Le vélo reste un loisir en France, pas un mode de transport

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Vélo en France 2024: un usage encore limité face à l'Europe
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Une enquête nationale révèle que 35% des Français utilisent un vélo au moins une fois par mois en 2024, tandis que 24% à 25% pédalent de manière régulière chaque semaine. Réalisée par l’institut CSA pour la Direction générale des infrastructures, des transports et des mobilités (DGITM), cette étude interroge 12 576 personnes âgées de 11 à 85 ans. Les résultats montrent une pratique encore largement orientée vers le loisir plutôt que l’utilitaire, avec des disparités marquées selon le genre, l’âge et la géographie.


À retenir

  • 35% des Français utilisent un vélo mensuel, contre 59% en Allemagne
  • 24% à 25% sont des cyclistes réguliers (au moins une fois par semaine)
  • Disparités de genre : 29-31% d’hommes cyclistes réguliers contre 19-20% de femmes
  • Usage loisir dominant : plus d’un tiers des trajets, plus de la moitié des distances
  • Marché en contraction : 1,956 million de vélos neufs vendus (-12% par rapport à 2023)
  • Saisonnalité marquée : 92% des cyclistes pédalent en été, 34% en hiver

Une pratique du vélo encore limitée par rapport aux voisins européens

L’enquête nationale menée par l’institut CSA dessine un portrait contrasté de l’usage du vélo en France. Avec 35% des Français qui utilisent un vélo au moins une fois par mois, l’Hexagone accuse un retard significatif par rapport à l’Allemagne, où ce taux atteint 59%.

Des cyclistes réguliers concentrés sur certains profils

Parmi les utilisateurs, 24% à 25% des Français pédalent de manière régulière, soit au moins une fois par semaine. Cette pratique régulière révèle des disparités importantes selon le genre : 29% à 31% des hommes sont des cyclistes réguliers, contre seulement 19% à 20% des femmes.

L’âge constitue un facteur déterminant. Les 11-34 ans comptent 36% de cyclistes réguliers, tandis que cette proportion chute à 13% chez les 65-85 ans. Le revenu du foyer influence également la pratique : plus il est élevé, plus l’usage régulier du vélo augmente.

Une géographie urbaine favorable aux centres-villes

L’usage du vélo varie considérablement selon la localisation géographique. Les centres-villes affichent plus de 30% de cyclistes réguliers, contre moins de 26% dans les banlieues et les milieux ruraux. Paris intra-muros compte 26% de cyclistes réguliers, tandis que la grande couronne francilienne reste à 19%.

Les régions présentent des écarts modérés mais significatifs. Les Pays de la Loire se distinguent avec 31% de cyclistes réguliers, tandis que Provence-Alpes-Côte-d’Azur et la Corse affichent seulement 20%.

Un usage orienté vers le loisir plutôt que l’utilitaire

L’enquête révèle une caractéristique française marquée : le vélo reste majoritairement perçu comme une activité récréative. Les trajets de loisir représentent plus d’un tiers des sorties à vélo et plus de la moitié des distances parcourues.

Un potentiel inexploité pour les déplacements quotidiens

Contrairement aux Pays-Bas ou au Danemark, où le vélo constitue un moyen de transport quotidien, la France peine à développer l’usage utilitaire. Seuls 8% des Français utilisent le vélo pour leurs trajets domicile-travail.

La distance moyenne pour les trajets vélotaf atteint 3,7 km, mais varie sensiblement selon la situation professionnelle. Les professions intermédiaires parcourent ainsi 8,3 km en moyenne pour rejoindre leur lieu de travail.

Une saisonnalité qui limite l’usage annuel

La saisonnalité impacte fortement la pratique cycliste. 92% des cyclistes pédalent en été, contre seulement 34% en hiver. Cette variation saisonnière limite le développement d’habitudes de mobilité durables. Seuls 32% des cyclistes utilisent leur vélo toute l’année.

Un marché du vélo en mutation entre contraction et diversification

Le parc français compte en moyenne 0,4 vélo par personne, un ratio très inférieur aux 1,3 vélos par personne observés aux Pays-Bas. 44% des foyers possèdent au moins un vélo, et 9% d’entre eux disposent d’un vélo à assistance électrique.

Des ventes neuves en baisse compensées par l’essor des services

Le marché des vélos neufs subit une contraction en 2024 : 1,956 million de vélos vendus, soit une baisse de 12% par rapport à 2023. Le chiffre d’affaires atteint 3,232 milliards d’euros, en recul de 5,9%. Cette contraction s’explique par un climat économique incertain.

En revanche, le marché de la réparation connaît une croissance soutenue. Les ventes progressent de 4,3% pour atteindre 113 millions d’euros. Les ateliers accueillent 5,9 millions de visites en 2024, soit une augmentation de 44% depuis 2019.

L’occasion et le reconditionné gagnent du terrain

Le marché de l’occasion se développe rapidement avec 158 000 vélos d’occasion vendus par des professionnels en 2024, soit une progression de 9% par rapport à 2023. Cette tendance reflète une évolution des comportements vers plus de durabilité et d’économie circulaire.

Les vélos de ville dominent le marché avec 46,4% des ventes, suivis des VTT/VTC à 40,4%. Les vélos à assistance électrique représentent 28% du parc de vélos possédés.

Sécurité et infrastructures : des défis majeurs pour l’essor du vélo

La sécurité à vélo présente un paradoxe français. 84% des cyclistes affirment respecter toujours ou presque les feux tricolores, et 66% déclarent s’arrêter systématiquement au rouge. Cependant, 28% des Français déclarent une faible maîtrise du vélo.

Des infrastructures cyclables insuffisantes et mal entretenues

Le manque d’infrastructures cyclables constitue un frein majeur au développement de l’usage utilitaire du vélo. L’entretien des pistes cyclables reste anecdotique, avec des feuilles mortes, des déchets et du verre pilé qui compromettent la sécurité des cyclistes.

Les pays où l’augmentation de l’usage du vélo progresse le plus sont ceux qui investissent massivement dans les infrastructures et les services. Strasbourg se distingue en France avec 600 km de pistes cyclables.

Des politiques publiques ambitieuses mais insuffisantes

La France vise à augmenter l’usage du vélo et prévoit d’investir 2 milliards d’euros sur quatre ans pour atteindre l’objectif de 3% de tous les trajets effectués à vélo. Des incitations financières pour l’achat de vélos, pouvant aller jusqu’à 2 000 € selon les revenus et le type de vélo, sont proposées jusqu’en 2027.

Le trafic cyclable en France a augmenté de 37% entre 2019 et 2024. Cependant, les taux de progression observés les années précédentes semblent moins significatifs en 2024, soulignant que des investissements supplémentaires sont nécessaires pour générer une croissance durable de l’usage du vélo.

L’enquête 2024 confirme une montée lente mais réelle du vélo comme mode de transport à part entière. Toutefois, la culture vélo reste en construction avec de nombreux freins persistants, particulièrement en matière d’infrastructures et de sécurité perçue.