Les marchés européens du gaz et de l’électricité maintiennent leur résilience énergétique au premier trimestre 2025, malgré l’arrêt du transit de gaz russe via l’Ukraine depuis le 1er janvier. La production d’énergie solaire atteint un record de 45 TWh, soit une hausse de 30% par rapport à 2024. Les États-Unis dépassent la Russie pour devenir le deuxième fournisseur de gaz de l’UE avec 24% des importations, derrière la Norvège qui conserve sa position dominante à 31%.
À retenir
- Production d’énergie solaire record : 45 TWh au T1 2025 (+30% vs 2024)
- Part des énergies renouvelables en baisse : 41% contre 46% en 2024
- Fin du transit de gaz russe via l’Ukraine depuis le 1er janvier 2025
- Diversification de l’approvisionnement en gaz : États-Unis deuxième fournisseur (24%)
- Ventes de véhicules électriques : 620 000 unités (+15% vs 2024)
- Prix de gros du gaz : 47 €/MWh (+71% vs 2024)
Résilience et performance du marché énergétique de l’UE au T1 2025
L’approvisionnement énergétique européen démontre sa stabilité malgré les tensions géopolitiques persistantes.
Synthèse de la résilience du marché
Les marchés européens du gaz et de l’électricité assurent un approvisionnement stable et sécurisé de janvier à mars 2025. Cette performance s’appuie sur une diversification de l’approvisionnement en gaz accélérée depuis 2022.
La consommation de gaz de l’UE augmente de 15% d’un trimestre à l’autre, atteignant 119 milliards de mètres cubes. Cette hausse de 8% en glissement annuel marque potentiellement la fin de la baisse structurelle observée depuis 2021.
Données clés sur la demande et les prix
La demande totale d’électricité dans l’UE progresse légèrement de 1% par rapport à l’année précédente. Elle reste néanmoins 6% en dessous de la moyenne pré-crise (2015-2019), témoignant des efforts de sobriété énergétique.
Les prix de gros du gaz atteignent une moyenne de 47 €/MWh au T1 2025. Cette augmentation de 9% par rapport au trimestre précédent et de 71% en glissement annuel reflète les tensions sur les marchés énergétiques. Le pic atteint 50 €/MWh en février.
Le prix de détail de l’électricité pour les ménages dans les capitales de l’UE enregistre une légère hausse de 3%, atteignant 255 €/MWh. Cette progression s’explique principalement par des taxes énergétiques et des frais de réseau plus élevés.
Avancées des véhicules électriques
Plus de 620 000 véhicules électriques sont vendus dans l’UE au T1 2025, établissant un record pour un premier trimestre. Cette progression de 15% par rapport à la même période 2024 porte la part des VE à 21% du marché des voitures particulières européennes.

Dynamiques de la production d’électricité renouvelable
Le mix énergétique européen connaît des évolutions contrastées entre les différentes sources renouvelables.
Performance record du solaire
La production d’énergie solaire atteint un niveau record de 45 TWh au T1 2025 dans l’UE, soit une augmentation de 30% par rapport à la même période 2024. Cette performance représente 8% de l’approvisionnement total en électricité.
L’Allemagne mène cette croissance solaire avec une augmentation de 21%, suivie par la Pologne (+20%), l’Autriche (+16%), l’Italie (+15%) et les Pays-Bas (+14%).
Défis pour l’éolien et l’hydroélectrique
Les secteurs éolien et hydroélectrique font face à des conditions climatiques défavorables. La production d’énergie éolienne recule de 17% pour l’onshore et de 22% pour l’offshore en glissement annuel.
La production hydroélectrique diminue de 15% par rapport au T1 2024, contribuant à la baisse globale de la production renouvelable.
Part des énergies renouvelables et mix énergétique
La part des énergies renouvelables dans la production d’électricité diminue, passant de 46% au T1 2024 à 41% au T1 2025. Cette baisse s’explique par les difficultés rencontrées par l’éolien et l’hydroélectrique.
La production de combustibles fossiles augmente de 17% (+33 TWh) pour compenser cette baisse. Le gaz progresse de 23% et le charbon de 15%. La production nucléaire contribue également avec une hausse de 4% (+6 TWh).
Redéfinition des flux de gaz : le déclin du gaz russe
L’arrêt du transit de gaz russe via l’Ukraine redessine la carte de l’approvisionnement énergétique européen.
Fin du transit via l’Ukraine et ses implications
La fin du transit de gaz russe par l’Ukraine à partir du 1er janvier 2025 entraîne une baisse de 45% du gaz russe acheminé par gazoduc par rapport au trimestre précédent. Cette diminution de 39% par rapport au T1 2024 marque la fin d’une ère de soixante ans de transit via l’Ukraine.
La décision de Kyiv de ne pas renouveler l’accord de transit répond à des motivations de sécurité nationale et vise à réduire l’influence géopolitique de Moscou.
Diversification des fournisseurs de gaz de l’UE
Les États-Unis dépassent la Russie pour devenir le deuxième plus grand fournisseur de gaz de l’UE avec 24% des importations. La Norvège conserve sa position dominante avec 31% des importations européennes.
La part des importations de GNL augmente pour atteindre 45% (contre 38% au T4 2024). Les États-Unis fournissent plus de la moitié (53%) du GNL européen au cours du trimestre.
L’Algérie renforce sa position en augmentant sa part de l’approvisionnement en gaz par gazoduc à 21%. La Russie est reléguée au troisième rang des fournisseurs de gaz par gazoduc avec 12%.
Évolution des importations et consommation de gaz
Les importations totales de gaz russe (y compris le GNL) diminuent de 28% en glissement annuel et de 27% d’un trimestre à l’autre. La part totale de la Russie dans les importations de gaz de l’UE tombe à 14% (contre 19% au T4 2024).
Le Qatar maintient sa position de fournisseur important de GNL avec 10% des importations européennes.

Stratégie européenne et enjeux géopolitiques de l’indépendance énergétique
L’Union européenne accélère sa stratégie de découplage énergétique avec la Russie à travers le plan REPowerEU.
Objectifs et feuilles de route (REPowerEU)
Le plan REPowerEU, lancé en mai 2022, vise à réduire la dépendance de l’UE vis-à-vis de l’énergie russe. La Commission européenne prévoit l’arrêt des nouveaux contrats et des contrats spot avec les fournisseurs russes d’ici fin 2025.
L’interdiction de toutes les importations restantes est programmée pour fin 2027. Les États membres devront préparer des plans nationaux d’ici fin 2025 pour contribuer à cette élimination progressive.
Conséquences pour la Russie et l’Ukraine
La fin du transit par l’Ukraine pourrait accélérer le découplage et entraîner une perte annuelle de 6,5 milliards de dollars pour la Russie. Gazprom pourrait perdre environ 5 milliards de dollars de revenus annuels liés aux exportations de gaz vers l’Europe.
Pour l’Ukraine, la fin du contrat de transit implique une perte de revenus équivalente à environ 0,5% de son PIB et un risque pour son rôle stratégique de partenaire énergétique de l’Europe.
Situation des États membres particulièrement impactés
L’arrêt du transit ne cause pas de perturbations majeures immédiates pour la sécurité énergétique de l’UE. La Slovaquie, la Hongrie et l’Autriche expriment néanmoins des inquiétudes.
Ces trois pays dépendaient du transit ukrainien pour 65% de leur demande de gaz en 2023, nécessitant une adaptation rapide de leurs sources d’approvisionnement.









