La Chine mise simultanément sur le charbon et le solaire

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La Chine installe 94 centrales charbon tout en battant ses records solaires
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La Chine accélère simultanément le développement des centrales à charbon et des énergies renouvelables, créant un paradoxe énergétique sans précédent. Le géant asiatique a lancé en 2024 la construction de 94,5 GW de nouvelles capacités de production électrique au charbon, un record depuis 2015. Parallèlement, le pays a déjà atteint son objectif 2030 de capacités renouvelables avec six ans d’avance.

Le charbon retrouve une place centrale dans la stratégie énergétique chinoise

Un boom des constructions préoccupant

Au premier trimestre 2024, la Chine a démarré la construction de centrales à charbon pour une capacité totale de 94,5 GW, soit l’équivalent de près d’une centaine de centrales électriques de taille moyenne. Ce volume représente une augmentation considérable par rapport aux années précédentes et signale un retour massif à cette énergie fossile, particulièrement polluante.

Cette expansion rapide s’explique principalement par deux facteurs : d’une part, les préoccupations liées à la sécurité énergétique suite aux pénuries d’électricité survenues ces dernières années, et d’autre part, les intérêts économiques des industries du charbon et des gouvernements locaux qui dépendent de ce secteur pour leur développement économique.

Des conséquences climatiques majeures

Cette nouvelle vague de centrales à charbon risque de verrouiller les émissions de CO2 de la Chine pour les prochaines décennies, compromettant sérieusement les efforts mondiaux de lutte contre le changement climatique. Chaque nouvelle centrale a une durée de vie opérationnelle d’environ 40 à 50 ans, ce qui signifie que ces infrastructures pourraient encore émettre des gaz à effet de serre bien au-delà de 2060, date à laquelle la Chine s’est engagée à atteindre la neutralité carbone.

Le maintien d’une forte dépendance au charbon, qui représente encore près de 60% de la production électrique chinoise, complique considérablement la transition énergétique du pays. Selon les experts, il serait nécessaire de réduire cette part à moins de 10% d’ici 2050 pour respecter les objectifs climatiques.

La Chine installe 94 centrales charbon tout en battant ses records solaires

Le paradoxe chinois : leader mondial des énergies renouvelables

Des performances record dans les installations renouvelables

Parallèlement à son expansion charbonnière, la Chine connaît un développement fulgurant des énergies renouvelables. Le pays a installé 277 GW de capacités solaires et 80 GW d’éoliennes en 2023-2024, atteignant ainsi son objectif de 2030 avec six ans d’avance. Ces chiffres font de la Chine le leader mondial incontesté du déploiement des énergies propres.

Les provinces chinoises rivalisent désormais pour attirer les investissements dans les technologies vertes. Des provinces comme le Guangdong, le Jiangsu et le Zhejiang ont mis en place des politiques incitatives pour favoriser l’essor des panneaux solaires et des éoliennes, créant ainsi des clusters industriels dédiés aux énergies renouvelables.

Les défis de l’intégration au réseau

Malgré ces avancées impressionnantes, l’intégration de ces énergies renouvelables au réseau électrique chinois reste problématique. Le caractère intermittent de l’énergie solaire et éolienne pose des défis techniques considérables pour un réseau conçu initialement pour des sources d’énergie stables comme le charbon.

Les autorités chinoises investissent massivement dans les technologies de stockage d’énergie et les réseaux intelligents pour surmonter ces obstacles. Le 14ème plan quinquennal (2021-2025) prévoit des investissements significatifs dans ces domaines, avec l’objectif d’atteindre 60% de capacité énergétique provenant de sources non fossiles d’ici 2025.

Une divergence croissante avec la trajectoire européenne

L’Europe tourne définitivement la page du charbon

La stratégie énergétique chinoise contraste fortement avec celle de l’Europe, qui s’éloigne résolument du charbon. L’Union européenne a franchi un cap historique en 2023 lorsque la production d’électricité solaire a dépassé celle du charbon pour la première fois. Les énergies renouvelables représentent désormais 47,4% du mix électrique européen, tandis que les combustibles fossiles ne comptent plus que pour 28,9%.

Cette divergence s’explique notamment par des différences fondamentales dans les priorités politiques et économiques. L’Europe, moins préoccupée par des contraintes de croissance économique rapide, peut se permettre une transition énergétique plus ambitieuse, tandis que la Chine doit encore concilier son développement industriel avec ses engagements climatiques.

Des implications pour la coopération climatique internationale

Cette divergence de trajectoires énergétiques complique la coopération climatique internationale. Alors que l’Europe pousse pour une élimination progressive du charbon au niveau mondial, la Chine défend son droit à utiliser toutes les ressources énergétiques disponibles pour soutenir son développement économique.

Ces tensions sont particulièrement visibles lors des négociations climatiques internationales, où la question du financement de la transition énergétique dans les pays en développement et émergents reste un point de friction majeur. La position de la Chine, à la fois grand émetteur et champion des énergies renouvelables, lui confère un rôle ambivalent dans ces discussions.

La Chine installe 94 centrales charbon tout en battant ses records solaires

Perspectives et enjeux de la transition énergétique chinoise

Le dilemme entre sécurité énergétique et ambitions climatiques

La Chine se trouve confrontée à un dilemme fondamental : garantir sa sécurité énergétique à court terme tout en poursuivant ses objectifs climatiques à long terme. Le charbon, abondant sur le territoire national, offre une solution immédiate aux préoccupations de sécurité énergétique, mais compromet les ambitions de décarbonation.

Les autorités chinoises justifient cette approche duale par la nécessité d’assurer une transition énergétique ordonnée et sans perturbations majeures pour l’économie. Selon la planification officielle, le charbon continuera à jouer un rôle de « stabilisateur » dans le système énergétique chinois pendant la phase de montée en puissance des énergies renouvelables.

L’impact sur les objectifs climatiques mondiaux

La persistance du charbon dans le mix énergétique chinois a des implications majeures pour les objectifs climatiques mondiaux. Responsable de près d’un tiers des émissions mondiales de CO2, les choix énergétiques de la Chine détermineront en grande partie la trajectoire climatique globale.

Pour respecter son engagement de neutralité carbone d’ici 2060, la Chine devra inévitablement accélérer la fermeture de ses centrales à charbon dans les prochaines décennies. Cela impliquera non seulement d’arrêter la construction de nouvelles centrales, mais aussi de mettre à la retraite anticipée une partie du parc existant, un défi économique et social considérable.

À retenir :

  • La Chine a lancé la construction de 94,5 GW de capacités de production électrique au charbon en 2024, un record depuis 2015.
  • Parallèlement, le pays a installé 277 GW de capacités solaires et 80 GW d’éoliennes, atteignant son objectif 2030 avec six ans d’avance.
  • Le charbon représente encore près de 60% de la production électrique chinoise, contre moins de 30% pour les combustibles fossiles en Europe.
  • La Chine vise 60% de capacité énergétique provenant de sources non fossiles d’ici 2025.
  • Pour atteindre la neutralité carbone en 2060, la Chine devra accélérer considérablement la fermeture de ses centrales à charbon dans les prochaines décennies.