363 heures de prix négatifs soulignent la surproduction d’électricité française

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La France exporte 37,6 TWh malgré la surproduction d'électricité
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Au premier semestre 2025, la France a dû « brider » 2 térawattheures d’électricité solaire et éolienne faute de débouchés, alors même que le pays exporte un record de 37,6 TWh d’énergie bas-carbone. Cette situation met en lumière un déséquilibre croissant entre une offre en forte expansion et une demande qui stagne. Face à ce paradoxe, les acteurs du secteur cherchent des leviers pour rendre le système électrique plus adaptable.


À retenir

  • Le solde net des échanges d’électricité a atteint 37,6 TWh au S1 2025, deuxième record après 89 TWh en 2024.
  • 2 TWh d’éolien/solaire ont été écrêtés, soit +80 % en un an.
  • 363 heures de prix négatifs, soit environ 8 % du temps, ont été enregistrées au même semestre.
  • La capacité solaire installée a franchi 26 GW, dépassant légèrement l’éolien (24,6 GW).
  • La consommation nationale reste 6 à 7 % en dessous de son niveau pré-Covid.

Le paradoxe de la production électrique française : surabondance et écrêtements

Le système électrique français se trouve aujourd’hui face à un excédent inédit d’énergie bas-carbone. Malgré un renouveau du parc nucléaire et un essor du solaire, la capacité de consommation nationale ne suit pas le rythme de l’offre.

Une production décarbonée record mais difficilement absorbable

Au premier semestre 2025, la France a produit plus d’électricité qu’elle n’en consomme, grâce à une hausse de 0,7 % de la consommation en 2024 et à une capacité solaire culminant à 18 GW le 31 mars 2025. Cette surproduction a entraîné des écrêtements volontaires de 2 TWh, soit une hausse de 80 % par rapport à l’année précédente.

L’augmentation spectaculaire des coupures volontaires

Les opérateurs ont enregistré 363 heures de prix négatifs, période pendant laquelle les producteurs étaient payés pour injecter de l’énergie supplémentaire. Cette situation pousse les parcs à réduire leur production afin d’éviter des pertes financières.

La France, pays exportateur malgré le gaspillage

En 2024, la France a exporté 89 TWh d’électricité, un record qui a été partiellement reproduit en 2025 avec 37,6 TWh. Cependant, les interconnexions avec l’Allemagne, la Belgique et l’Espagne peinent à absorber ce surplus, chaque voisin faisant face à ses propres épisodes de surproduction.

Les facteurs explicatifs de la surproduction et du gaspillage d’électricité

Plusieurs mécanismes combinés expliquent pourquoi la France se retrouve avec un excédent d’énergie qui ne trouve pas de débouchés.

La France exporte 37,6 TWh malgré la surproduction d’électricité

Croissance rapide des énergies renouvelables (solaire et éolien)

Le parc solaire a atteint 26 GW de capacité installée, dépassant l’éolien qui stagne à 24,6 GW. En 2024, plus de 5 GW de nouveaux projets photovoltaïques ont été raccordés, renforçant la capacité de production autour du milieu de journée.

Faiblesse de la consommation nationale et paradoxe des interconnexions

La demande d’électricité reste 6 à 7 % en dessous de son niveau d’avant-Covid, même si la production augmente. Lors des journées ensoleillées, le pic solaire se produit alors que la consommation domestique est à son plus bas, créant une saturation du réseau. Les pays voisins connaissent eux-mêmes des pics de production, limitant les possibilités d’exportation.

Inadéquation du réseau et absence de solutions de stockage

Le réseau français montre encore des rigidités qui freinent la flexibilité requise par les énergies variables. À ce jour, le stockage à grande échelle reste marginal, ce qui empêche d’intégrer les surplus produits en journée pour les restituer la nuit ou en période de faible production.

Conséquences économiques et environnementales de l’écrêtement

Les excès de production ont des répercussions directes sur les acteurs du marché et sur la crédibilité de la transition énergétique.

Impact sur les prix de l’électricité et les producteurs

Les 363 heures de prix négatifs au S1 2025 représentent environ 8 % du temps, forçant les producteurs à accepter des tarifs inférieurs à leurs coûts d’exploitation. Certaines installations, soumises à des mécanismes de rémunération garantis, commencent tout de même à réduire leur sortie d’énergie.

Le paradoxe du gaspillage d’énergie décarbonée

Alors que la France s’efforce de réduire ses émissions de CO₂, le fait d’écrêter de l’électricité bas-carbone constitue un gaspillage symbolique. Des associations comme Sentinelles des Garrigues dénoncent cette perte alors même que des projets solaires continuent de s’étendre sur des milieux sensibles.

Les appels à l’action des acteurs du secteur

« Il faut déplacer les usages énergivores vers les heures creuses solaires », affirme un porte-parole de RTE. Cette demande de flexibilité s’accompagne d’une pression pour développer des solutions de stockage et d’un appel à accélérer l’électrification des usages afin d’absorber le surplus.

Exportations record France et surproduction d'électricité

Stratégies et solutions pour l’avenir du réseau électrique français

Pour transformer le surplus d’énergie en atout, plusieurs axes d’intervention sont envisagés.

Réponse à la demande et flexibilité du réseau

Le déplacement de certaines charges (chauffage électrique, recharge de véhicules, industries à forte consommation) vers les heures de forte production solaire pourrait réduire les heures de prix négatif. RTE plaide pour une reprogrammation des usages afin de coller à la courbe de production.

Investissements dans le stockage d’énergie

Le déploiement de batteries de grande capacité, de stations d’hydrogène ou de solutions de pompage-turbinage représente une voie prometteuse. Un stockage efficace permettrait de lisser les pics de production et de fournir de l’énergie pendant les périodes creuses, augmentant ainsi la résilience du réseau.

Accélérer l’électrification des usages

Favoriser l’électrification du transport, du chauffage et de l’industrie crée de nouvelles opportunités de consommation. Des incitations tarifaires ciblées pourraient encourager les ménages et les entreprises à consommer davantage pendant les moments de surplus solaire.

En résumé, la France se trouve à la croisée des chemins entre une offre d’électricité bas-carbone record et une capacité d’absorption qui reste insuffisante. Le défi consiste à rendre le système plus souple, à développer le stockage et à aligner la demande sur l’offre afin de transformer le paradoxe actuel en une réelle avancée de la transition énergétique.