Ferrari quitte temporairement l’asphalte pour l’océan. La marque italienne a présenté le Ferrari Hypersail, un monocoque volant de 30 mètres, avec un objectif clair : naviguer sans aucune énergie fossile. Le voilier doit être mis à l’eau fin 2026 et entamer ses essais en 2027.
À retenir
- Ferrari Hypersail : un monocoque volant de 100 pieds (30 mètres), sans moteur à combustion interne.
- 100 % renouvelable : solaire, éolien et énergie musculaire convertie en électricité.
- 100 m² de panneaux solaires, 20,3 kWc, architecture 800 V héritée de la Ferrari F80.
- Plus de 18 brevets déposés ; mise à l’eau prévue fin 2026, essais courant 2027.
Ce prototype n’entre dans aucune classe connue. Il veut prouver qu’un grand voilier peut fonctionner en autonomie totale, sans assistance fossile, et servir de banc d’essai aux technologies électriques de Ferrari. C’est cette double promesse, nautique et automobile, qui le rend intéressant à suivre.
Un laboratoire de 30 mètres sans moteur thermique
Le Ferrari Hypersail est le fruit d’une collaboration entre le Ferrari Design Studio, l’architecte naval Guillaume Verdier et des ingénieurs venus de la Formule 1 et de l’endurance. Le bateau mesure 30 mètres de long et atteint 20 mètres de large une fois ses foils, des appendices porteurs, déployés. Il ne ressemble à aucun voilier de compétition existant.
Un monocoque volant hors classification
Le navire n’appartient à aucune classe officielle. Il n’a pas de moteur à combustion interne et repose uniquement sur le solaire, l’éolien et l’énergie cinétique. Cette absence de moteur thermique est une première pour un bateau de cette taille, et elle impose de repenser à la fois la propulsion, la stabilité et la gestion des systèmes embarqués.
Un transfert de technologies à double sens
Le projet est pensé comme une passerelle entre la voile et l’automobile. Les solutions testées en mer, batteries haute tension, actionneurs électriques, logiciels de contrôle, pourront être réutilisées dans les futures hypercars de la marque. Ferrari souligne aussi l’inverse : l’expertise en endurance et en aérodynamique de la Scuderia a servi à concevoir le comportement du voilier.
Une architecture énergétique pensée pour l’autonomie
Pour tenir sa promesse de zéro fossile, le Hypersail combine plusieurs sources renouvelables. Cette autonomie totale doit lui permettre de viser des records océaniques sans assistance externe.

Solaire, éolien et humain : trois sources complémentaires
Le pont et les flancs de la coque accueillent 100 m² de cellules photovoltaïques, capables de délivrer 20,3 kW de puissance de crête. Deux turbines éoliennes amovibles, installées à la poupe, complètent l’apport solaire. Elles alimentent les systèmes critiques : ordinateurs de bord, actionneurs de foils, éclairage, navigation.
L’équipage participe aussi à l’équilibre grâce au Winch by Wire, un système qui convertit l’effort des grinders, les marins qui actionnent les treuils, en électricité centralisée. Un seul marin gère jusqu’à 9 tonnes grâce à ce dispositif, selon Sailing World. La force musculaire n’est plus perdue : elle alimente directement le réseau électrique du bateau.
Le 800 V hérité de la F80 au service du grinder
Tout le système s’appuie sur une architecture électrique de 800 volts, directement issue de la Ferrari F80. Des convertisseurs DC-DC gèrent les flux entre les batteries haute capacité et les récepteurs basse tension. Des algorithmes de contrôle répartissent l’énergie en temps réel, selon les besoins de la navigation.
Le vol comme vitrine de l’ingénierie Ferrari
Le Hypersail vole grâce à trois points de contact : un foil latéral, un foil sur le safran et un foil intégré à la quille pendulaire. Cette configuration, calquée sur les systèmes de stabilité des hypercars, doit permettre de maintenir le monocoque hors de l’eau.

Un foil intégré à la quille pendulaire
La quille pendulaire, ou canting keel, reçoit ici un foil qui se déploie depuis la quille elle-même. C’est une solution différente des AC75 de la Coupe de l’América, qui utilisent des foils séparés. La structure en fibre de carbone et titane est conçue pour encaisser les efforts en haute mer et viser des vitesses théoriques supérieures à 45 nœuds, soit environ 83 km/h.
Dix-huit brevets et une livrée jaune pour affirmer la rupture
Selon YACHT, Ferrari a déjà déposé plus de 18 brevets sur les solutions du projet. Le design, dirigé par Flavio Manzoni, reprend des codes esthétiques de la Ferrari Monza SP1 et de la 499P, triple vainqueur des 24 Heures du Mans. La livrée abandonne le rouge traditionnel au profit du Giallo Fly et du Grigio Hypersail.
Un prototype sans équivalent, donc sans certitudes
Ce statut de démonstrateur protégé par brevets ne garantit pas un succès commercial. Le Hypersail ne répond à aucune jauge, n’accueille pas de passagers et ne vise pas une production de série. Son coût, non communiqué, le range plutôt dans la catégorie des projets d’image et de R&D. Son intérêt est ailleurs, dans les retombées automobiles, pas dans la vente de voiliers.
Le pari est simple à résumer : prouver qu’un grand monocoque peut voler sans énergie fossile, puis transposer ces solutions à la route. Ferrari y engage son savoir-faire, ses brevets et son nom. Les essais en 2027 diront si le concept tient en mer.

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