Les data centers américains pourraient dévorer 20 % de l’électricité américaine d’ici 2035

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Intérieur d’un vaste data center américain de nuit avec rangées de serveurs illuminés et lignes haute tension visibles à l’extérieur, illustrant leur consommation électrique massive.

D’ici 2035, les centres de données américains engloutiront près d’un cinquième de l’électricité produite dans le pays. Le chiffre paraît presque excessif, et pourtant il vient d’une mise à jour de BloombergNEF : la capacité électrique dédiée à ces infrastructures numériques grimpera à 194 gigawatts, soit quatre fois leur part actuelle de 5,9 % du réseau.


À retenir

  • En 2035, les data centers US pourraient capter 20 % de l’électricité nationale, contre 5,9 % aujourd’hui.
  • Près de la moitié de la capacité projetée alimentera des charges de travail liées à l’intelligence artificielle.
  • L’inférence – l’utilisation des modèles d’IA – représente désormais plus de 80 % du calcul total associé.
  • Microsoft, Amazon et Google investissent plus de 50 milliards de dollars dans le nucléaire pour sécuriser leur alimentation.
  • Les émissions de Google ont grimpé de 48 % depuis 2019 et les factures résidentielles pourraient augmenter de 8 % dans certaines régions.

La transition énergétique, en Europe comme aux États-Unis, s’est d’abord pensée autour de la mobilité électrique et du chauffage. La dernière prévision de BloombergNEF change l’échelle du problème : le cloud et l’IA, jusque-là presque invisibles, deviennent des postes de consommation centraux et bousculent la planification électrique. Il faut désormais produire assez d’électricité, sans lâcher les objectifs climatiques ni faire exploser les factures.

L’IA, moteur d’une soif électrique sans précédent

Le coup de frein espéré sur la demande n’aura pas lieu. Dans une note publiée le 21 juillet 2026, les analystes de BloombergNEF ont relevé de 83 % leurs projections de capacité à l’horizon 2035 par rapport à leurs calculs de fin 2025. La marche est gigantesque : 194 GW, soit l’équivalent de la puissance installée cumulée de plusieurs dizaines de réacteurs nucléaires classiques.

Allée de serveurs IA bardés de GPU avec tuyaux de refroidissement liquide et câbles denses dans un data center américain, montrant une forte consommation électrique.
Les charges de travail d’intelligence artificielle transforment les data centers en super-consommateurs d’électricité.

L’intelligence artificielle, nouveau super-consommateur

Le coupable a un nom presque banal : l’intelligence artificielle. Près de 50 % de la capacité électrique prévue pour 2035 sera absorbée par l’entraînement et l’inférence des modèles d’IA. Les puces graphiques (GPU) qui font tourner ces algorithmes sont bien plus gourmandes que les serveurs traditionnels. Selon Gartner, les machines optimisées pour l’IA représenteront 31 % de la consommation des data centers dès 2026. Dès 2027, elles auront dépassé les serveurs conventionnels en volume énergétique.

Les racks de serveurs IA exigent souvent 30 à 100 kW, contre 5 à 15 kW auparavant.

L’inférence, un puits énergétique quotidien

L’industrie vit un basculement discret mais majeur : on consomme désormais davantage pour utiliser l’IA que pour la fabriquer. L’inférence, c’est-à-dire chaque requête soumise à un modèle, pèse plus de 80 % du calcul total lié à l’IA, selon des travaux du MIT cités par AIMultiple. Autrement dit, les requêtes quotidiennes, les résumés automatiques et les assistants conversationnels coûtent quatre fois plus d’énergie que la phase de création initiale des modèles. Dans les data centers, la chaleur dégagée impose un refroidissement liquide là où l’air brassé suffisait il y a cinq ans.

Le nucléaire, planche de salut des géants du numérique

Confrontés à des files d’attente d’interconnexion qui s’allongent parfois au-delà de trois ans, les hyperscalers ont cessé d’attendre le réseau public. Ils pilotent désormais eux-mêmes leur approvisionnement.

Des contrats qui verrouillent un approvisionnement 24 heures sur 24

Microsoft a ouvert la voie en signant un accord de 20 ans avec Constellation Energy pour redémarrer le réacteur 1 de Three Mile Island. L’installation de 835 MW, fermée en 2019, devrait retrouver le service en 2028. Amazon, de son côté, a injecté plus de 20 milliards de dollars pour connecter directement son campus de centres de données à la centrale nucléaire de Susquehanna, exploitée par Talen Energy. Google mise, de son côté, sur une flotte de petits réacteurs modulaires (SMR) d’une capacité combinée de 500 MW à Kairos Power, avec une mise en service visée en 2030.

Le nucléaire offre une puissance de base que les énergies renouvelables intermittentes ne peuvent pas fournir seules.

Le paradoxe d’une durabilité en recul

Pourtant, cette frénésie d’investissements ne tient pas encore ses promesses vertes. Le rapport environnemental 2024 de Google montre une hausse de 48 % de ses émissions de gaz à effet de serre depuis 2019, principalement nourrie par l’extension des data centers. En s’appuyant massivement sur des sources pilotables comme le nucléaire, les géants du numérique stabilisent leur approvisionnement, mais ils ne compensent pas à court terme l’explosion des volumes d’électricité consommés. L’équation reste entière.

La facture sociale commence à grimper

L’onde de choc ne se limite pas au climat. Selon une étude de l’Electricity Law Initiative, relayée par Newsweek, les factures d’électricité résidentielles pourraient augmenter de 8 % au cours des cinq prochaines années dans les régions qui accueillent les nouveaux sites. Le mécanisme est simple : pour raccorder ces géants de la consommation, les gestionnaires de réseau lancent des travaux de renforcement coûteux, financés en partie par tous les abonnés. En Virginie et au Texas, deux épicentres mondiaux du secteur, la grogne locale s’est transformée en débat législatif. Quinze États américains ont envisagé des moratoires temporaires sur le développement de data centers, rapporte la Conférence nationale des législatures d’États.

Couple américain examinant une facture d’électricité dans sa cuisine avec en arrière-plan, à travers la fenêtre, des lignes haute tension et un vaste data center.
L’essor des data centers alourdit la facture d’électricité des ménages dans les régions concernées.

Les ménages face au coût de l’infrastructure numérique

La modernisation des réseaux devient urgente, mais elle ne peut pas reposer sur les seules épaules des citoyens sans créer une fracture énergétique. Les opérateurs de data centers doivent participer davantage à la facture, via des contrats directs de type PPA ou des obligations réglementaires. La trajectoire de 194 GW en 2035 ne sera tenable que si le partage de la facture d’électricité est renégocié.

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