif réglementé de vente (TRVE), la baisse moyenne annoncée (–0,83 % TTC) représente environ 9 € TTC par an pour 4,5 MWh consommés. Le vrai sujet, c’est moins “combien ça baisse” que “qui paie quoi, quand, et pourquoi”.
À retenir
- TRVE / Tarif réglementé de vente : baisse moyenne de –0,83 % TTC au 1er février 2026, soit ~9 € TTC/an pour un foyer à 4,5 MWh/an (facture estimée de 1051 € à 1042 €).
- Prix du kWh (Base, 6 kVA) : passage de 0,1952 € à 0,1940 € TTC/kWh (mouvement faible, effet parfois “absorbé” par les autres lignes de facture).
- Option Tempo : hausse moyenne d’environ +6 % (ordre de grandeur : +6,2 % TTC), avec un risque plus élevé pour les foyers qui ne peuvent pas réduire leurs consommations les jours “rouges”.
- Fin de l’ARENH : depuis le 31 décembre 2025, disparition du “prix nucléaire régulé” à 42 €/MWh ; l’approvisionnement est désormais 100 % exposé aux prix de marché de gros.
- CTA : baisse au 1er février 2026 (taux abaissé à 15 % pour la majorité des clients raccordés en distribution), ce qui réduit une partie des coûts fixes.
- Accise sur l’électricité (ex-TICFE) : hausse mécanique au 1er février 2026, de 29,98 à 30,85 €/MWh (soit 3,085 c€/kWh).
- Option Base (18 à 36 kVA) : suppression sur le TRVE au 1er février 2026 ; bascule vers Heures pleines / Heures creuses si le client ne change pas.
- Levier n°1 : comprendre sa puissance souscrite (kVA) et son profil (chauffage, ballon, VE), puis choisir l’option tarifaire adaptée.
- Levier n°2 : comparer TRVE et offres de marché (certaines affichent ~0,1634 € TTC/kWh en Base à date récente), tout en surveillant l’indexation.
- Levier n°3 : piloter et/ou produire (effacement, programmation, autoconsommation) pour réduire l’exposition à la volatilité.
Une baisse de façade : ce qui bouge dès le 1er février
La baisse existe, mais elle ressemble davantage à une réduction sur l’étiquette qu’à un changement de panier : le total dépend surtout de ce que vous consommez, et à quel moment de la journée ces kWh sont utilisés.
TRVE : –0,83 % TTC… soit l’équivalent d’un café par mois
La Commission de régulation de l’énergie (CRE) construit le TRVE avec une méthode dite “d’empilement des coûts” : on additionne l’approvisionnement, l’acheminement réseau (TURPE) et les différentes taxes. Résultat, au 1er février 2026, le mouvement moyen reste limité : –0,83 % TTC.
Concrètement, un foyer consommant 4,5 MWh/an (4 500 kWh) économise environ 9 € TTC sur l’année. L’écart est statistiquement réel, mais il se dilue sur les mensualités et reste peu visible sans comparer précisément les montants avant/après.
Dans le détail, pour un compteur 6 kVA en option Base, le prix du kWh passe de 0,1952 € à 0,1940 € TTC. On parle de 0,0012 € de moins par kWh, ce qui illustre un ajustement de grille tarifaire plutôt qu’un changement de cap.

Le paradoxe Tempo : l’option “maligne” devient plus exigeante
L’option Tempo repose sur une idée claire : encourager les usages quand le système électrique est détendu, et faire payer plus cher les périodes où il est très sollicité. Les jours bleus et blancs sont attractifs, les jours rouges deviennent une zone à éviter pour les consommations importantes.
Au 1er février 2026, Tempo se renchérit en moyenne d’environ +6 %. Le message est net : l’électricité à bas prix est liée à la capacité à décaler ses usages. Si vous vivez dans un logement difficile à piloter (chauffage électrique peu régulé, mauvaise isolation, ballon d’eau chaude non programmable), cette hausse peut gommer l’avantage historique de cette option et rendre la facture plus imprévisible les jours “tendus”.
Abonnement, kVA, TURPE : la ligne fixe qui décide de beaucoup de choses
La facture d’électricité repose aussi sur un abonnement. Celui-ci dépend notamment de votre puissance souscrite, exprimée en kVA (3, 6, 9, 12 kVA…). Plus la puissance choisie est élevée, plus la part fixe de la facture augmente, même si la consommation réelle reste modeste. Deux foyers consommant le même nombre de kWh peuvent ainsi payer des montants différents uniquement parce que l’un a surdimensionné son compteur.
À ce niveau, le TURPE (tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité) pèse lourd : il finance le transport et la distribution. C’est le coût d’un réseau entretenu et modernisé, capable d’absorber la montée en puissance des pompes à chaleur, des véhicules électriques et, plus largement, des nouveaux usages électriques.
| Au 1er février 2026 | Ce que ça change | Pour qui c’est sensible |
|---|---|---|
| TRVE (moyenne) | –0,83 % TTC (~9 €/an à 4,5 MWh) | Impact limité pour la majorité |
| Option Tempo | Environ +6 % | Impact fort si peu de flexibilité |
| CTA | Taux abaissé à 15 % en distribution | Allège surtout la partie abonnement |
| Accise (ex-TICFE) | 29,98 → 30,85 €/MWh | Impact proportionnel aux kWh consommés |
2026, l’année où le nucléaire “régulé” disparaît
Derrière la petite baisse du TRVE, 2026 marque surtout un changement de mécanique : l’électricité issue du parc historique sort d’un cadre très administré, et le marché de gros prend une place plus visible dans la facture des particuliers.
ARENH : la fin du prix à 42 €/MWh et un système plus exposé
L’ARENH (accès régulé à l’électricité nucléaire historique) s’est arrêté le 31 décembre 2025. Il permettait aux fournisseurs d’acheter une partie de l’électricité nucléaire à un prix régulé de 42 €/MWh. Une part importante du coût d’approvisionnement était ainsi lissée et encadrée par la réglementation.
En 2026, l’approvisionnement se fait désormais à 100 % sur une référence de marché de gros, avec des mécanismes de couverture et de lissage, mais dans un environnement où la volatilité des prix peut se manifester, même lorsque la tendance est à la baisse. L’électricité dite “décarbonée” ne rime pas automatiquement avec “prix stable” : nucléaire et renouvelables émettent peu de CO2, mais leurs tarifs restent soumis à des règles économiques et politiques.
L’empilement des coûts : la recette officielle, ligne par ligne
La CRE ne “devine” pas un prix : elle applique une méthode. L’empilement des coûts additionne trois grands blocs, qui évoluent chacun selon leurs propres paramètres.
- Approvisionnement : achat d’électricité et accès au marché, avec une part lissée sur deux ans pour atténuer les à-coups.
- Acheminement : coûts de réseaux (TURPE), nécessaires au fonctionnement continu d’un service public industriel 24 heures sur 24.
- Fiscalité : accise, CTA, TVA et autres dispositifs qui varient au rythme des lois de finances.
Cette logique explique un point souvent mal interprété : même si les prix “spot” chutent sur le marché spot, la facture finale peut rester stable, voire augmenter, si dans le même temps des coûts réglementaires progressent (taxes) ou si certains postes de fourniture se renchérissent (obligations, charges commerciales, programmes publics).
CEE, rattrapage tarifaire : les petites lignes qui font la grande différence
Le prix final intègre également des postes moins visibles. Les certificats d’économie d’énergie (CEE), par exemple, obligent les fournisseurs à financer des actions d’efficacité via des primes et des programmes dédiés. L’entrée en 6e période augmente ces obligations, donc les coûts, et exerce une pression supplémentaire sur les offres commerciales.
Autre terme à connaître : le rattrapage tarifaire. Il correspond à des ajustements entre coûts anticipés et coûts réellement constatés sur une période passée. Concrètement, il s’agit d’une régularisation différée qui se traduit par un correctif intégré dans les grilles tarifaires ultérieures.
Taxes, signaux prix et nouveaux réflexes
Le 1er février 2026 ne raconte pas seulement une histoire de centimes : il installe un nouveau cadre. Les pouvoirs publics accentuent les signaux prix, orientent progressivement les usages et déplacent le poids de la facture vers le moment et la façon dont l’électricité est consommée.

CTA en baisse, accise en hausse : le jeu des vases communicants
La contribution tarifaire d’acheminement (CTA) diminue : elle s’applique sur une partie fixe des tarifs d’utilisation des réseaux, et allège donc surtout la ligne abonnement. La CRE a acté le passage à un taux de 15 % pour la majorité des consommateurs raccordés en distribution à partir du 1er février 2026.
En parallèle, l’accise sur l’électricité (ex-TICFE) progresse mécaniquement : de 29,98 à 30,85 €/MWh. En équivalent kWh, cela représente 0,03085 €/kWh, soit 3,085 centimes facturés sur chaque kilowattheure consommé. L’administration fiscale détaille ces modalités dans le BOFiP, dans le cadre de la loi de finances et des règles d’indexation.
Depuis la fin du bouclier tarifaire, la TVA à 20 % s’applique plus uniformément sur l’abonnement comme sur la consommation, ce qui rend chaque hausse de taxe ou de tarif réseau plus visible sur la facture finale.
Option Base en extinction (18 à 36 kVA) : la bascule forcée vers HP/HC
La disparition progressive de l’option Base pour les puissances de 18 à 36 kVA en France métropolitaine continentale n’est pas un simple détail technique : c’est un choix assumé de politique tarifaire. L’objectif est d’envoyer un signal prix plus net pour encourager le report des usages vers les périodes où l’électricité est moins coûteuse à produire et où le système est moins sous tension.
Concrètement, l’option Heures pleines / Heures creuses devient la norme pour ces “gros compteurs”. Pour certains professionnels (ateliers, petits commerces, copropriétés), une question centrale se pose : peut-on décaler une partie des usages vers les heures creuses ? Si la réponse est oui, HP/HC peut redevenir un levier d’optimisation. Si la marge de manœuvre est faible, la facture peut grimper, même avec un TRVE globalement stable.
Dans les zones non interconnectées (ZNI) – Corse et Outre-mer –, le calendrier et la fiscalité peuvent différer selon les territoires. Mais la tendance de fond est identique : plus la consommation est pilotable, plus le consommateur peut limiter l’impact des hausses et des réformes successives.
Trois stratégies pragmatiques : comparer, piloter, produire
Comparer : certaines offres de marché affichent, à date récente, des niveaux nettement inférieurs au TRVE, par exemple autour de 0,1634 € TTC/kWh en option Base pour une offre “classique”. Il faut cependant examiner la durée de prix fixe, les clauses d’évolution, les frais annexes et garder à l’esprit que les taxes s’appliquent partout, quel que soit le fournisseur choisi.
Piloter : programmer le ballon d’eau chaude, lisser la recharge d’un véhicule électrique, éviter les pics en Tempo, automatiser via un simple contacteur ou un boîtier de pilotage… Autant de gestes qui relèvent de l’efficacité “sans travaux lourds”. À profil identique, un foyer qui lisse ses usages sur la journée réduit fortement le poids des kWh les plus chers.
Produire : l’autoconsommation photovoltaïque agit comme une forme de protection individuelle. Elle ne supprime pas la facture – le client reste raccordé, paie le réseau et les taxes sur l’électricité achetée – mais elle réduit la part de kWh achetés au prix du marché. Avec la fin de l’ARENH et une exposition accrue aux signaux du marché de gros, cette production locale devient une stratégie d’adaptation durable, au même titre que l’isolation ou le pilotage des usages.










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