La Chine affiche des émissions de CO2 chinoises stables depuis 18 mois

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Europe suit le plateau des émissions de CO2 chinoises stables
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Pour la première fois en 18 mois, les émissions de CO₂ de la Chine stagnent ou reculent sans le poids d’une crise économique, marquant un plateau inédit depuis mars 2024. Cette tendance, confirmée par les données du troisième trimestre 2025, renforce l’espoir d’un pic d’émissions bien avant l’objectif officiel de 2030, alors que la COP30 s’ouvre au Brésil. Les énergies renouvelables et l’efficacité accrue portent cette évolution, signe d’une transition énergétique pragmatique chez le plus grand émetteur mondial.


À retenir

  • Les émissions de CO₂ chinoises stables ou en baisse sur 18 mois, de mars 2024 à septembre 2025.
  • Baisse de 3 % en septembre 2025 par rapport à l’année précédente, rendant probable un recul annuel pour 2025.
  • Croissance de 46 % de l’électricité solaire et 11 % pour l’éolien au troisième trimestre 2025.
  • Les non-fossiles couvrent 90 % de la hausse de la demande électrique, qui accélère à 6,1 %.
  • Émissions du transport en chute de 5 %, boostées par les véhicules électriques (VE).
  • Manque de l’objectif de réduction d’intensité carbone pour le 14e Plan Quinquennal : 12 % au lieu de 18 %.

Ce plateau des émissions chinoises arrive à un moment pivotal, alors que les dirigeants mondiaux convergent vers la COP30 pour négocier les ambitions climatiques post-2030. Pour la France et l’Europe, qui importent massivement de la Chine en biens manufacturés, cette stabilisation réduit la pression sur les chaînes d’approvisionnement carbonées et renforce la crédibilité des engagements globaux. Analysé par Carbon Brief et le Centre for Research on Energy and Clean Air (CREA), ce virage illustre comment la sobriété énergétique et l’innovation décarbonent le géant asiatique, offrant des leçons pragmatiques pour une transition accélérée en Occident. L’enjeu est clair : si la Chine, responsable de 30 % des émissions mondiales, pivote vers l’efficacité, cela catalyse une dynamique durable pour tous.

Le tournant historique des émissions chinoises : plateau et perspective de pic précoce

Cette stabilité marque une rupture avec les trajectoires passées, où les baisses dépendaient souvent de chocs conjoncturels.

Un plateau d’émissions inédit depuis 18 mois

De mars 2024 à septembre 2025, les émissions de CO₂ de la Chine ont connu une stagnation ou une légère baisse, totalisant un plateau sur 18 mois. Contrairement aux reculs antérieurs, comme lors de la pandémie de Covid-19, cette tendance repose sur la croissance des énergies propres, et non sur un ralentissement économique. Lauri Myllyvirta, analyste principal au CREA, souligne que cette période inédite reflète une décarbonation structurelle.

Les données mensuelles montrent une volatilité modérée. En janvier 2025, les émissions avaient augmenté de 2 %, mais le trimestre 1 a reculé de 1,6 % par rapport à 2024. Cette résilience face à une reprise économique modérée – avec un PIB en hausse de 4,6 % au troisième trimestre – confirme l’impact des renouvelables sur la trajectoire globale.

Émissions de CO2 chinoises stables - graphique 1

Le bilan contrasté du troisième trimestre 2025

Au troisième trimestre 2025, les émissions restent inchangées d’une année sur l’autre, malgré une demande électrique en accélération. Septembre 2025 enregistre une baisse d’environ 3 %, tirant le bilan annuel vers un possible recul pour l’ensemble de 2025. Les mégatonnes de CO₂ évitées grâce aux ajouts de capacité propre s’élèvent à plusieurs dizaines, compensant les usages fossiles résiduels.

Ce équilibre fin renforce la probabilité d’une année neutre ou négative, un jalon vers le pic d’émissions. Les sources indiquent que sans ce boom vert, les émissions auraient grimpé de 4 à 5 %.

Enjeux symboliques et contexte de la COP30

Une variation de ±1 % porte une charge symbolique forte, car Pékin n’a fixé aucune date précise pour le pic avant 2030. Ce plateau alimente l’optimisme pour un sommet anticipé, aligné sur les engagements de Xi Jinping. À la COP30 au Brésil, cette actualité, publiée le 11 novembre 2025, pèse dans les débats sur les contributions déterminées au niveau national.

Pour l’Europe, cela signifie une moindre dépendance aux importations carbonées, favorisant la sobriété dans les échanges. Les analystes notent que ce signal encourage les investissements verts transcontinentaux.

Les moteurs de la décarbonation : le boom solaire/éolien et le recul des secteurs traditionnels

La vague des renouvelables propulse cette transition, transformant la matrice énergétique chinoise étape par étape.

L’explosion des capacités d’énergies propres

Au troisième trimestre 2025, l’électricité solaire bondit de 46 % et l’éolien de 11 % par rapport à 2024. Sur les neuf premiers mois, la Chine ajoute 240 GW de photovoltaïque et 61 GW d’éolien, surpassant déjà les records de 2024 où 333 GW solaires ont été installés – plus que le reste du monde réuni. Ces capacités écrasent les ajouts fossiles, diluant la part du charbon dans le mix.

La demande électrique croît de 6,1 %, contre 3,7 % au semestre 1, mais les non-fossiles en couvrent 90 %. Cela stabilise les émissions du secteur, qui pèsent pour 40 % du total national.

Émissions de CO2 chinoises stables - graphique 2

La stabilisation des émissions du secteur de l’électricité

Les émissions électriques restent planes, grâce à l’efficacité accrue des centrales. L’efficacité thermique moyenne du charbon s’améliore légèrement, tandis que la production au gaz naturel gagne du terrain sur le charbon. Le taux d’utilisation des centrales à charbon chute à 51 % en septembre 2025, contre 54 % en février 2024.

Cette dynamique illustre une efficacité pragmatique : plus de sortie pour moins d’émissions. Les provinces côtières, hubs renouvelables, mènent ce virage.

L’impact de la contraction immobilière et des VE

Dans le transport, les émissions de carburants tombent de 5 % au troisième trimestre, dopées par les véhicules électriques. La consommation d’essence recule de 8 % en octobre 2025, avec 10 millions de VE neufs écoulés annuellement. Le secteur absorbe 30 % de la demande pétrolière.

La construction suit : émissions du ciment et matériaux en baisse de 7 %, liées à la contraction immobilière. L’industrie de l’acier voit ses émissions reculer de 1 %, avec une production en chute de 3 %. Ces secteurs, traditionnellement polluants, libèrent de l’espace pour les usines vertes.

Les freins persistants : l’essor de la pétrochimie et les défis de la transition politique

Malgré les avancées, des vents contraires freinent l’élan, soulignant les complexités d’une décarbonation inégale.

Le boom de l’industrie chimique et des plastiques

L’industrie chimique contrebalance les gains ailleurs, avec une production de plastiques primaires en hausse de 12 % sur neuf mois. Les fibres chimiques grimpent de 11 %, et l’éthylène de 7 %. Cette expansion, tirée par la substitution aux importations face aux tarifs américains et la demande intérieure en emballages pour e-commerce et livraisons, booste la consommation pétrolière de 2 % au trimestre.

Le pétrole industriel domine, compensant la baisse du transport. La pétrochimie, émettrice intense, représente un défi pour l’intensité carbone globale.

Les objectifs climatiques manqués et la menace du « Storming the Peak »

La Chine rate son objectif du 14e Plan Quinquennal (2021-2025) : réduction d’intensité carbone de 12 % contre 18 % visés, mesurée en CO₂ par unité de PIB. Pour le 15e Plan (2026-2030), cela impose un effort de 22-24 % pour honorer l’engagement de -65 % d’ici 2030 par rapport à 2005. En septembre 2025, Xi Jinping annonce un objectif 2035 : baisse de 7-10 % des gaz à effet de serre versus le pic non daté.

« Le pic reste ouvert, mais les actions actuelles le devancent potentiellement. » – Lauri Myllyvirta, CREA, cité par Carbon Brief.

Le risque de Storming the Peak plane : provinces pourraient gonfler les émissions avant la date officielle. Le système de « Dual Control » – intensité et total des émissions – devient crucial pour 2026-2030.

L’avenir incertain du charbon et du 15ème Plan Quinquennal

Le charbon persiste, avec des importations stables malgré les renouvelables. Le 15e Plan doit intégrer des cibles plus strictes pour le pic d’émissions. Les analystes appellent à une accélération politique pour contrer la chimie et verrouiller les gains.

Cette tension définit l’équilibre : durabilité versus croissance industrielle. Pour l’Europe, suivre ce dossier éclaire les partenariats futurs en transition.

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