Depuis le 1er mars 2025, les entreprises françaises disposant de plus de cent véhicules légers doivent faire face à une nouvelle taxe incitative qui pousse à accélérer l’acquisition de modèles à faibles émissions, tandis que la Loi d’Orientation des Mobilités (LOM) renforce progressivement les quotas de véhicules électriques au sein des flottes. Cette double pression réglementaire s’accompagne d’un durcissement des avantages en nature pour les voitures thermiques, rendant la transition électrifiée à la fois un impératif de conformité et une opportunité économique. L’article décortique les enjeux, les bonnes pratiques et les leviers financiers pour aider les décideurs à piloter efficacement cette transformation.
À retenir
- Quotas LOM : 20 % de VFE dès janvier 2024, 40 % en 2027, 70 % en 2030 pour les flottes de plus de 100 véhicules.
- Nouvelle taxe annuelle sur les véhicules légers à faibles émissions appliquée depuis le 1er mars 2025.
- Avantages en nature des véhicules thermiques augmentés : forfait leasing 30 % à 50 %, achat 9 % à 15 %.
- Abattement de 70 % sur l’AEN pour les VE éligibles à l’éco‑score, plafond 4 582 €/an.
- Part des VE dans les flottes d’entreprise atteinte à 16,3 % en mai 2025, mais 60 % des sociétés n’atteignent pas leurs objectifs de verdissement.
- Cartographie des usages : 24 % des entreprises qui l’ont réalisée affichent un taux d’électrification élevé contre 4 % sans.
- Recharge sur site sans difficulté pour 93 % des propriétaires, mais 48 % des locataires rencontrent des freins.
- TCO des véhicules légers électriques avantageux dès 10 000 km/an, avec économies de 176 à 292 €/mois selon les modèles.
Contexte réglementaire et incitations fiscales en 2025
Le cadre législatif français impose aux entreprises de plus de cinquante salariés et disposant d’au moins cent véhicules légers de respecter des quotas croissants de véhicules à faibles émissions (VFE). Depuis janvier 2024, le seuil était fixé à 20 %, il passe à 40 % en janvier 2027 et atteindra 70 % en janvier 2030. Ces obligations, issues de la LOM, s’appliquent lors du renouvellement du parc automobile et sont renforcées par une taxe annuelle introduite le 1er mars 2025, spécifiquement ciblée sur les véhicules légers à faibles émissions.
Parallèlement, le régime des avantages en nature (AEN) a été revu à la hausse pour les véhicules thermiques. Depuis le 1er février 2025, le forfait leasing passe de 30 % à 50 % (ou de 40 % à 67 % lorsqu’il inclut le carburant) et le forfait d’achat augmente de 9 % à 15 % (10 % si le véhicule a plus de cinq ans). En revanche, les véhicules électriques bénéficiant de l’éco‑score de l’ADEME profitent d’un abattement de 70 % sur l’AEN, plafonné à 4 582 € par an.
Le bonus écologique dédié aux voitures particulières a été supprimé en 2025, mais un soutien de 3 000 € reste en place pour les camionnettes électriques neuves (catégorie N1). Malgré ces mesures, une étude de Transport & Environment montre que 60 % des entreprises ne respectaient pas leurs objectifs de verdissement en 2023, alors que la part des VE dans les parcs d’entreprise n’était que de 16,3 % en mai 2025 selon les données d’AAA Data.
Stratégie interne et planification de l’électrification
Mettre en œuvre une électrification réussie nécessite la mobilisation de plusieurs services. Selon les enquêtes récentes, 90 % des projets impliquent la direction générale et les gestionnaires de parc, 60 % le service achats et seulement 6 % la direction immobilière. La collaboration avec les CSE et les RH apparaît également cruciale pour intégrer la dimension RSE dès le départ.
Analyse des usages et cartographie du parc
La cartographie des usages s’avère être un levier décisif. Seulement 24 % des entreprises qui ont réalisé cette analyse affichent un taux d’électrification élevé, contre 4 % pour celles qui ne l’ont pas fait. Cette démarche consiste à recenser les déplacements quotidiens, à identifier les possibilités de recharge (site, domicile, itinérance) et à définir les critères d’acceptabilité pour les conducteurs.
Freins organisationnels et perception des conducteurs
Les obstacles les plus fréquemment cités sont l’incompatibilité des cas d’usage, l’insuffisance d’offres adaptées et la résistance des conducteurs. Le coût d’acquisition des VE, la perte de productivité liée à la recharge, ainsi que l’incertitude réglementaire (notamment le traitement URSSAF des bornes) aggravent la situation. Du côté des usagers, les inquiétudes portent sur l’autonomie, la capacité à couvrir les longs trajets et la durée de charge.
Bonnes pratiques de mise en œuvre
Une approche holistique repose sur quatre piliers : définition d’objectifs clairs, analyse fine des usages, prise en compte du poids des VFE sur la consommation et communication transparente auprès des conducteurs. Les entreprises qui réussissent à rassurer les équipes sur l’autonomie réelle et les temps de charge constatent une adoption plus rapide et une réduction des coûts liés à la conduite du changement.

Gestion optimale de la recharge et infrastructure
Le déploiement d’une solution de recharge adaptée constitue le socle de toute stratégie d’électrification. Les entreprises propriétaires rencontrent peu de difficultés (93 % rapportent une mise en œuvre fluide), alors que les locataires sont confrontés à des freins liés à l’accord du bailleur et à la complexité d’installation.
Recharge sur site : exigences et solutions
La LOM impose l’équipement des parkings dès 20 places, avec au moins une place réservée aux personnes à mobilité réduite (PMR). La plupart des sociétés optent pour des bornes de recharge rapides afin de limiter les temps d’arrêt, mais il demeure un besoin de clarification légale quant aux responsabilités d’entretien et de financement.
Recharge en itinérance : cartes et interopérabilité
Quatre-vingt-quatre pour cent des entreprises ont fourni une carte de recharge à leurs salariés, mais 79 % considèrent que la recharge en itinérance reste exceptionnelle. Les difficultés majeures concernent les pannes de bornes, les problèmes de paiement et l’absence d’interopérabilité entre les différents opérateurs.
Recharge à domicile : freins et opportunités
Soixante-quatre pour cent des entreprises ont déployé la recharge à domicile, principalement pour les employés en maisons individuelles. Les obstacles majeurs sont les démarches administratives, le coût de la borne et la complexité d’installation en copropriété. Les entreprises qui offrent un remboursement attractif des consommations et un suivi de la charge voient une meilleure adhésion.
Bonnes pratiques pour la gestion de la recharge
Les recommandations clés incluent le choix d’une solution simple adaptée aux usages, la sélection de fournisseurs sur la base de critères qualitatifs (fiabilité, service après‑vente, interopérabilité), la fixation d’un montant de prise en charge incitatif et la rédaction de règles claires d’utilisation des bornes. Une campagne de pédagogie interne permet de dissiper les idées reçues et d’améliorer l’acceptation par les conducteurs.
Choix des véhicules et analyse du coût total de possession (TCO)
Le critère de sélection des véhicules électriques repose sur trois facteurs majeurs : l’autonomie, la durée de recharge et l’attractivité du modèle. Les entreprises qui proposent des modèles premium ou équivalents aux thermiques constatent un taux d’adoption plus élevé, comme l’a démontré le groupe SAP.
Critères de sélection des véhicules légers
Pour les véhicules particuliers, 63 % des flottes ont des déplacements quotidiens inférieurs à 100 km, ce qui les rend électrifiables sans contrainte majeure. L’autonomie doit ainsi couvrir au moins ce périmètre avec une marge de sécurité, et la capacité de recharge rapide (80 % en 30 minutes) devient un critère décisif.
Spécificités et freins des véhicules utilitaires légers (VUL)
Les VUL rencontrent davantage de résistances : 78 % des réponses soulignent l’autonomie comme principal frein, suivi du TCO élevé (69 %) et de l’offre limitée (31 %). En 2024, 43 modèles de VUL électriques étaient disponibles, et on prévoit que l’offre dépassera celle des thermiques d’ici 2026, ce qui devrait atténuer ces obstacles.
Analyse du TCO des véhicules électriques
Le calcul du TCO intègre le loyer (LLD), l’assurance, la solution de recharge, les bonus/malus, la taxe sur les véhicules de société (TVS), les dépenses énergétiques, ainsi que les charges patronales liées aux AEN. Pour les véhicules légers, le TCO électrique devient avantageux dès 10 000 km/an, avec des économies observées de 176 à 292 €/mois selon les modèles (exemple : BMW X1 électrique).
Stratégies pour convaincre les conducteurs
Proposer des véhicules à image premium, avec une autonomie rassurante et une capacité de recharge rapide, constitue la meilleure approche. Des tests grandeur nature sur plusieurs jours, accompagnés d’un service d’assistance lors de la livraison, permettent de transformer les conducteurs réticents en ambassadeurs internes.

Accompagnement, formation et conduite du changement
L’électrification d’une flotte représente un chantier chronophage, nécessitant en moyenne 37 % de temps supplémentaire au lancement. Près de la moitié des entreprises déclarent un besoin de formation sur la mobilité électrique, tant pour les gestionnaires de parc que pour les équipes opérationnelles.
Accompagnement au changement et rôle des RH
La conduite du changement doit impliquer la direction, les ressources humaines et les représentants du personnel. Des programmes de formation spécifiques, incluant des webinaires et des ateliers physiques, permettent de clarifier les enjeux fiscaux, les aspects techniques de la recharge et les bénéfices RSE.
Formation des gestionnaires de parc
Des groupes comme EDF ont mis en place des sessions dédiées aux gestionnaires, couvrant la vision stratégique, les bonnes pratiques d’autonomie réelle, la planification des itinéraires et la gestion des bornes. Ces formations renforcent la capacité des équipes à répondre aux questions des conducteurs et à argumenter sur le plan économique.
Sensibilisation et soutien des conducteurs
Des événements de lancement, où les salariés peuvent découvrir les véhicules, l’écosystème de recharge et participer à des ateliers de planification de trajets, favorisent l’appropriation du nouveau mode de mobilité. L’objectif est de transformer les premiers utilisateurs en référents internes capables de rassurer leurs collègues.
Lever les idées reçues et rassurer sur l’autonomie
Il est essentiel de déconstruire les mythes autour de l’autonomie en fonction des saisons, des charges utiles et des profils de conduite. La communication doit souligner que les temps de charge supplémentaires observés au démarrage se réduisent rapidement grâce à l’expérience accumulée et à l’amélioration des infrastructures.









