L’inquiétant recul de la production éolienne française en 2024

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Production éolienne en France : la hausse des capacités masque une chute de 8%
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La France vient de franchir le cap des 24 GW de puissance éolienne installée en juin 2024, soit une augmentation de 11% par rapport à l’année précédente. Pourtant, la production d’électricité éolienne a paradoxalement diminué de 8,4% sur la même période, passant de 50,9 TWh à 46,6 TWh. Ce constat soulève des questions sur l’efficacité réelle du déploiement massif d’éoliennes en France.

Le paradoxe éolien français : plus de capacité, moins d’électricité

Une capacité installée en forte croissance

Entre juin 2023 et juin 2024, la France a poursuivi le développement soutenu de son parc éolien. La puissance totale installée est passée de 21,8 GW à 24,1 GW, représentant une hausse significative de 11%. Cette augmentation s’inscrit dans la stratégie française visant à doubler la capacité éolienne terrestre pour atteindre 34 GW d’ici 2028, comme le prévoit la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE).

Le secteur éolien français occupe désormais le troisième rang européen derrière l’Allemagne et l’Espagne. En 2023, la production éolienne avait même franchi le seuil symbolique des 50 TWh, couvrant plus de 10% de la consommation électrique nationale.

Une production en baisse malgré l’expansion du parc

Malgré cette progression impressionnante des capacités, la production effective a diminué de 8,4% sur la période juin 2023-juin 2024. Ce recul de la production, alors même que la puissance installée augmente, constitue un phénomène préoccupant pour la filière.

Le facteur de charge moyen des éoliennes françaises, qui mesure le rapport entre l’énergie électrique produite sur une période donnée et l’énergie qui aurait pu être produite si les installations avaient fonctionné à pleine puissance pendant la même période, montre également une tendance à la baisse. Cette diminution soulève des questions sur l’efficacité réelle des nouvelles installations et sur la pertinence des objectifs ambitieux fixés par le gouvernement.

Production éolienne en France : la hausse des capacités masque une chute de 8%

Les causes multiples d’une baisse inattendue

Le vieillissement progressif des installations

Une première explication de ce paradoxe réside dans le vieillissement du parc éolien français. Les éoliennes, comme tout équipement industriel, perdent en efficacité avec le temps. La durée de vie moyenne d’une éolienne est généralement estimée entre 15 et 20 ans, après quoi son facteur de charge diminue sensiblement.

Les premières installations massives datant du début des années 2000 commencent à montrer des signes de vieillissement, ce qui impacte négativement la production globale. Sans une politique active de remplacement des machines les plus anciennes (repowering), cette tendance risque de s’accentuer dans les années à venir.

L’épuisement des sites les plus favorables

La France a naturellement commencé par équiper les sites les plus venteux et les plus accessibles. À mesure que le parc s’étend, les nouveaux projets doivent s’implanter sur des terrains moins favorables en termes de régime de vent.

Ce phénomène d’épuisement des meilleurs sites contribue mécaniquement à réduire le facteur de charge moyen du parc national. Les nouvelles éoliennes, même si elles bénéficient d’améliorations technologiques, ne peuvent compenser totalement le désavantage lié à leur implantation sur des sites moins venteux.

L’effet de sillage et la saturation des zones

Un facteur souvent sous-estimé est l’effet de sillage (ou wake effect). Lorsque les éoliennes se multiplient dans une même zone, elles peuvent perturber mutuellement leurs régimes de vent. Une éolienne extrait l’énergie cinétique du vent, créant derrière elle une zone de turbulence et de vent ralenti qui peut affecter les installations situées en aval.

Ce phénomène devient particulièrement problématique dans les régions à forte concentration d’éoliennes, comme les Hauts-de-France ou le Grand Est. Il génère même des contentieux entre exploitants lorsqu’un nouveau parc réduit la production des installations préexistantes.

La tendance climatique à la baisse des régimes de vent

Plusieurs études scientifiques ont observé une tendance à la baisse des régimes de vent en Europe ces dernières décennies. Ce phénomène, possiblement lié aux changements climatiques, affecte directement la productivité des parcs éoliens.

Cette évolution climatique pourrait compromettre les projections de production basées sur les données historiques de vent. Si cette tendance se confirme, les objectifs de production éolienne fixés dans la PPE pourraient s’avérer difficiles à atteindre malgré l’augmentation des capacités installées.

Production éolienne en France : la hausse des capacités masque une chute de 8%

Conséquences et perspectives pour la transition énergétique

Remise en question des projections officielles

Le décalage croissant entre puissance installée et production effective remet en question les projections officielles sur lesquelles repose la stratégie énergétique française. La PPE prévoit un doublement des capacités éoliennes terrestres d’ici 2028, mais si le facteur de charge moyen continue de baisser, l’augmentation de la production ne sera pas proportionnelle à celle des capacités.

Cette situation appelle à une révision des modèles prévisionnels et à une approche plus prudente dans l’élaboration des scénarios énergétiques futurs. Les analyses devraient davantage tenir compte du vieillissement du parc, de la saturation des zones favorables et des tendances climatiques.

Nécessité d’une stratégie de repowering

Face à ces défis, le repowering – le remplacement des anciennes éoliennes par des modèles plus récents et plus performants – apparaît comme une nécessité. Cette approche permettrait d’améliorer la productivité sans augmenter l’emprise territoriale des parcs.

Cependant, cette stratégie se heurte à des obstacles réglementaires et économiques. Le cadre juridique actuel traite souvent les projets de repowering comme de nouvelles installations, les soumettant à des procédures d’autorisation complexes. De plus, le modèle économique du repowering n’est pas toujours favorable dans le cadre tarifaire actuel.

Diversification des sources d’énergie renouvelable

Les limites mises en évidence par ce paradoxe éolien soulignent l’importance d’une diversification équilibrée des sources d’énergie renouvelable. L’éolien seul ne peut constituer la colonne vertébrale d’un système électrique décarboné et fiable.

Le développement complémentaire du solaire photovoltaïque, de l’hydroélectricité, de la biomasse et, selon les possibilités, de l’éolien offshore apparaît essentiel pour construire un mix énergétique à la fois résilient et décarboné. Chaque source présente ses propres contraintes, mais leur complémentarité peut permettre de surmonter les limitations individuelles.

À retenir :

  • La puissance éolienne installée en France a augmenté de 11% entre 2023 et 2024, mais la production a diminué de 8,4%
  • Quatre facteurs expliquent ce paradoxe : vieillissement des installations, épuisement des meilleurs sites, effet de sillage et baisse tendancielle des régimes de vent
  • Cette situation remet en question les projections officielles qui sous-tendent la stratégie énergétique française
  • Le repowering (remplacement des anciennes éoliennes) et la diversification des sources d’énergie renouvelable apparaissent comme des solutions nécessaires