Le Royaume-Uni a officialisé l’introduction d’une taxe au kilomètre pour les voitures électriques à compter du 1er avril 2028. En France, une mesure similaire est étudiée à Bercy, alors que l’érosion des recettes liées aux carburants pourrait creuser un manque à gagner budgétaire de 13 milliards d’euros d’ici 2030.
À retenir
- Le Royaume-Uni instaurera une taxe kilométrique (eVED) au 1er avril 2028, à un tarif de 3 pence par mile pour les véhicules 100 % électriques et hydrogène (environ 2,2 centimes d’€/km).
- Les hybrides rechargeables seront taxés à moitié tarif (1,5 pence/mile), en raison de leur consommation de carburant fossile.
- La mesure vise à compenser un manque à gagner de 12 milliards de livres pour le Trésor britannique d’ici 2030.
- La France étudierait des pistes alternatives (redevance forfaitaire de 95 €/an ou taxe kilométrique), sans annonce officielle avant le PLF 2027.
- Les véhicules électriques ne représentent que 4 % du parc roulant français, soit la cible de la transition la plus vulnérable à cette taxe.
- Des bloqueurs de kilométrage électroniques circulent déjà sur internet, posant la question de la fiabilité du système déclaratif.
La décision britannique fait passer une hypothèse technique au rang de réalité budgétaire. L’administration fiscale, HM Revenue & Customs, a confirmé le principe d’un prélèvement sur le kilométrage des véhicules électrifiés. En France, où le parc électrique reste minoritaire, cette annonce donne un aperçu très concret de l’évolution possible de la fiscalité.
Le modèle britannique : une taxe kilométrique fixée pour 2028, sans dispositif de traçage
L’Electric Vehicle Excise Duty (eVED) entrera en vigueur le 1er avril 2028 au Royaume-Uni. Le gouvernement dirigé par Keir Starmer veut compenser la baisse attendue des recettes de la fuel duty, la taxe sur les carburants, estimée à 12 milliards de livres d’ici 2030. Le prélèvement reposera sur les relevés d’odomètre effectués lors du contrôle technique annuel, le MOT.
Le tarif est fixé à 3 pence par mile pour les voitures 100 % électriques (BEV) et à hydrogène (HFCEV), soit environ 2,2 centimes d’euro par kilomètre. Les hybrides rechargeables (PHEV), déjà soumises à la taxe sur les carburants, paieront moitié moins : 1,5 pence par mile, soit environ 1,1 centime d’euro par kilomètre. Pour un conducteur parcourant 15 000 kilomètres par an, la dépense supplémentaire atteindrait 330 euros.

Un système déclaratif adossé au contrôle technique
Le gouvernement britannique a choisi une déclaration du kilométrage lors du renouvellement de la vignette. La DVLA (Driver and Vehicle Licensing Agency) croisera ces données avec les certificats du MOT, le contrôle technique britannique. Aucun boîtier GPS ne sera imposé : Londres entend préserver la vie privée des conducteurs.
La taxe sera indexée sur l’inflation dès 2029 afin d’en maintenir le rendement réel. Les modalités précises de paiement seront détaillées après une consultation publique, mais le principe d’un prélèvement annuel déclaratif est déjà acté.
Première nation européenne ? L’Islande a ouvert la voie
Le Royaume-Uni n’est pas le premier à expérimenter ce type de fiscalité. L’Islande applique depuis 2024 une taxe kilométrique de 4 centimes d’euro par kilomètre sur les véhicules électriques. Le poids économique britannique et la proximité de son calendrier avec celui de l’Union européenne, qui prévoit l’entrée en vigueur de l’ETS 2 en 2028, poussent toutefois les autres gouvernements à regarder la mesure de près.
La France face au manque à gagner budgétaire de la TICPE
La fiscalité française des carburants rapporte environ 40 milliards d’euros par an, dont une part significative provient de la TICPE (Taxe Intérieure de Consommation sur les Produits Énergétiques). Elle constitue la quatrième source de recettes de l’État. L’essor du parc électrique fragilise ce modèle : le Conseil des prélèvements obligatoires (CPO) a évalué le manque à gagner à plus de 10 milliards d’euros par an d’ici 2035, avec un pic cumulé de 14 milliards d’euros en 2030.
Deux rapports publiés en 2026 ont exploré des solutions de remplacement : le retour d’une vignette annuelle forfaitaire, chiffrée à 95 euros par véhicule électrique, ou une taxe kilométrique calquée sur le modèle britannique. Le ministère de l’Économie a officiellement démenti tout projet immédiat en août 2026, mais les services de Bercy compareraient déjà les différentes options.

Les pistes concurrentes : vignette, taxe kilométrique ou accise sur l’électricité
La Cour des comptes a avancé plusieurs scénarios. Une redevance forfaitaire annuelle serait la solution la plus simple à administrer, car elle ne demanderait aucune infrastructure de contrôle. La taxe kilométrique serait plus proche de l’usage réel, mais elle exigerait un système déclaratif fiable et des garde-fous contre la fraude.
Le compteur Linky a été évoqué pour taxer spécifiquement la recharge à domicile. Cette solution laisserait de côté les recharges sur les bornes publiques ou au travail et créerait une distorsion de concurrence. Le gouvernement chercherait donc une formule lisible politiquement et suffisamment rentable, qui pourrait figurer dans le Projet de loi de finances (PLF) pour 2027.
L’impact sur la transition : un risque pour un parc encore fragile
En France, les voitures électriques ne représentent que 4 % du parc automobile roulant en août 2026. Leur faible coût d’usage reste l’argument principal pour convaincre les ménages hésitants, alors que leur prix d’achat dépasse encore celui des modèles thermiques. Bercy estime le coût de l’électricité de recharge à environ 3,5 € les 100 km, contre 12 à 15 € pour les carburants fossiles.
Une taxe kilométrique réduirait mécaniquement cet écart. Un automobiliste électrique parcourant 12 000 km par an paierait 264 € de plus, soit un quasi-doublement de son coût énergétique annuel. Les associations comme Mobilité Club France alertent sur le risque de « trappe à taxes » pour les ménages ruraux, qui dépendent de leur voiture pour aller travailler et accéder aux services essentiels.
Un contexte européen : l’ETS 2 complique l’équation fiscale
L’Union européenne doit déployer son système d’échange de quotas d’émission pour le secteur routier (ETS 2) en 2028. Cette réforme, initialement prévue pour 2027 puis reportée, ajoutera 10 à 15 centimes par litre de carburant fossile. Le coût d’usage des véhicules thermiques augmentera donc, ce qui réduit la marge de manœuvre du gouvernement pour taxer simultanément l’électrique. Un tel effet de ciseau fiscal pourrait provoquer un rejet massif, comparable à la crise des Gilets Jaunes en 2018.
Le Royaume-Uni a fait un choix assumé. En France, le calendrier et la forme d’une éventuelle taxe sur les véhicules électriques restent à trancher, dans un climat social bien plus sensible aux hausses liées à l’automobile.

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