Une étude publiée en septembre dernier dans la revue Nature divise par dix le potentiel de stockage géologique du CO₂, limitant cette option à 1 460 gigatonnes. Cette « limite planétaire prudente » réduit l’impact maximal sur le réchauffement à 0,7 °C, loin des espoirs antérieurs. Le captage et stockage de carbone (CSC) n’est plus une panacée, mais une ressource rare.
À retenir
- Capacité prudente de stockage géologique : 1 460 Gt de CO₂.
- Divisée par dix par rapport aux projections industrielles (8 000 à 55 000 Gt).
- Réduction maximale du réchauffement : 0,7 °C (plage 0,35–1,2 °C).
- 70 % onshore, 30 % offshore ; exclusions pour risques sismiques et contamination.
- Épuisement possible avant 2100 ou 2200 dans les scénarios IPCC.
- Priorité aux secteurs hard-to-abate et au carbone retiré de l’atmosphère (CDR).
Cette recherche, menée par une équipe internationale incluant l’IIASA et pilotée par Matthew J. Gidden et Alexandre C. Köberle, clarifie les enjeux du CSC au moment où les engagements de neutralité carbone se multiplient. Publiée le 3 septembre 2025, elle arrive alors que les nations peaufinent leurs contributions à l’Accord de Paris. Pour les décideurs, industries et citoyens européens, elle impose une sobriété accrue : le stockage ne compense plus les émissions, il les complète à la marge. Cette limite contraint à accélérer les réductions brutes de gaz à effet de serre (GES), favorisant une transition pragmatique vers l’électrification et l’efficacité énergétique.
Une limite planétaire prudente pour le stockage géologique
L’équipe a cartographié les bassins sédimentaires mondiaux pour définir une capacité sûre, excluant systématiquement les zones à risques.

Capacité révisée et critères d’exclusion
Le potentiel théorique brut atteint près de 12 000 GtCO₂. Mais les chercheurs ont appliqué une approche multidimensionnelle, éliminant les sites vulnérables. Ils ont écarté les réservoirs trop profonds ou trop peu profonds pour l’ingénierie, ainsi que les zones de protection de la biodiversité.
Les exclusions portent aussi sur la proximité des populations : les sites à moins de 25 kilomètres des zones densément peuplées sont interdits. Cette prudence divise par dix les estimations industrielles antérieures. Le résultat : 1 460 Gt, une limite planétaire prudente.
Risques sismiques, fuites et contamination
Les bassins sédimentaires présentent des dangers majeurs comme la réactivation de failles ou les risques sismiques. Une fuite de CO₂ pourrait contaminer les aquifères municipaux et les eaux souterraines. Les chercheurs ont modélisé ces menaces spatialement pour garantir un stockage de longue durée.
« Nous avons défini une capacité considérée comme sûre et pratique, en excluant les risques pour l’environnement et les populations. » Matthew J. Gidden, co-auteur de l’étude.
Répartition géographique et robustesse
Environ 70 % du potentiel sécurisé se trouve onshore, le reste offshore. Les pays grands extracteurs d’énergies fossiles conservent les plus grandes capacités résilientes aux exclusions. Cela reflète leur géologie familière, issue de l’exploitation pétrolière et gazière.
Cette carte oriente les priorités nationales. L’Europe, avec ses bassins matures, doit évaluer sa quote-part pour le CSC.
Implications pour la politique climatique et les stratégies industrielles
Cette limite fragilise les trajectoires bas-carbone, forçant une réorientation vers la réduction des émissions brutes dès aujourd’hui.

Épuisement rapide dans les scénarios IPCC
Les modèles du GIEC pour limiter le réchauffement à 1,5 °C ou 2 °C prévoient un épuisement de cette capacité avant 2100, ou au plus tard d’ici 2200. Si tout était dédié au CDR, l’impact maximal serait de 0,7 °C. Les estimations passées évoquaient 5 à 6 °C, un écart sidérant.
Cette contrainte remet en cause l’Accord de Paris. Les nations doivent ajuster leurs contributions nationales.
Priorité aux secteurs difficiles à décarboner
Le CSC devient une ressource rare et intergénérationnelle. Les chercheurs priorisent son usage pour le stockage du carbone retiré de l’atmosphère et les émissions des secteurs hard-to-abate : acier, ciment, produits chimiques. Il ne saurait prolonger la dépendance aux combustibles fossiles.
Les plans nationaux doivent être transparents et équitables. Cela implique des décisions explicites sur les allocations.
Fragilité des engagements RSE et contrepoint industriel
Les entreprises du ciment ou de la chimie comptaient sur le CSC pour leurs émissions « incompressibles ». Cette limite ébranle leurs engagements RSE vers la neutralité carbone. Elles doivent viser une réduction absolue du CO₂.
Les projections industrielles optimistes (jusqu’à 55 000 Gt) ignoraient les risques multidimensionnels, traités ici avec prudence. Bien que certains industriels contestent ces exclusions comme trop strictes, l’approche spatiale de l’étude les rend incontestables pour une sécurité durable. Matthew J. Gidden insiste : les réductions brutes immédiates sont incontournables.
En Europe, cette sobriété renforce l’urgence de l’électrification et de l’efficacité, piliers pragmatiques de la transition.










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