Meta quitte le pacte RE100 et programme 7,5 GW de centrales à gaz pour nourrir son IA

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Siège de Meta au crépuscule avec logo bien visible, surplombant un vaste centre de données et des cheminées de centrales à gaz sous un ciel chargé.

Lundi 27 juillet, Meta a tourné le dos au pacte RE100, quittant une coalition de 444 entreprises engagées à utiliser 100 % d’électricité verte. Le motif tient à l’impossibilité de concilier les exigences techniques de l’ONG Climate Group avec la boulimie énergétique de l’intelligence artificielle. Cette rupture montre que, pour eux, croissance et vertu climatique ne vont pas forcément de pair.


À retenir

  • Meta quitte RE100 après dix ans, rejoignant Amazon parmi les grands absents du pacte.
  • La « règle des 15 ans », introduite en 2024, empêche d’utiliser des centrales trop anciennes pour se déclarer 100 % renouvelable.
  • Pour alimenter son méga-datacenter Hyperion en Louisiane, Meta a programmé 10 centrales à gaz totalisant 7,5 gigawatts.
  • Les émissions directes de Meta liées à l’énergie ont bondi de 223 % depuis 2019.
  • L’entreprise assure maintenir son objectif Net Zero en 2030, mais mise sur des technologies encore immatures comme les petits réacteurs nucléaires.

L’affaire révèle une fracture profonde. Alors que l’intelligence artificielle dévore des quantités d’électricité sans précédent, la promesse d’une énergie 100 % verte et pilotable se heurte aux murs de la physique et de l’économie. En Louisiane, le projet Hyperion montre que, pour l’instant, la sécurité d’approvisionnement prime sur la durabilité, au risque de compromettre la décennie de transition promise par la Silicon Valley.

La règle des 15 ans, le casus belli technique

La rupture entre Meta et le Climate Group ne doit rien au hasard : elle vient du durcissement des règles du pacte RE100, décidé en janvier 2024.

Réunion d'experts énergie dans une salle de conseil moderne, avec en arrière-plan des éoliennes anciennes et un parc solaire récent visibles par la baie vitrée.
Le durcissement de la règle des 15 ans sur l’âge des installations renouvelables place Meta devant une équation technique insoluble.

Un pacte qui exige de l’électricité vraiment nouvelle

Les membres doivent désormais prouver que leur électricité renouvelable provient d’installations de moins de 15 ans. La part d’énergie issue de centrales plus anciennes est plafonnée à 15 %. Cette « règle des 15 ans » vise à garantir un impact réel sur la décarbonation, en favorisant de nouvelles capacités plutôt qu’un simple jeu d’écritures comptables. Selon un rapport de Flexidao, à peine 59 % des entreprises divulguent aujourd’hui l’âge de leurs actifs énergétiques. Pour Meta, qui s’est massivement appuyée sur des certificats d’énergie renouvelable (REC) liés à des parcs parfois vieillissants, l’équation est devenue insoluble.

Quand les certificats verts ne suffisent plus

La stratégie historique du groupe, qui consistait à compenser sa consommation annuelle par des achats de REC, ne passe plus le filtre de l’additionnalité. Le Climate Group exige désormais une électricité propre, tracée dans le temps et l’espace, ce que les énergies intermittentes ne peuvent fournir seules à l’échelle des centres de données d’IA. Plus gênant encore, le financement direct de nouvelles centrales au gaz, devenu indispensable aux yeux de Meta, a créé une incompatibilité structurelle.

Le financement direct de centrales fossiles rend toute adhésion au pacte structurellement impossible.

Un porte-parole du Climate Group

Hyperion, le méga-projet qui a tout fait basculer

Si la règle des 15 ans a créé la tension, c’est le projet Hyperion, en Louisiane, qui a rendu la rupture inévitable. Ce complexe de centres de données, pensé pour entraîner les futurs modèles d’IA générative de Meta, dépasse largement les standards habituels.

Immense complexe de datacenters et de centrales à gaz en Louisiane, construit en zone marécageuse avec lignes à haute tension sous un ciel sombre.
Le méga-projet Hyperion en Louisiane illustre la fuite en avant énergétique de l’IA, entre gigantisme des datacenters et relance du gaz.

7,5 GW de gaz pour un seul site

Pour sécuriser l’alimentation du site, Meta a signé des accords avec l’énergéticien Entergy Louisiana. Le volume donne le vertige : après une première phase de trois centrales à gaz à cycle combiné (2,26 GW), l’entreprise a annoncé en mars 2026 l’ajout de sept nouvelles unités (5,2 GW). La puissance totale atteint 7,5 GW, soit l’équivalent de sept réacteurs nucléaires de dernière génération, et dépasse la consommation électrique d’un État américain comme le Dakota du Sud.

Phase initiale2,26 GW (3 centrales)
Extension (mars 2026)5,2 GW (7 centrales)
Total7,5 GW

L’investissement global dépasse les 200 milliards de dollars (environ 170 milliards d’euros). Une démesure qui, selon Forbes, a même effrayé certains assureurs, refroidis par la localisation en zone inondable du complexe.

Un pari risqué pour la Louisiane et le climat

Brûler du gaz à cette échelle n’est pas neutre. D’après les données de Market Briefs, une centrale de 1 GW en cycle combiné émet chaque année 438 tonnes d’oxydes d’azote et 149 tonnes de particules fines. Ramenés aux 7,5 GW d’Hyperion, ces chiffres laissent entrevoir une détérioration locale de la qualité de l’air. À l’échelle mondiale, le constat n’est guère plus rassurant : les émissions directes de Meta liées à l’énergie ont bondi de 223 % depuis 2019, et ses concurrents Google (+25 % en 2025) et Amazon (+16 %) suivent la même pente. Selon TheGreenShot, les datacenters pourraient capter 13 % de l’électricité mondiale d’ici 2030, accélérant une forme de « refossilisation » du réseau.

Le pari du Net Zero malgré la relance du gaz

Face aux critiques, Meta maintient que son objectif de neutralité carbone en 2030 reste intact. L’entreprise parie sur des technologies bas-carbone encore en développement pour effacer, à terme, l’empreinte de ses centrales au gaz.

Petits réacteurs nucléaires et géothermie : les promesses d’après-demain

La firme de Mark Zuckerberg investit dans des projets de capture de carbone, de géothermie profonde et surtout dans les petits réacteurs nucléaires modulaires (SMR). Ces solutions ne devraient pas être déployées à grande échelle avant la fin de la décennie. Le gaz est donc présenté comme un « pont » nécessaire, à condition de ne pas devenir une impasse. Le Climate Group prévient que construire de nouvelles centrales fossiles aujourd’hui, c’est verrouiller des émissions pour trente ans.

En attendant le nucléaire modulaire, la course à l’IA impose de choisir entre puissance immédiate et promesses vertes. Meta a tranché : pour l’instant, le progrès carbure au gaz.

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