Face à une hausse du déficit commercial liée aux véhicules électriques, la France a vu son solde s’améliorer de près de 40 % entre juin 2024 et mai 2025 grâce à une production nationale renforcée. Cette évolution s’inscrit dans un contexte de dépendance historique aux importations d’Asie (notamment de Chine) et de politiques publiques visant à soutenir l’indépendance industrielle. Le présent article décortique les causes, le retournement récent et les enjeux à venir pour le commerce extérieur automobile français.
À retenir
- Le déficit commercial des voitures électriques est passé de 6,6 milliards d’euros en 2023 à 4 milliards d’euros en mai 2025.
- Les importations de VE ont été multipliées par 20 entre 2017 et 2023, dont 41 % provenaient d’Asie.
- Les exportations françaises de VE ont atteint plus de 3 milliards d’euros, soit 120 000 véhicules, sur 18 mois.
- Le plan France 2030 cible deux millions de véhicules électriques et hybrides produits annuellement.
- Les constructeurs chinois prévoient des usines en Europe (BYD en Hongrie, Chery en Espagne) d’ici la fin 2025.
L’électrification du parc automobile français : un double impact sur la balance commerciale
Depuis l’avènement des véhicules 100 % électriques, le commerce extérieur français a connu une double dynamique, d’abord négative puis progressivement positive.
Un défi initial pour les échanges extérieurs
Entre 2017 et 2023, le déficit commercial global du secteur automobile a crû de 3 milliards d’euros, dont 3,2 milliards imputables aux voitures électriques et 2,4 milliards aux hybrides. Cette hausse provenait d’une importation triplement supérieure aux exportations, entraînant un déficit de 6,6 milliards d’euros sur le segment des VE en 2023. La balance commerciale désigne la différence entre les exportations et les importations de biens ; un solde négatif indique une sortie nette de capitaux.
La dynamique récente de réduction du déficit
De juin 2024 à mai 2025, le solde négatif des VE s’est réduit à 4 milliards d’euros, soit une diminution de ≈ 40 % en un an et demi. Cette amélioration se reflète dans le tableau global de la balance française, qui est passée d’un déficit de 162,6 milliards d’euros en 2022 à 81 milliards d’euros en 2024. En juin 2024, le déficit commercial mensuel était de 7,1 milliards d’euros, stable par rapport au mois précédent, tandis que le déficit cumulé sur 12 mois a baissé à 85,1 milliards d’euros.
Contexte économique global de la France
Les prévisions pour 2024 anticipaient une légère réduction du déficit global à 95 milliards d’euros, mais les chocs d’approvisionnement ont fait remonter le chiffre au-delà de 100 milliards d’euros en 2025. Cette volatilité souligne la sensibilité du commerce extérieur aux variations de la chaîne d’approvisionnement automobile, notamment aux matières premières et aux produits intermédiaires importés.
Les facteurs de la dégradation initiale et de la dépendance aux importations
La première moitié de la décennie a été marquée par une hausse spectaculaire des importations de véhicules électriques, aggravant le déficit commercial.

Augmentation massive des importations de VE
De 2017 à 2023, les importations de voitures électriques ont été multipliées par 20, générant un déséquilibre commercial important. Le secteur automobile a enregistré un déficit de -9,4 milliards d’euros au premier semestre 2023, couvrant à la fois les VE et les hybrides. Cette tendance reflète la rapidité avec laquelle les constructeurs étrangers ont investi dans le marché français, attirés par les incitations fiscales et le fort pouvoir d’achat des ménages.
Origine géographique des véhicules importés
En 2023, 41 % des VE importés provenaient d’Asie, dont 34 % directement de Chine. Parmi les voitures chinoises, 30 % étaient importées par des groupes français, tandis que les marques chinoises représentaient 20 % des importations totales. Le déficit bilatéral avec la Chine est passé de 1,1 milliard d’euros en 2022 à 2,9 milliards d’euros en 2023, illustrant une dépendance accrue.
Effets du bonus écologique et de la réglementation
Le bonus écologique a été révisé pour pénaliser les véhicules importés de régions où l’électricité est carbonée, sans toucher ceux produits dans l’Union européenne. Cette mesure visait à encourager la production locale, mais son impact s’est limité dans le temps, car les constructeurs asiatiques ont continué à inonder le marché français avec des modèles compétitifs en prix.
Le redressement : montée en puissance de la production française
Depuis 2024, les constructeurs nationaux ont intensifié leurs capacités de production, inversant partiellement la tendance à la dépendance aux importations.
Investissements et nouveaux lancements industriels
Renault a renforcé son usine de Douai (59) avec le Scenic E‑Tech et la R5, cette dernière élue voiture de l’année en Europe. Stellantis a accru la production des Peugeot e‑3008 et e‑5008 à Sochaux (25). D’autres modèles, comme le Citroën C5 Aircross électrique, voient le jour à Rennes (35). Ces investissements s’inscrivent dans le cadre du plan France 2030, qui ambitionne deux millions de véhicules électriques et hybrides produits chaque année.
Impact sur les exportations et la valeur ajoutée
En 18 mois, les exportations françaises de VE ont atteint plus de 3 milliards d’euros, soit plus de 120 000 véhicules. Cette hausse a contribué à la réduction du déficit, qui a baissé de 25 % pour s’établir à 7,3 milliards d’euros d’importations. La valeur ajoutée générée par la chaîne de production nationale renforce la souveraineté industrielle et crée des emplois qualifiés dans les régions concernées.
Réduction de la dépendance aux importations chinoises
Le renforcement de la production locale a permis de diminuer la part des importations chinoises dans le parc de VE. Le déficit bilatéral avec la Chine a ainsi montré les premiers signes de stabilisation, même si la pression persiste. La réduction des importations a également limité les flux monétaires sortants, améliorant le solde de la balance commerciale automobile.

Perspectives et enjeux futurs du commerce extérieur automobile
Les évolutions récentes ouvrent de nouvelles perspectives, mais les défis restent nombreux, notamment la concurrence des constructeurs chinois en Europe.
La réponse des constructeurs chinois et la production européenne
BYD prévoit d’inaugurer une usine en Hongrie d’ici la fin 2025, tandis que Chery s’est installé à Barcelone (Espagne). Ces projets visent à contourner les restrictions douanières et à profiter de la proximité des marchés européens. Leur implantation pourrait ralentir la réduction du déficit commercial, car les véhicules produits localement seront comptabilisés comme exportations vers la France mais resteront « internes » à l’UE.
Dynamiques des autres secteurs : véhicules d’occasion et hybrides
En 2024, les exportations de véhicules d’occasion ont progressé, avec une hausse de 70 % des modèles à essence et un doublement des électriques (de 3 280 en 2023 à 6 887 en 2024). Parallèlement, les importations d’occasion ont reculé de 11,8 %. Le segment des hybrides rechargeables a affiché une diminution du déficit de 198,7 millions d’euros en 2023, reflétant une diversification du portefeuille automobile français.
Défis structurels et compétitivité industrielle
Malgré les améliorations, le déficit en biens intermédiaires a augmenté de 0,2 milliard d’euros en juin 2024, soulignant la dépendance persistante aux matières premières et aux composants semi‑finis importés. La compétitivité du secteur manufacturier dépendra de la capacité à sécuriser les chaînes d’approvisionnement, à innover dans les technologies de batterie et à maintenir des coûts de production compétitifs face aux acteurs asiatiques.
Enjeux de souveraineté industrielle et d’écologie
Le renforcement de la production française répond à la fois à des objectifs économiques et écologiques. Le bonus écologique, lorsqu’il privilégie les véhicules fabriqués avec une énergie bas carbone, encourage les usines locales à s’alimenter en électricité renouvelable. Cette approche contribue à la réduction des émissions de CO₂ du secteur automobile, tout en consolidant la souveraineté industrielle de la France au sein de l’Union européenne.









