En octobre 2025, des consortiums chinois ont remporté des contrats d’ingénierie, approvisionnement et construction (EPC) totalisant 4,38 milliards de dollars américains (environ 3,77 milliards d’euros) pour des projets éoliens et solaires d’une capacité cumulée de plus de 7 gigawatts (GW) en Arabie Saoudite. Ces accords, impliquant des géants comme China Energy Engineering Corporation (CEEC) et PowerChina, marquent une accélération de la coopération sino-arabe dans les énergies renouvelables. Ils s’inscrivent dans une dynamique plus large, où la Chine fournit 80 % des équipements photovoltaïques mondiaux, aidant les pays arabes à diversifier leur dépendance au pétrole.
À retenir
- 12 projets d’énergie renouvelable signés entre la Chine et des pays arabes pour 1,2 milliard de dollars (1 milliard d’euros), axés sur les matériaux pour batteries.
- Contrats EPC de 4,38 milliards de dollars en octobre 2025 pour des parcs éoliens et solaires en Arabie Saoudite, totalisant plus de 7 GW.
- La Chine, premier partenaire commercial du Conseil de Coopération du Golfe (CCG), importe 40 % de son pétrole des pays arabes.
- L’Arabie Saoudite vise 50 % d’électricité renouvelable d’ici 2030 via la Vision 2030.
- Ces projets réduiront les émissions de CO2 de près de 2 millions de tonnes par an dans des initiatives comme Ar Rass et Layla.
- Coopération élargie à l’hydrogène et aux usines locales de silicium et cellules solaires.
La coopération sino-arabe dans la transition énergétique illustre comment des géants pétroliers comme l’Arabie Saoudite pivotent vers les renouvelables, soutenus par l’expertise technologique chinoise. À l’heure où les pays arabes cherchent à réduire leur dépendance aux hydrocarbures, ces accords de 2025 interviennent comme un catalyseur pragmatique pour la décarbonation. Pour les acteurs européens de la transition, cette dynamique souligne les enjeux d’une chaîne d’approvisionnement mondiale dominée par Pékin, où 80 % des panneaux solaires proviennent de Chine. Elle met en lumière l’importance de sécuriser des matériaux critiques pour batteries et stockage, essentiels à l’électrification. Ces partenariats, ancrés dans des forums comme le Forum de coopération Chine-États arabes (FCCEA), renforcent la durabilité énergétique sans ignorer les réalités géopolitiques actuelles.
La coopération sino-arabe en pleine accélération
Depuis le premier sommet Chine-États arabes à Riyad en décembre 2022, les échanges entre Pékin et les pays arabes ont pris une ampleur inédite, passant du pétrole aux énergies vertes.

Des forums institutionnels aux sommets bilatéraux
Le Forum de coopération Chine-États arabes, lancé en 2004, a posé les bases d’une relation stratégique. En décembre 2022, le président Xi Jinping s’est rendu à Riyad pour le premier sommet, où 34 accords ont été paraphés avec l’Arabie Saoudite dans l’énergie, la sécurité et les investissements. Ces engagements ont marqué un tournant, la Chine devenant le premier partenaire commercial du Conseil de Coopération du Golfe (CCG).
La Chine importe 40 % de son pétrole des pays arabes, un flux qui pèse dans la balance des échanges. En retour, Riyad et ses voisins accèdent à des technologies pour diversifier leur économie. Cette interdépendance géopolitique cadre les discussions sur les renouvelables depuis la COP28 à Dubaï en 2023.
La 10e conférence d’affaires : 30 accords pour 9,9 milliards de dollars
En juin 2023, la 10e Conférence d’affaires arabo-chinoise à Riyad a scellé 30 accords d’investissement totalisant 37,5 milliards de riyals saoudiens, soit 9,9 milliards de dollars (8,5 milliards d’euros). Parmi eux, 12 projets phares dans les énergies renouvelables pour 8,49 milliards de yuans, équivalant à 1,2 milliard de dollars (1 milliard d’euros). Le focus porte sur la production de matériaux pour batteries, un maillon amont crucial de la chaîne de valeur électrique.
Ces signatures soulignent la volonté arabe de sécuriser l’approvisionnement en composants critiques. Bahreïn, par exemple, cible 20 % de renouvelables dans son mix d’ici 2035. L’Algérie, via la Route maritime de la soie, collabore sur des projets portuaires comme El-Hamdania, tout en explorant son potentiel solaire et éolien.
Projets concrets et impacts environnementaux
Les initiatives récentes, notamment en octobre 2025, transforment les ambitions en réalisations tangibles, avec des parcs immenses qui alimenteront des régions entières en énergie propre.
Méga-contrats EPC en Arabie Saoudite
En octobre 2025, CEEC, en consortium avec ACWA Power, le Public Investment Fund (PIF) et Saudi Aramco, a obtenu des contrats EPC pour 31,273 milliards de yuans (4,38 milliards de dollars, ou 3,77 milliards d’euros). Ces deals couvrent le parc éolien de Shaqra (1 GW), Starah (2 GW) à Riyad, et le projet solaire de Khulis (2 GW) à Makkah. Parallèlement, PowerChina a décroché les projets solaires d’Afif 1 et Afif 2, chacun à 2 GW, toujours à Riyad.
En août 2024, CEEC avait déjà signé pour une centrale photovoltaïque (PV) de 2 GW, valorisée à 972 millions de dollars (836 millions d’euros). TCL Zhonghuan Renewable Energy Technology, associé au PIF, investit 2,08 milliards de dollars dans une usine de silicium et plaquettes. JinkoSolar prévoit 985 millions de dollars pour une usine de cellules et modules PV de 10 GW capacité.
Vers la décarbonation et la production locale
Ces projets s’alignent sur la Vision 2030 de l’Arabie Saoudite, qui ambitionne 50 % d’électricité renouvelable d’ici 2030. Les parcs d’Ar Rass et Layla généreront plus de 2,1 milliards de kWh par an, évitant 1,968 million de tonnes de CO2 annuellement. Des protocoles d’accord, comme celui entre Sungrow et ACWA Power, visent un système de stockage d’énergie (ESS) de 536 MW/600 MWh pour la ville futuriste de NEOM.
La coopération s’étend à l’hydrogène, avec des accords signés aux Émirats Arabes Unis (EAU) et en Arabie Saoudite. Au-delà des importations, Pékin favorise la fabrication locale : usines de silicium et cellules solaires intègrent les pays arabes dans la chaîne mondiale. Cela renforce l’efficacité et la durabilité, tout en créant des emplois et des compétences techniques.

La dépendance technologique à la Chine
Malgré les bénéfices, certains observateurs soulignent les risques d’une trop grande reliance envers la Chine pour les technologies vertes.
Avec 80 % des équipements PV fabriqués à Pékin, les pays arabes pourraient se retrouver vulnérables à des disruptions d’approvisionnement ou à des hausses de prix. Des experts européens, comme ceux du think tank IFRI, notent que cela complique la diversification des chaînes de valeur critiques pour batteries et panneaux. Pourtant, ces partenariats incluent souvent des transferts de technologie, comme les joint-ventures avec le PIF, visant une autonomie progressive.
En Europe, où la transition repose sur des imports chinois massifs, cette dynamique sino-arabe incite à repenser les alliances. L’Union européenne pourrait s’inspirer pour renforcer ses propres productions locales, évitant une concurrence frontale tout en favorisant une coopération trilatérale.
À l’approche de 2030, ces initiatives sino-arabes préfigurent un Moyen-Orient décarboné, où le vent et le soleil remplacent progressivement l’or noir, avec Pékin comme architecte discret de cette métamorphose pragmatique.










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