Comment faire valoir son droit à la prise en copropriété

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Propriétaire en copropriété branchant sa voiture électrique sur une borne de recharge dans un parking souterrain français, illustrant le droit à la prise et ses démarches en 2025.
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Dans les copropriétés françaises, le droit à la prise pour la recharge d’une voiture électrique est désormais encadré par la loi, mais les propriétaires se heurtent souvent à un parcours administratif dense. Depuis le 1er janvier 2025, la procédure impose une notification par lettre recommandée, un devis d’un installateur certifié IRVE et un délai d’opposition de trois mois, faute de quoi la borne devra être financée directement par le demandeur. Cet article détaille les conditions légales, les motifs d’opposition recevables et les aides publiques pour permettre aux résidents de sécuriser leur projet d’installation.


Le droit à la prise s’est imposé comme l’un des outils clés de la mobilité électrique en France, mais sa mise en œuvre reste souvent floue pour les particuliers. Si la loi facilite l’accès aux bornes, elle fixe aussi un cadre très précis pour les copropriétaires et les locataires. Cette première partie revient sur les textes de référence, la procédure officielle de demande et les situations dans lesquelles un syndic peut s’opposer à un projet.

Comprendre le droit à la prise et son cadre légal

Avant de choisir une borne ou un installateur, il est indispensable de comprendre ce que recouvre juridiquement le droit à la prise, à quelles copropriétés il s’applique et dans quels cas la demande peut être refusée ou retardée.

Copropriétaire en France présentant au syndic les plans du parking et un devis d’installateur IRVE pour faire valoir son droit à la prise en copropriété.
La demande de borne de recharge en copropriété passe par un dossier complet adressé au syndic : notification par lettre recommandée, descriptif technique et devis d’un installateur certifié IRVE.

Origine et évolution réglementaire du droit à la prise

Le droit à la prise a été introduit par la loi n°2010‑788 du 12 juillet 2010 (loi Grenelle II), puis précisé par l’ordonnance n°2020‑71 et le décret n°2020‑1720 du 24 décembre 2020. La version entrée en vigueur en 2021 étend l’obligation à tous les parkings en copropriété, y compris ouverts ou non clôturés, alors que l’ancien dispositif ne visait que les parkings clos et couverts des bâtiments construits après 2012. Point clé : l’installateur doit proposer un comptage individuel fiable pour permettre la refacturation de la consommation.

Modalités officielles de la demande d’installation

Le demandeur – propriétaire, locataire ou usufruitier – doit informer le syndic par lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR). Le dossier, composé d’un descriptif technique détaillé et du devis d’un professionnel certifié IRVE, doit ensuite être inscrit à l’ordre du jour de la prochaine assemblée générale. Cette inscription est purement informative : elle ne donne pas lieu à un vote. Le syndic doit en parallèle vérifier l’existence ou la mise en place d’une solution de comptage, sans quoi le projet restera bloqué.

Raisons valides pour une opposition à l’installation

  1. Impossibilité technique : le raccordement est impossible en l’état, ou la sécurité du réseau de la copropriété serait compromise. Le demandeur doit alors supporter le coût des travaux de mise aux normes nécessaires.
  2. Préexistence ou décision collective : si une infrastructure collective de recharge existe déjà, ou si le syndicat des copropriétaires décide d’installer un système commun dans les six mois suivant la notification, l’opposition est considérée comme légitime. Le demandeur peut saisir le tribunal judiciaire s’il souhaite contester ce refus.

Le droit à la prise ne doit pas devenir un fardeau pour les copropriétés.
Ministère de la Transition écologique

Le délai d’opposition court pendant trois mois à compter de la notification. Sans réponse dans ce laps de temps, la demande est réputée acceptée et la borne peut être installée, le financement restant intégralement à la charge du demandeur. En pratique, cette procédure exige un suivi précis des dates, mais aussi des contraintes du réseau de l’immeuble. Les copropriétaires ont tout intérêt à constituer un dossier solide – incluant par exemple un audit électrique – afin de limiter les contestations ultérieures et de gagner du temps sur leur projet.

Vous habitez en copropriété et vous envisagez de recharger votre voiture électrique à domicile ? À l’approche de 2025, le cadre réglementaire permet de choisir entre plusieurs modèles d’installation, chacun avec ses coûts, ses contraintes techniques et ses avantages. La section suivante passe en revue ces options de manière pratique.

Explorer les différentes options d’installation de bornes de recharge

Entre solution individuelle raccordée aux compteurs de l’immeuble, opérateur externe « clé en main » ou pré‑équipement collectif du parking, les copropriétés disposent désormais d’un éventail de scénarios. Le bon choix dépend de la durée d’occupation du logement, du budget et de la stratégie de la résidence.

Parking souterrain d’une copropriété en France avec bornes individuelles et borne collective, illustrant les différentes options d’installation de recharge pour voiture électrique.
Entre raccordement individuel au TGBT, solutions clés en main d’opérateurs et pré‑équipement du parking, les copropriétés disposent de plusieurs modèles d’installation de bornes de recharge.

Installation individuelle : raccordement TGBT et comptage

L’option la plus directe consiste à raccorder la borne au tableau général basse tension (TGBT) de l’immeuble. Le compteur des parties communes devient alors le point de livraison, et un sous‑compteur dédié isole votre consommation en kWh. Vous payez le tarif négocié par la copropriété, souvent inférieur à 4,80 €/100 km, un niveau très compétitif comparé au coût d’un véhicule à essence à usage équivalent. Vous choisissez librement votre borne, votre modèle de puissance et votre installateur certifié IRVE.

Attention toutefois : si plusieurs bornes sont déjà en place, la puissance totale appelée peut dépasser la capacité du compteur général. Le risque d’augmentation de la puissance d’abonnement des parties communes devient réel, avec une facture partagée entre l’ensemble des copropriétaires. Autre point de vigilance : la refacturation par le syndic est souvent annuelle, ce qui peut compliquer la gestion des impayés. Une étude de faisabilité en amont avec l’installateur et le syndic reste donc essentielle.

Solutions clés en main et opérateurs

Pour ceux qui préfèrent déléguer, des acteurs comme Zeplug ou Waat proposent un modèle de recharge « clé en main ». L’opérateur finance et installe l’infrastructure : arrivée électrique dédiée, câblage dans le parking et bornes, souvent sans frais initiaux pour la copropriété lorsque Enedis prend en charge une partie du renforcement du réseau. L’utilisateur paie un abonnement mensuel – 9,90 € puis 14,90 € dans le cas de Waat – assorti d’un prix au kWh, qui situe généralement le coût de la recharge entre 3,80 € et 5,40 € pour 100 km.

Ce modèle présente cependant quelques limites : le choix de la borne est souvent restreint à un équipement d’entrée de gamme, et les frais liés à une résiliation ou à un déménagement peuvent atteindre 1 000 €. Pour un ménage qui prévoit de rester durablement dans le même logement, une installation individuelle raccordée au TGBT conserve, à long terme, un avantage économique.

Obligations légales de pré-équipement des parkings en copropriété

La loi d’orientation des mobilités (LOM) et le décret n°2020‑1720 ont revu en profondeur les règles de pré‑équipement des parkings. Depuis le 1er janvier 2017, les immeubles de plus de 40 places de stationnement doivent pré‑équiper 75 % des emplacements pour accueillir des solutions de recharge. À partir du 1er janvier 2025, la règle a été ajustée : tout projet de travaux importants sur un parking doit intégrer au moins 20 % de places pré‑équipées pour des bornes.

Depuis le 1er janvier 2023, le syndic a l’obligation de soumettre cette question à l’assemblée générale avant tout nouveau projet de travaux sur les parkings. Concrètement, la plupart des nouvelles copropriétés intègrent désormais un plan d’électrification dès la demande de permis de construire. Les résidents peuvent ensuite choisir entre un modèle individualisé ou un service collectif opéré, en fonction de leurs usages et de leur budget.

Pour un particulier en copropriété, installer une borne de recharge n’est plus seulement un choix de confort : c’est un véritable arbitrage financier, qui combine aides publiques, économies de carburant et frais annexes parfois sous‑estimés. La dernière partie de cet article détaille ces enjeux.

Évaluer les enjeux financiers et les aides disponibles

Entre le prix de l’équipement, le coût d’installation, les subventions nationales et les offres des opérateurs, le budget d’une borne peut varier du simple au triple. Mieux vaut donc chiffrer précisément l’investissement, les économies attendues à l’usage et les risques administratifs avant de se lancer.

Couple en copropriété en France calculant le coût d’installation d’une borne de recharge avec factures, devis et aides comme la prime ADVENIR et le crédit d’impôt.
Entre prime ADVENIR, crédit d’impôt et économies de carburant, évaluer précisément le budget d’une borne de recharge permet de sécuriser son projet en copropriété.

Aides publiques pour financer l’installation (prime ADVENIR, crédit d’impôt)

Le coût moyen d’une borne individuelle, une fois les aides déduites, tourne autour de 1 000 € installation comprise. Cette estimation repose sur deux dispositifs majeurs, disponibles au moins jusqu’en 2026. La prime ADVENIR couvre jusqu’à 50 % du montant hors taxe du matériel et de la pose, dans la limite de 600 € HT par point de recharge. Elle s’adresse aux logements en copropriété, mais ne s’applique pas aux maisons individuelles. Pour les premières 3 000 copropriétés engagées, le programme « ADVENIR 3000 copropriétés » finance en plus 50 % de l’infrastructure commune (câblage, armoire électrique, etc.).

Un crédit d’impôt allant jusqu’à 500 € par borne s’ajoute pour les équipements « pilotables » en résidence collective, c’est‑‑à‑dire capables de moduler la puissance selon les besoins. Ce dispositif fiscal doit s’éteindre en 2026, ce qui incite à déposer son dossier rapidement pour en bénéficier. Dans un scénario favorable, la combinaison de la prime ADVENIR et du crédit d’impôt peut ramener un projet de 1 000 € à un reste à charge de l’ordre de 400 € ou moins, selon la configuration de l’immeuble.

Comparaison du coût réel entre voiture électrique et thermique

Le prix de la recharge à domicile, particulièrement en heures creuses, reste l’un des principaux leviers de rentabilité du véhicule électrique (VE). Avec un raccordement individuel au TGBT facturé par le syndic, un tarif de 0,18 €/kWh place le coût de 100 km autour de 3,60 € (base 20 kWh/100 km). Dans un modèle collectif opéré, l’abonnement mensuel de 9,90 € à 14,90 € et un kWh plus cher – de 0,19 € à 0,29 € selon le fournisseur – font monter la facture entre 3,80 € et 5,80 €/100 km.

À titre de comparaison, une voiture hybride consommant 5 L/100 km avec un SP95 à 1,70 €/L revient à environ 8,50 €/100 km. Sur un trajet de 1 000 km parcourus, un VE rechargé à domicile consomme donc pour environ 17 € d’électricité, contre près de 85 € de carburant pour une thermique équivalente. L’écart se creuse au fil des kilomètres et contribue à amortir progressivement le coût de la borne.

Risques administratifs et erreurs fréquentes à éviter

  • Facturation erronée : un cas documenté a vu l’application d’un tarif jaune, inadapté à un raccordement TGBT, générant plus de 2 000 € de surcoût pour un seul utilisateur.
  • Délai de facturation : lorsque la consommation est relevée une fois par an par le syndic, un copropriétaire qui ne règle pas sa part crée un trou de trésorerie, alors même que la coupure d’alimentation lui est interdite.
  • Coûts cachés : certains opérateurs affichent des prix d’installation supérieurs à 2 000 € pour une borne de 7,4 kW, avec des abonnements pouvant augmenter en cours de contrat. Des frais de connexion ou de résiliation restent dus, y compris en cas de déménagement.

Il faut anticiper les frais de raccordement et vérifier la méthode de refacturation du syndic.
Un gestionnaire de copropriété, Paris, 2024

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