Heures creuses solaires, la France ajuste sa consommation

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Maison française équipée de panneaux solaires avec un couple consultant les heures creuses solaires sur une tablette en fin d’après-midi.
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Le 1er novembre 2025 marque le démarrage d’une réforme ambitieuse : la réorganisation des heures creuses solaires. Cette nouvelle grille tarifaire, pilotée par la Commission de régulation de l’énergie (CRE), décale une partie des heures à prix réduit afin d’exploiter davantage la production photovoltaïque. Dans un contexte où les prix négatifs de l’électricité se multiplient sur le marché de gros, la mesure vise à stabiliser le système tout en offrant de nouveaux leviers d’économies aux ménages.


À retenir

  • 8 heures de HC par jour restent, réparties entre la nuit et l’après‑midi.
  • La réforme concerne 11 millions de foyers et des PME de puissance ≤ 36 kVA.
  • Déploiement progressif jusqu’en 2027, avec 85 % d’utilisateurs dotés d’une HC d’après‑midi à la mi‑2027.
  • L’objectif est d’aligner consommation et production solaire pour soulager le réseau.
  • Véhicules électriques et domotique sont les principaux outils de décalage de la demande.
  • La mesure renforce la résilience du réseau et soutient la décarbonation du mix.

Depuis près d’un siècle, les heures creuses étaient concentrées la nuit pour soutenir le parc nucléaire. La montée en puissance rapide du photovoltaïque change la donne, en déplaçant les excédents de production vers le milieu de journée. La réforme conduite par la CRE et Enedis cherche à rapprocher la demande des périodes d’abondance solaire afin d’optimiser l’usage du réseau et de rendre la transition énergétique plus économique et plus flexible pour les consommateurs.

Réforme des heures creuses solaires : le cadre

La Commission de régulation de l’énergie à la barre

Créée en 2000, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) est l’autorité indépendante qui encadre les tarifs et le fonctionnement du marché français de l’électricité. En s’appuyant sur le cadre du TURPE 7, elle a décidé de moderniser le dispositif heures pleines/heures creuses pour l’adapter à un système plus électrifié et plus renouvelable. Cette décision confirme son rôle d’organisateur du réseau et de garant d’une transition compatible avec les objectifs climatiques.

Pourquoi passer du nucléaire au solaire ?

L’ancien positionnement quasi exclusivement nocturne des heures creuses ne correspond plus à un système où la part de solaire augmente rapidement. Les excédents de production au cœur de la journée estivale entraînent désormais des épisodes de prix de marché négatifs pour l’électricité. La réforme vise à corriger ce décalage structurel en transférant une partie des heures creuses vers les créneaux où l’énergie solaire est la plus abondante, notamment l’après‑midi en été.

Calendrier et répartition des heures creuses

8 heures de HC par jour : nuit et après‑midi

La nouvelle structure maintient 8 heures d’heures creuses par jour. Au cœur de la nuit, un bloc minimal de 5 heures consécutives entre 23 heures et 7 heures demeure garanti, afin de préserver les usages historiques (ballons d’eau chaude, chauffage, certains process industriels légers). En période estivale, jusqu’à 3 heures supplémentaires peuvent être positionnées entre 11 heures et 17 heures pour capter les pics de production photovoltaïque.

Horloge et compteur électrique posés près d’une fenêtre ensoleillée avec des panneaux solaires sur un toit français, illustrant la répartition des heures creuses entre la nuit et l’après-midi.
Une horloge et un compteur électrique mis en scène face à des panneaux solaires pour illustrer la nouvelle répartition des heures creuses entre nuit et après‑midi en France.

Adaptation saisonnière entre avril et mars

Durant la période dite « solaire » (du 1er avril au 31 octobre), les heures creuses se répartissent entre la nuit et le début d’après‑midi, avec une intensification autour du milieu de journée. En hiver (du 1er novembre au 31 mars), elles se concentrent presque exclusivement sur la nuit, lorsque la production solaire est plus faible et que la consommation reste tirée par le chauffage.

Progression du déploiement jusqu’en 2027

Le changement est entré en vigueur le 1er novembre 2025 pour les premiers consommateurs équipés de compteurs communicants. La bascule s’échelonnera jusqu’à fin 2027, avec un objectif de 85 % de clients disposant d’une heure creuse d’après‑midi à la mi‑2027. Enedis et les Entreprises locales de distribution assurent la mise à jour des compteurs et des contrats, en coordination avec les fournisseurs d’électricité.

Conséquences pour les foyers, les PME et le réseau

Quelles cibles et comment les accompagner

Plus de 11 millions de foyers et plusieurs centaines de milliers de PME de puissance ≤ 36 kVA sont concernés, soit environ 40 % des consommateurs et près de 14,5 millions de compteurs. Les offres spécifiques comme Tempo ou Super‑Creuses restent, elles, inchangées. Les usagers sont informés par leurs fournisseurs et via la FAQ de la CRE, mais doivent vérifier, puis adapter les réglages de leurs programmateurs et équipements connectés pour profiter pleinement du nouveau schéma.

Famille française programmant un lave-linge et rechargeant une voiture électrique en début d’après-midi pour profiter des heures creuses solaires.
Une famille française qui décale la recharge de son véhicule électrique et l’usage de ses appareils pour profiter des heures creuses solaires et réduire sa facture.

Usages décalés et économies potentielles

Le nouveau découpage tarifaire incite à déplacer certains usages énergivores vers le milieu de journée. Recharger un véhicule électrique en télétravail, lancer un lave‑linge ou un lave‑vaisselle en début d’après‑midi ou encore programmer un sèche‑linge sur ces créneaux devient plus intéressant financièrement. Les appareils directement reliés au compteur (ballon d’eau chaude, pompe à chaleur, éventuellement borne de recharge) s’alignent automatiquement sur les nouveaux signaux, permettant des économies significatives sur la facture sans modifier les habitudes au quotidien.

Objectifs de décarbonation et de flexibilité du réseau

En étalant la demande sur les heures de forte production solaire, la réforme limite les pics de consommation qui mobilisent encore des centrales fossiles en complément. Elle réduit également la nécessité d’investissements lourds dans le renforcement des infrastructures, en utilisant mieux les réseaux existants. Pour les ménages équipés de panneaux photovoltaïques, le dispositif renforce l’intérêt de l’autoconsommation en rapprochant davantage leurs usages des périodes d’abondance. Pour la CRE, ce nouveau signal horaire constitue un levier concret pour verdir le système tout en maîtrisant les coûts pour la collectivité.

Les limites de la réforme : un contrepoint à considérer

Certains consommateurs redoutent toutefois une reprogrammation complexe de leurs équipements, en particulier lorsqu’ils ne disposent pas de systèmes de gestion intelligente. La dépendance accrue à la production solaire en temps réel peut aussi susciter des inquiétudes en cas de météo durablement couverte. La CRE assure qu’un suivi rapproché des indicateurs du réseau et une communication renforcée avec les fournisseurs sont prévus afin d’anticiper les déséquilibres et d’ajuster les paramètres si nécessaire.

Dans l’ensemble, la réforme des heures creuses solaires confirme l’orientation de la France vers une transition énergétique pragmatique, centrée sur l’ajustement fin de la demande à la production. Les foyers et les PME sont appelés à devenir des acteurs à part entière de cet équilibre, en tirant parti des périodes les plus favorables à l’électricité décarbonée. Les premiers bilans attendus à la mi‑2027 permettront de mesurer l’ampleur du report effectif de la consommation et, le cas échéant, d’affiner les grilles tarifaires des années suivantes.

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