L’Italie risque de prendre dix ans de retard sur le déploiement des énergies renouvelables et du stockage nécessaires à la décarbonation, selon une étude publiée début septembre 2025 par Edison et TEHA Group. Ce diagnostic alarme sur l’incapacité potentielle du pays à respecter les objectifs européens de réduction des émissions de carbone pour 2030. Une feuille de route pragmatique est proposée pour rattraper le coup.
À retenir
- L’Italie pourrait manquer de 10 ans les objectifs UE sur les EnR et le stockage pour 2030.
- Coûts des projets solaires 20 % supérieurs à ceux de France, Allemagne et Espagne.
- Réseau électrique segmenté dans 27 % des cas en 2023, surtout au sud.
- Objectif PNIEC : 131 GW EnR d’ici 2030, contre 58 GW fin 2021.
- Potentiel de 13,6 GW en stockage hydroélectrique sur 56 sites.
- Gain potentiel de 190 milliards d’euros au PIB italien d’ici 2050.
Cette étude tombe à pic, deux mois après sa publication, alors que l’Italie soumettait mi-2024 son Plan National Intégré Énergie-Climat révisé à la Commission européenne. Elle met en lumière les enjeux critiques pour un pays encore dépendant du gaz fossile à 38 % dans sa production électrique prévue en 2030. Pour les acteurs de la transition énergétique en Europe, dont la France voisine, ce rapport insiste sur la nécessité d’actions concrètes : simplification réglementaire, diversification des filières et investissements sécurisés. L’angle ? Un pragmatisme sans concession face aux retards structurels, pour préserver la compétitivité et la sécurité énergétique du Mezzogiorno au nord industriel.
L’alarme d’une transition en péril
Le rapport conjoint d’Edison et TEHA Group dresse un tableau sombre des progrès italiens vers la décarbonation.

Le spectre d’un échec européen
L’Italie pourrait rater les objectifs de l’Union Européenne sur la réduction des émissions de carbone fixés pour 2030. L’étude prévoit un décalage de dix ans dans le déploiement des installations d’énergies renouvelables et de stockage d’énergie. Les domaines prioritaires, production EnR et batteries, accusent les plus gros retards. Nicola Monti, PDG d’Edison, insiste sur la réduction de la dépendance énergétique et technologique aux pays étrangers.
Il est impératif de réduire la dépendance énergétique et technologique vis-à-vis des pays étrangers.
Nicola Monti, PDG d’Edison.
Retards criants dans les infrastructures vertes
Le déploiement des EnR patine malgré des ambitions affichées dans le PNIEC révisé. L’objectif est de passer de 58 GW fin 2021 à 131 GW en 2030, avec 40 % d’EnR dans la consommation finale brute d’énergie et 65 % dans la production électrique. Pourtant, au premier semestre 2024, le rythme global des installations reste 10 % sous la trajectoire requise. L’éolien traîne particulièrement, alors que 70 GW supplémentaires sont nécessaires d’ici 2030, dont 54 GW solaire et 16 GW éolien. Cette inertie menace de maintenir l’Italie comme un gros producteur de gaz fossile dans l’UE-27.
Coûts gonflés et réseaux saturés
Les projets solaires coûtent environ 20 % de plus qu’en France, Allemagne ou Espagne. Principales causes : congestion du réseau, rareté des terrains et tergiversations administratives. Au sud, ces goulets d’étranglement aggravent la vulnérabilité. L’Italie paie le prix d’une infrastructure électrique mal adaptée à la vague verte.
Solaire en pointe, éolien à la traîne
Le photovoltaïque explose : 5,2 GW installés en 2023, 3,3 GW au semestre 1 2024. À l’inverse, l’éolien progresse trop lentement pour combler les besoins. Cette asymétrie déséquilibre le mix, malgré une forte poussée solaire. Un contrepoint optimiste dans un tableau globalement sombre.

Une stratégie mixte pour rebondir
Face aux blocages, l’étude trace une voie pragmatique mêlant simplification et diversification technologique.
Leviers d’action immédiats
Simplifier les processus d’octroi de permis figure en tête des recommandations. L’assurance de la certitude des investissements et la baisse des coûts de l’énergie sont essentielles. Ces mesures visent à fluidifier le permitting et à sécuriser les financements. Un programme concret pour relancer la machine.
Stockage hydro et nucléaire en renfort
L’Italie dispose d’un potentiel de 13,6 GW en stockage hydroélectrique sur 56 nouveaux sites. Cela bolstera la sécurité énergétique et la résilience climatique. Parallèlement, le nucléaire avancé et les technologies de captage et stockage de carbone sont prônés. Le pays a levé son interdiction nucléaire après quatre décennies, ouvrant la porte à une relance.
Bénéfices économiques à l’horizon 2050
Une stratégie combinée EnR, stockage, nucléaire et CSC pourrait ajouter 190 milliards d’euros au PIB d’ici 2050. Ce levier macroéconomique motive les réformes. Pour l’Europe, l’Italie pourrait ainsi contribuer à une transition plus équilibrée, loin des gasoducs russes. Un horizon rationnel et quantifiable.










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